Le métier de photographe animalier passionne de plus en plus
Le métier de photographe animalier passionne de plus en plus ©Getty - Natsha Nandabhiwat / EyeEm
Le métier de photographe animalier passionne de plus en plus ©Getty - Natsha Nandabhiwat / EyeEm
Le métier de photographe animalier passionne de plus en plus ©Getty - Natsha Nandabhiwat / EyeEm
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Les photographes animaliers Vincent Munier ou Laurent Ballesta font des émules, mais parfois pour le pire ! Car les amateurs de photo nature sont parfois trop nombreux sur le terrain, et pas toujours avec le bon comportement...

Le métier de photographe animalier de Vincent Munier fait tellement rêver, qu'aujourd'hui, il y a parfois un petit peu trop de monde sur le terrain.

"La réflexion des gens, c'est: "Vincent y est allé, il faut aussi qu'on aille voir ça". Ça crée un peu, entre guillemets, un tourisme de masse en photo animalière", raconte Patrice Aguilar, photographe et accompagnateur à l'agence Amarok de Séjour Nature.

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"J'ai du mal à comprendre"

Alors, à quoi ressemble ce tourisme de masse? Véronique Thierry, naturaliste fondatrice de l'association Millevaches, dans le Vercors, témoigne. "On était à côté d'un lac où il y a des milliers de grues qui s'envolent le matin.

On se retrouve avec 50 photographes avec des énormes appareils photo qui sont tous posés au même endroit et qui vont tous faire la même photo. Moi, j'ai du mal à comprendre l'intérêt de faire des photos comme ça

Cette présence peut avoir des conséquences sur la survie de certaines espèces à terme. Ce qui fait dire une évidence à un autre photographe professionnel, Louis-Marie Préau, à savoir que "pour être photographe animalier, il faut vraiment être naturaliste avant tout, pour éviter le dérangement".

Le problème, c'est que ce n'est pas le cas de tous ceux qui se rêvent aventuriers, selon Patrice Aguilar. "On est dans une consommation où les gens, à la base, ils se disent amoureux de la nature. Et, en arrivant ici, s'ils n'ont pas la photo du loup ou la photo de l'ours, ils vont faire un scandale."

Un matériel beaucoup plus accessible

Heureusement, il y a aussi des organisations en bonne intelligence. Louis-Marie Préau, qui travaille sur la Loire et qui vient d'ailleurs d'en faire un livre auto édité, Loire Nature, raconte comment il a dû faire un peu évoluer sa pratique. Ainsi, il essaie de se mettre d'accord avec les autres visiteurs sur les jours de visite, pour ne pas déranger "tous en même temps" et pour éviter la "foire d'empoigne". Cette foire d'empoigne s'expliquerait notamment par un matériel moins cher et donc beaucoup plus accessible, mais parfois mal utilisé. Les réseaux sociaux n'y sont pas pour rien non plus.

Cela dit, tous les professionnels qui étaient réunis,  il y a un mois en Haute-Marne au Festival international de la photo animalière et de nature à Montier-en-Der, comme le raconte le journal en ligne Reporterre, ne veulent pas non plus trop jeter la pierre à ces nouveaux amateurs de photos. Ils les jugent moins dangereux que les chasseurs. Louis-Marie Préau, président du jury, ne veut pas, limiter certains accès ou limiter la pratique en elle-même.

En tant que photographe, je ne peux pas avoir ce discours parce que la photo, pour moi, c'est quand même ce qui montre la beauté de la nature et ce qui fait qu'on va apprendre à l'aimer

"Trouver des approches originales"

La démocratisation de la photo reste une bonne chose, à condition de respecter certaines règles. Pour Véronique Thierry, naturaliste, il faut faire attention à ne pas "dépasser les limites". "Faisons le maximum de pédagogie pour que les photographes animaliers ne soient pas à courir après le gros plan de la dernière espèce possible et qu'au contraire, ils essayent de trouver des approches originales."

Plutôt que de cocher, un peu comme des pays, telle ou telle espèce sur son carnet, il faut trouver son propre style, s'imprégner du moment et savoir se fondre sans jamais trop s'approcher, sans jamais non plus la fin imaginée. Cette phrase de Sylvain Tesson dans " La panthère des neiges" est peut-être le meilleur conseil à suivre :

C'était le contraire d'une promesse publicitaire nous endurions le froid sans certitude de résultat. Au tout, tout de suite de l'épilepsie moderne, s'opposer le sans doute, rien, jamais de l'affût

Autrement dit, la photo animalière, ce n'est peut-être pas tant la photo qui compte à l'arrivée.

55 min

L'équipe

Camille Crosnier
Production