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La pression augmente sur les entreprises engrangeant des bénéfices records depuis le début de l'année : le secrétaire général de l'ONU demande clairement aux gouvernements de taxer ces superprofits, mais les patrons se défendent, avec tous les arguments possibles et imaginables.

Un nouveau mot tendance de la rentrée : Superprofits.

Les entreprises du secteur de l’énergie en Europe pourraient se faire au total, en cumulé, 200 milliards d’euros de bénéfices supplémentaires en 2022 d’après l’Agence internationale de l’énergie, autrement dit : le jackpot. Alors, on leur met la pression, et pas qu’un peu. En août dernier, le secrétaire général des Nations-Unies, Antonio Guterres disait : “ Il est immoral que les compagnies pétrolières et gazières réalisent des bénéfices records grâce à la crise énergétique, sur le dos des peuples et communautés les plus pauvres, avec un coût massif pour le climat. ” Il ajoutait : “ J’exhorte tous les gouvernements à taxer ces profits excessifs. Cette cupidité grotesque punit les les plus vulnérables, tout en détruisant notre seule maison commune, la planète

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Rebelote la semaine dernière devant tous les chefs d’Etat réunis pour l’Assemblée générale des Nations-Unies. Il a appelé les économies développées à taxer les superprofits des industries fossiles. En anglais “windfall profits”, qui veut dire “tombés du ciel”. La présidente de la Commission Européenne est sur la même ligne. Pour elle, ces entreprises génèrent des profits sur lesquels elles n’ont jamais compté, et dont elles n’ont même jamais rêvé… C’est assez clair, pourtant, notre ministre de l’économie, Bruno Le Maire, disait ça devant les patrons à la fin de l’été (quand il n’était pas encore passé au col roulé) :

Je ne sais pas ce que c’est qu’un superprofit, je sais que les entreprises doivent être profitables, c’est tout ce que je sais. Taxer plus en France, c’est produire moins en France

Autrement dit, vous êtes bien mignons, mais ravalez vos discours Guterres et Von Der Leyen… Son ministre délégué à Bercy, Roland Lescure, en ajoutait une couche il y a quelques jours sur France Info :

Nous croyons en la responsabilité des entreprises plutôt que de les taxer. Moi ce que j’aimerais en revanche c’est qu’on arrête de jeter la pierre aux grandes entreprises comme si c’était l'ennemi.

(Les pauvres)… D’ailleurs, les entreprises particulièrement visées, à savoir Total Energies, avec presque 6 milliards de bénéfices rien qu’au 2ème trimestre 2022, Engie, anciennement Gaz de France, 5 milliards, et le transporteur maritime CMA CGM qui lui a dégagé 15 milliards d’euros depuis le début de l’année, étaient auditionnées ces derniers jours par des députés à l’Assemblée nationale. Une mission flash sur cette question précise des superprofits. Et à les entendre, on avait presque la larme à l’œil.

Patrick Pouyanné, monsieur Total, a dit : “ Moi je ne sais pas définir un superprofit. Les gens me disent que les profits tombent du ciel. Non, je voudrais quand même faire savoir que dans cette entreprise, il y a 100 000 personnes qui travaillent depuis des années pour faire en sorte de se retrouver dans cette situation qui est favorable. Pendant le covid quand j’ai vu les prix négatifs et que l’entreprise a eu des pertes, je n’ai vu personne venir nous dire que c’était un problème. D'ailleurs, on n’a rien demandé à personne.”

On a presque de la peine. Et en plus, il paye beaucoup d’impôts : “ En 2020, avec le covid, les prix s’étaient effondrés et nous avons payé (et c’était l’année la plus basse) 6 milliards d’euros (impôts sur les bénéfices et taxe à la production, au niveau mondial). En 2021 nous en avons payé 16 milliards. En 2022, nous paierons 30 milliards d'impôts et taxes au niveau mondial.

Impossible de lui rajouter une taxe, voyons… Même ton à deux doigts de faire pleurer dans les chaumières avec Rodolphe Saadé, PDG de CMA CGM (et accessoirement 3ème fortune de France). Il explique que les résultats du groupe en 2021 et 2022 sont exceptionnels, mais qu’il faut garder en tête qu’ils interviennent après plus de 10 ans de “sous-rentabilité chronique” de l’industrie*.* Il ajoute : “ il faut être équitable avec CMA CGM”

Côté Engie, voici Catherine McGregor : “ Pour la définition des superprofits, c’est vraiment un débat assez philosophique mais moi quand je réfléchis, superprofit il y a si j’ai vraiment une activité dont le coût n’a pas changé et dont le chiffre d'affaires est multiplié par 5 ou par 10. Là, on peut se demander s'il n’y a pas un profit qui est effectivement excessif.

Mais elle ne met pas Engie dans cette catégorie-là, et estime que c’est, “ un groupe citoyen qui contribue aux finances publiques ”.

La question de taxer ou pas les superprofits, n’est pas tranchée, Emmanuel Macron lui a trouvé une astuce sémantique : “La bonne approche, c’est qu’une contribution leur soit demandée au niveau européen”. Une “contribution”, pour ne pas parler de taxe ou d’impôt supplémentaire. Affaire à suivre, mais en attendant, voici un petit conseil de Patrick Pouyanné donné à une députée pendant son audition

Mon entreprise avait décidé de déployer des réseaux de stations service dans le pacifique et donc vous pouvez aller vérifier que les stations services existent. Je vous invite à aller aux Fidji, d’ailleurs, c’est assez sympathique pour les vacances.

On le sent mobilisé pour lutter contre le changement climatique !

L'équipe

Camille Crosnier
Production
Joachim Taieb
Stagiaire