vidéo
"Culbute" : sept épisodes accessibles, joyeux et nécessaires. - Edith Carron / Arte / Les Bons Clients
"Culbute" : sept épisodes accessibles, joyeux et nécessaires. - Edith Carron / Arte / Les Bons Clients
"Culbute" : sept épisodes accessibles, joyeux et nécessaires. - Edith Carron / Arte / Les Bons Clients
Publicité
Résumé

Cette série documentaire joyeuse et salutaire montre, à partir d'extraits de films, séries, ou jeux vidéos, comment les œuvres culturelles diffusent et consolident une vision stéréotypée du sexe et de l'amour. Idéal pour interroger les normes et s'en affranchir.

En savoir plus

Célébrons la journée internationale des droits des femmes en parlant de sexe au cinéma et dans les séries. Il est grand temps de réaliser le mal que les fictions ont fait à nos représentations de la sexualité et à notre vision de l’amour. Nombre de stéréotypes sexistes et tenaces viennent de là. Une série documentaire très bien faite, vive et drôle, est à voir sur le site d’Arte, signée Édith Carron et Léo Favier : « Culbute. Nos sexualités sous influence ». Sept épisodes de dix minutes, que je recommande notamment aux ados, mais pas seulement.

Des mythes sexuels enracinés

On y voit des extraits de films, séries, jeux vidéos ou publicités commentés par des expertes et des experts, notamment la journaliste et autrice Iris Brey. Rappelez-vous par exemple cette scène tellement romantique dans Star Wars : Han Solo plaque Leia contre le mur, elle le repousse. Et puis il l’embrasse et elle réalise en un éclair que si, en fait, elle en avait follement envie ! Des scènes comme celle là, on en voit partout, tout le temps. Une femme qui dit non mais ne le pense pas vraiment. Une femme qui ne montre pas son désir, c’est à l’homme de le faire. Quand elle refuse, c’est en réalité pour qu’il revienne à la charge... Voilà des mythes sexuels qui sont enracinés dans l’inconscient collectif.

Publicité

Les œuvres culturelles, bien sûr, ne sont pas la raison de ces idées préconçues, mais elles les relaient, les diffusent et les consolident. La philosophe Olivia Gazalé fait partie des expertes intérrogées :

Tant qu'on continuera à considérer que le désir est toujours celui de l'homme et que l'objet de désir est toujours la femme, on restera coincés sur ces questions de consentement, à dire "la femme est d'accord ou pas d'accord". Non ! On peut aussi considérer que la femme a du désir. C'est vers cela qu'il faut tendre : que les deux puissent exprimer à égalité leur désir.

Des images d’animation, très drôles, donnent une tonalité ludique à cette série et créent un niveau de lecture supplémentaire, par exemple avec des statues qui prennent vie dans un musée et se jettent de façon torride les unes sur les autres.

Impitoyable test de Bechdel

Un autre épisode de cette série est consacré à l’érotisation du viol, sujet essentiel. Un autre encore à l’hétéronormativité : comment les amours homosexuelles sont-elles filmées, racontées, dans la fiction (avis à toutes celles que la mort de Tara, dans « Buffy contre les vampires » a traumatisées).

Je dois vous prévenir : vous aurez sans doute envie, après avoir regardé « Culbute », de faire passer à tous les films que vous aimez le test de Bechdel. Et vous risquez de tomber de haut. Voici les questions à se poser : Y a-t-il deux personnages féminins? Ces deux personnages féminins ont-elle un prénom? Ont-elles la parole et se parlent-elles entre elles d'autres chose que d'un homme?

Malheureusement, souligne Iris Brey, très très peu de films passent ce test ! Le test de Bechdel n'est pas là pour censurer, mais peut servir à une prise de conscience.

Bien sûr qu’un cinéaste a le droit d’imaginer des personnages de femmes qui ne sont là que pour valoriser les hommes. Encore heureux, c’est sa liberté d’artiste. Mais ce qui est problématique, c’est la répétition. L’idée, en effet, n’est pas du tout d’appeler à la censure, simplement de prendre la mesure de ce qui est à l’œuvre. Il est toujours sain d’interroger les mécanismes de domination : c’est ainsi qu’on peut envisager de les ébranler.

« Culbute. Nos sexualités sous influence » : à voir sur le site d’Arte.

Références

L'équipe

Dorothée Barba
Dorothée Barba
Dorothée Barba
Production
Dorothée Barba
Dorothée Barba