Pourquoi n'y a-t-il pas de pubs pour les vélos ?

Il y a entre 200 et 300 marques de vélo en France !
Il y a entre 200 et 300 marques de vélo en France ! ©Getty - Uwe Krejci
Il y a entre 200 et 300 marques de vélo en France ! ©Getty - Uwe Krejci
Il y a entre 200 et 300 marques de vélo en France ! ©Getty - Uwe Krejci
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Depuis le 1er mars, des mentions incitant à utiliser les transports en commun, le vélo ou nos pieds sont obligatoires dans les publicités pour les voitures, qui inondent le marché. Mais pourquoi ne voit-on jamais de pubs pour des marques de vélos en France, à la télé, à la radio, ou dans la rue ?

Depuis le 1er mars, il y a désormais une petite mention à la fin des publicités pour voitures du style : “pour les trajets courts, privilégiez la marche ou le vélo, pensez à covoiturer, au quotidien prenez les transports en commun”

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Voilà, et pour les affiches dans la rue ou les pubs dans les journaux, le message doit aussi être mentionné et prendre 7% de l’espace… Tout est stipulé dans cet arrêté. Donc en gros on vous dit d’acheter une voiture, mais en même temps de pas vraiment l’utiliser : vive la dissonance cognitive ! Et ça m’a fait me poser une question : mais pourquoi n’y a-t-il pas, en fait, de pubs pour les vélos par exemple ? Et je ne suis pas seule

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"C’est vrai que quand on se dit qu’il faut un changement sur le plan écologique, voir qu’il n’y a aucune pub pour le vélo c’est un peu surprenant"

Petit test auprès des passants en leur demandant de citer des marques de voitures et sans surprise tout le monde en est capable… Par contre silence radio quand il s'agit de citer une marque de vélos !

Jérôme Valentin, vice-président de l’Union sport et cycles, qui représente l’ensemble des marques et distributeurs en France,  nous explique pourquoi on ne voit pas de pub pour les vélos à la télé ou dans la rue :

C’est très simple, une entreprise fait de la publicité parce qu’elle en a besoin, si jamais les marques de voiture arrêtent de faire de la publicité elles vont vendre beaucoup moins. Pour le vélo, c’est très différent, on a pas besoin de faire de publicités car on nous achète déjà beaucoup de vélos, surtout ces deux dernières années.

Pas besoin, donc, mais il y a un autre élément de taille d’après Olivier Schneider, le président de la FUB, la Fédération des usagers de la bicyclette :

Le vélo est trop bon marché pour pouvoir se payer lui-même des campagnes de publicité

"Quand on achète une voiture, la part de la publicité c’est en moyenne 1000€ par voiture et 2300€ par SUV. Le budget communication de l’industrie automobile en France c’est 4.7 milliards d’euros par an au total. Alors que le marché des vélos neufs c’est à peine 3 milliards d'euros. Donc l’industrie automobile dépense plus en publicité que la totalité de la valeur du marché du vélo !"

L’automobile est le géant du marché publicitaire, pendant que les professionnels de la bicyclette dépensent plutôt leur argent les budgets en développement et en innovation.

Jérôme Valentin précise qu’il y a d’autres formes de promo, notamment les réseaux sociaux mais aussi des événements sportifs cyclistes… En gros le vélo ne marche pas sur les plates-bandes de la voiture, et la fois où ils ont essayé, ça s’est mal passé :

Exemple d'une pub d’une marque néerlandaise de vélo diffusée en Europe mais censurée à l’été 2020 en France, Olivier Schneider raconte :

"L’autorité de régulation de la publicité considérait que cette pub jetait le discrédit sur toute la branche automobile parce qu’on y voit pollution accident et méfaits de l’automobile il a été dit que ce n’était pas autorisé de dire du mal de ce secteur"

C’est en fait une voiture de sport et on voit dans le reflet de la carrosserie des bouchons, des fumées d’usines, des gyrophares des sirènes dans un accident, avant qu’elle ne fonde et se transforme en vélo… L’autorité de régulation écrit précisément que "certains plans apparaissant jettent un discrédit sur tout le secteur de l’automobile, tout en créant un climat anxiogène »

Olivier Schneider estime que ce sont au contraire les pubs pour les voitures qui ne sont pas honnêtes :

On est vraiment abreuvés de messages en faveur de la voiture où l’on voit des voitures, où tout se passe bien, où il n’y a pas d’embouteillages, ça doit être tourné à 5h du matin en été, c’est de la publicité mensongère.

Alors il n’en est pas à demander d’aussi belles pubs pour les vélos que pour les voitures mais plutôt le financement de spots par les autorités pour présenter les avantages du vélo pour inciter les gens, concrètement plus efficace que les messages rapides en fin de spot qui n’ont qu’une portée symbolique – ou culpabilisante d’après certains chercheurs (il y a un article très intéressant là-dessus sur le site The Conversation)

Peu visibles mais bien présents : il y a entre 200 et 300 marques de vélos en France et c’est un marché qui attire énormément de constructeurs et d’entrepreneurs !

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