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Andreï Kourkov est l'écrvain ukrainien le plus traduit dans le monde. Russophone, il refuse désormais de publier en langue russe. - Capa Presse / Ksenia Bolchakova / Phillipe Lagnier / Arte
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Résumé

Ce documentaire apporte des éléments de réponse à une question complexe : quelle est la proximité culturelle entre la Russie et l'Ukraine ? Et que devient-elle depuis la guerre? Avec le témoignage saisissant d'Andreï Kourkov, écrivain ukrainien russophone qui refuse désormais de publier en russe.

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Trois mois après le début de cette guerre, voilà une enquête précieuse pour comprendre l’identité ukrainienne, identité qui s’affirme à mesure que l’armée russe s’acharne sur le pays. Le titre de ce documentaire à voir sur Arte : « Ukraine, la fin du monde russe ».

Proximité linguistique

« Le monde russe » est une rhétorique chère à Vladimir Poutine, selon laquelle il faudrait réunir les Russes, les Ukrainiens et les Bélarusses, habitants de trois pays que le chef du Kremlin présente comme « la Grande Russie, la Petite Russie et la Russie Blanche ».

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La proximité culturelle, linguistique et religieuse ne peut en aucun cas - c’est une évidence - justifier le recours à la violence. Mais l’Ukraine est-elle aussi russe que le prétend Poutine ? A cette question sensible et très complexe, Ksenia Bolchakova et Philippe Lagnier apportent des éléments de réponse. Notamment en donnant la parole à des Ukrainiens russophones.

L’Ukraine compte près de huit millions de russophones. Cela représente presque 20% de la population. Mais ce chiffre pourrait baisser, si l’on en croit un romancier qui a pourtant toujours écrit en russe. Andreï Kourkov est l’auteur ukrainien le plus traduit dans le monde.

Le russe va être de moins en moins utilisé. De plus en plus de gens refusent de le parler et optent désormais pour l'ukrainien, quand bien même ils auraient été russophones toute leur vie. La langue russe, c'est l'arme de Poutine, la langue de l'ennemi. Ce concept de "monde russe" tient en une phrase : les frontières de la Russie s'arrêtent là où plus personne ne parle russe. Eh bien nous, nous allons arrêter le monde russe à nos frontières. Nous ne laisserons plus la Russie aller au-delà.

Kourkov parle treize langues, il répond régulièrement aux journalistes du monde entier pour lutter contre la propagande russe. Lui qui a écrit en russe toute sa vie n’a plus l’intention de publier le moindre roman en langue russe. Ce sera désormais l’ukrainien ou l’anglais. Indice d’une perte d’influence culturelle de la Russie.

Ce documentaire nous conduit à Odessa, ville portuaire largement russophone. Même le maire de la ville, hier favorable au Kremlin, tourne désormais le dos à la Russie. On fait la connaissance d’une Ukrainienne qui est professeure de français, russophone elle aussi. Ksenia a fui le Dombass en 2014. Les bombes russes la rattrapent aujourd’hui à Odessa.

Je suis vraiment très en colère. C'est la deuxième fois dans ma vie qu'il y a la guerre et que les Russes viennent pour "sauver" les Russophones qui seraient en danger en Ukraine. Mais nous n'avons pas à être sauvés ! C'est ma maison, c'est ma ville, c'est mon pays. J'ai déjà fui en 2014, je ne le ferai plus.

Ksenia n’était pas particulièrement patriote, mais l’agression russe a changé la donne. Cette Ukrainienne russophone a rompu les liens avec ses parents. Dans cette famille comme dans beaucoup d’autres, la guerre a fait irruption sur le front de l’intime. Ce témoignage, parmi d’autres, est précieux pour déconstruire le discours de haine martelé par Poutine. Le chef du Kremlin niait l’identité ukrainienne, il l’a renforcée. Il voulait souder la grande famille slave, elle est en train d’imploser.

« Ukraine, la fin du monde russe », de Ksenia Bolchakova et Philippe Lagnier : à voir sur Arte le 24 mai à 20h55 ou en replay pendant un mois.

Références

L'équipe

Dorothée Barba
Dorothée Barba
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Production
Dorothée Barba
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