La Une de Charlie Hebdo du 29 juin 2022. - © Charlie Hebdo
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Résumé

Pendant un bain de mer, il n'y a pas que les poissons qui barbotent avec vous ! Des résidus de médicaments, cosmétiques, microplastiques, pesticides sont dans l'eau eux aussi. Le label "pavillon bleu" n'analyse que deux bactéries fécales, ce qui ne veut pas dire, donc, que l'eau est pure pour autant

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Nous prenons un petit bain de mer, mais ceux qui adorent ça vont peut-être déchanter à la vue du journal Charlie Hebdo… Il titre ce mercredi : « Bouillon chimique et bain de mer, le scandale du label pavillon bleu ». Dossier signé Fabrice Nicolino qui écrit en gros : la mer, ça craint…

« La mer, en effet, ça craint terriblement ! On fait semblant de croire qu’en recherchant deux bactéries fécales, des entérocoques d’une part, et Escherichia coli d’autre part – le principe du pavillon bleu – ça suffit à décréter qu’une eau de baignade est d’une excellente qualité écologique. Et ça, c’est un mensonge. »

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Le journaliste regrette que, je cite, « tout soit dans le caca », parce que l’absence des deux bactéries en question ne veut pas dire que l’eau est pure : il y a du monde qui barbote !

« Les fleuves charrient des quantités très importantes de cosmétiques, de microplastiques eux-mêmes chargés de polluants, souvent toxiques, de résidus médicamenteux et de pesticides. Et tout ça fait une sorte de bouillasse, une soupe chimique dont on sait fort peu de choses. Mais fatalement, on la retrouve dans l’eau de baignade. Toutes les plages sont nécessairement remplies de ces polluants divers et variés. »

Exemple concret avec l’étude en cours de validation que vient d’achever la docteure en biologie marine Françoise Loquès – qui n’a pas participé au dossier de Charlie Hebdo. Elle a cherché les traces de cinq molécules sur les côtes méditerranéennes :

« On a cherché un antibiotique, le sulfaméthoxazole, un antiépileptique qui s’appelle la carmabazépine, deux anti-inflammatoires – le diclofénac et l’ibuprofène – et le paracétamol. »

Dont les traces ont été retrouvées très diluées dans les masses d’eau, mais surtout, dans des quantités bien plus importantes (et inquiétantes) chez le peuple marin. Moules, mais aussi poissons – bogues et serrans pour l’étude :

« Le diclofénac et l’ibuprofène ont été révélés surtout dans les foies de serrans, à des quantités supérieures au seuil de quantification. Le maximum, c’est 780 microgrammes par kilogramme de poisson. »

Ce n’est pas rien… La chercheuse l’affirme donc :

« Nos poissons littoraux sauvages – pas les animaux d’élevage, je le précise – commencent à accumuler les médicaments contenus dans les masses d’eau. »

Alors, ne paniquez pas pour autant, Françoise Loquès refuse d’être alarmiste, comme Fabrice Nicolino d’ailleurs :

« Je ne prétends pas du tout, et je ne veux pas qu’on imagine que ce que j’écris signifie qu’on risque sa peau en allant se baigner en mer. Je ne le dirai pas parce que je ne le pense pas. »

Il dit juste « voilà, ça existe, il y a cette soupe chimique ». Alors que fait-on ? Parce que le problème, c’est que ni l’ANSES, ni les ministères, la direction générale de la santé et tutti quanti ne font ces analyses. Alors qu’elles ne sont pas dupes ! Mais ça demande des moyens considérables, sans parler des conséquences potentielles sur l’industrie du tourisme… Quant aux conséquences sur la faune, la flore, et nous humains, gros point d’interrogation – d’où le fait de ne pas paniquer non plus. Marc Valmassoni passe beaucoup de temps dans l’eau puisqu’il est surfeur, et responsable du programme qualité de l’eau à la Surfrider Foundation, et il aimerait des réponses :

« Il n’y a absolument aucun paramètre chimique imposé dans la surveillance. Les gens qu’on représente ont besoin de cette information pour connaître, sur le court terme, si l’eau a un impact, et sur le moyen terme si cela évolue. Si on se met pendant 10, 20, ou 40 ans sur le même spot de surf, et qu’on est exposé à un composant chimique, est-ce qu’à force, il y a un risque ? Ça, il n’y a aucune info ni étude dessus. »

Un projet est en cours, CURL, pour tenter de mesurer tout ça, avec des capteurs posés directement sur les surfeurs :

« Le terme exact, c’est des échantillonneurs passifs, ça joue le rôle d’éponges. J’équipe mes surfeurs avec un capteur, et ils vont à l’eau une centaine de fois dans l’année. Une fois que je récupère ces capteurs, en fin d’année, je les envoie au laboratoire qui fait des analyses. On n’a pas spécifié de polluants à chercher, on tape très large, des métaux lourds aux cosmétiques, en passant par la substance médicamenteuse ou pharmaceutique. »

Les premiers résultats sont attendus pour la mi-juillet, avant que, peut-être, des solutions soient mises en place – mais on n’y est pas encore. La chercheuse Françoise Loquès, qui s’interroge aussi sur l’effet cocktail de tous ces contaminants dans la mer, rappelle au passage que la France est le quatrième consommateur mondial de médicaments. Il faudrait donc peut-être agir là-dessus, et elle rappelle aussi de ne pas jeter les médicaments n’importe où. Fabrice Nicolino, lui, pointe la source, directement :

« Tant qu’on n’arrive pas à contrôler l’industrie chimique, en amont de tout ça, et qu’on accepte de mettre sur le marché des molécules pas évaluées, mal évaluées, et qui se combinent les unes avec les autres, je pense qu’on parle un peu pour ne rien dire. »

En attendant, le problème est exposé. Et lui vous souhaite quand même un bel été :

« Carrément ! J’adore nager et je continuerai à le faire, si ça peut rassurer. Je ne pense pas que ça soit la fin du monde non plus. »

Références

L'équipe

Camille Crosnier
Production