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Face à la menace de pénurie d'énergie, nos dirigeants n'ont plus qu'un mot à la bouche : sobriété. Il faut réduire notre consommation, faire des petits gestes, mais pas question pour autant de produire moins. Pas facile de tout comprendre en se plongeant dans leurs discours.

Le vocabulaire, la sémantique, c’est un peu comme la mode, il y a des mots qui apparaissent et qui cartonnent, que tout le monde s’arrache. LA tendance de cette rentrée, qui est montée en flèche dans les algorithmes de Google (vous pouvez vérifier sur Google trends) et qui nous a même poussés ici à France Inter à faire une journée spéciale, c’est bien sur “ La sobriété

Sobriété, du latin sobrietas , tempérance, prudence, et dont la définition première renvoie à y aller mollo sur le vin… Mais si tous nos dirigeants le répètent à longueur de discours depuis des semaines, c’est plutôt pour demander d’y aller mollo sur l’utilisation de l’énergie parce que la situation géopolitique avec la guerre en Ukraine nous met dans la panade.

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Nous n’avons qu’une seule voix, la baisse de la consommation d’énergie

Voilà ce que la Première ministre Elisabeth Borne disait fin août devant les patrons du Medef. Quelques semaines avant, le 14 juillet, le président Emmanuel Macron lançait le coup d'envoi : “ On doit rentrer collectivement dans une logique de sobriété. Un plan pour qu’on se mette en situation de consommer moins”

En sachant que dès le mois de février, il avait lâché le mot à Belfort en disant que “ Le premier grand chantier est de consommer moins d'énergie. En d’autres termes, de gagner en sobriété
A suivi la fameuse fin de l’abondance qu’il décrétait à la rentrée. Tout le monde s’est directement mis au pas, y compris le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, dont le job est quand même très axé sur la consommation et la croissance :

Chacun doit comprendre que la sobriété est un point de passage obligé pour réussir notre transition énergétique et lutter avec efficacité contre le réchauffement climatique. Il n’y a pas d’alternative à la sobriété, elle est nécessaire"

Idem pour le porte-parole du gouvernement Olivier Véran qui parle d’effort collectif pour une sobriété énergétique. Il montre aussi l’exemple. Voilà sa réponse quand on lui demande ce qu’il fait :

Beaucoup de choses ont changé. D’abord, j'avais une clim portative dans l’appartement que j’occupe, je ne l’ai mise qu'extrêmement rarement

Pas mal ! On ajoute l’extinction du wifi le soir et on est bons ! Le président aussi fait des choses, son équipe a expliqué aujourd’hui (le 21 septembre) qu’il irait à Saint Nazaire directement en avion de New York où il était hier pour l’Assemblée générale de l’ONU sans repasser par Paris. Plan de vol modifié pour faire des économies de carburant et de CO2. Il rentrera ensuite en Falcon pendant que toute la délégation fera Nantes-Paris, 2h en train, en A330. Tout ça alors qu’Emmanuel Macron vient de dire à la tribune de l’ONU que les pays les plus riches devaient accélérer leurs programmes de neutralité carbone. Mais aussi faire l’effort de sobriété.

« Faire l’effort de sobriété »

Comment ? Sûrement pas en empêchant les dizaines de méthaniers remplis de gaz, y compris gaz de schiste, d’accoster toutes les semaines sur nos côtes, ou en taxant les plus gros émetteurs et leurs désormais célèbres superprofits. Non. Par contre, dérouter son avion oui. Et aussi demander aux entreprises et aux citoyens d’essayer de faire attention collectivement le soir aux éclairages quand ils sont inutiles.

Plutôt cocasse quand on se souvient de la sortie l’an dernier de Macron pour défendre le déploiement de la 5G en France :

J’entends beaucoup de voix qui s'élèvent pour nous expliquer qu’il faudrait relever la complexité des problèmes contemporains en revenant à la lampe à huile. Je ne crois pas au modèle Amish et je ne crois pas que le modèle Amish permette de régler les défis de l’écologie contemporaine"

De quoi être un peu paumée. D’autant que ce mot, sobriété, qui n’était franchement pas très sexy jusqu’à il y a peu, n’est à surtout pas confondre, à les entendre, avec le gros mot de “décroissance”. Elisabeth Borne disait : “ Je ne crois pas un instant que cette révolution climatique passe par la décroissance”. 
Pour Macron : “ Le choix de décroissance n’est pas une réponse au défi climatique .” Il faut “ Changer de modèle, tout en continuant à produire. Et pour une raison simple, la force de notre modèle social ne serait pas soutenable si nous ne continuons pas de produire davantage."

Pour résumer, être sobres, tout en produisant, et consommant pour que notre système éducatif, de santé, d’emploi, tienne debout. Le tout en faisant face à la crise climatique et de la biosphère… Déjà dans les années 70, avec le choc pétrolier, le président Pompidou appelait à la sobriété :

Economisons l’essence, “économisons l'électricité, économisons le chauffage

50 ans après, on voit le résultat. Non systémique, cyclique, et non durable, comme la mode : c’est bien dommage.

L'équipe

Camille Crosnier
Production
Joachim Taieb
Stagiaire