« Que je crève comme un chien plutôt que de hâter d’une seconde ma phrase qui n’est pas mûre ». - France TV
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Résumé

A l'occasion du bicentenaire de la naissance de Gustave Flaubert, la Grande Librairie consacre un documentaire à l'auteur de "Madame Bovary". Plongée dans la vie et l’œuvre d'un écrivain de génie, perfectionniste maladif, qui plaçait le style au-dessus de tout.

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Le « patron » : c’est ainsi que ses contemporains surnommaient l’auteur de Madame Bovary et de l’Éducation sentimentale. A l’occasion des 200 ans de sa naissance, « la grande librairie », l’émission littéraire de France 5, lui consacre un portrait : "Sur les traces de Flaubert", diffusé le 8 décembre et disponible en replay. Ce documentaire signé François Busnel et Adrien Soland est une réussite. Il est assez classique sur la forme mais offre une plongée captivante dans la vie et l’œuvre de cet écrivain de génie.  

De la dissection à la littérature

Très jeune, on le comprend dans sa correspondance, Gustave Flaubert est révolté contre les conventions, contre le conformisme social, contre ce qu’il « faut » faire. Il est aussi habité par une profonde mélancolie. L’explication est sans doute à chercher du côté de la profession du père : papa Flaubert était chirurgien et disséquait des cadavres, dans une salle qui donnait sur le jardin familial, à Rouen. Gustave aimait observer son père par la fenêtre pendant les dissections. Voici ce qu'il écrit, une fois adulte, à sa maitresse, Louise Colet :

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Je n'ai jamais vu un enfant  sans penser qu'il deviendrait vieillard, un berceau sans songer à une tombe. La contemplation d'une femme nue me fait rêver à son squelette. C'est ce qui fait que les spectacles joyeux me rendent triste et que les spectacles tristes m'affectent peu.

Louise Colet, soit dit en passant, était une grande poétesse, qu’on a trop longtemps présentée seulement comme la maitresse de Flaubert. C’est elle qui, la première, discerne le génie de Flaubert. Mais leur relation est orageuse car Gustave se méfie des passions, il ne veut être dévoré que par l’art, rien ne doit le distraire de son écriture. « Pour moi, l’amour n’est pas et ne doit pas être au premier plan de la vie, écrit-il. Il doit rester dans l’arrière-boutique. » L’amour ne peut pas être un « mets principal de l’existence », mais un « assaisonnement ».

Un perfectionnisme ahurissant 

Le documentaire s’attarde sur la façon dont il travaillait. Car son exigence avec lui-même était ahurissante, son désir de perfection presque maladif. Il a passé cinq ans à écrire Madame Bovary, travaillant minimum douze heures par jour, tous les jours, dans sa maison de Croisset, au bord de la Seine. « Mon ardeur à la besogne frise l’aliénation mentale », disait-il. Il cherche le mot juste, la phrase parfaite, persécute les métaphores, les analyses morales et le lyrisme. Son ambition, dans ce roman monument, était de raconter une histoire banale comme une épopée. La beauté formelle du roman devait transfigurer ce que Flaubert appelle la « médiocrité du sujet ». C’est l’histoire d’une femme qui attend tout de l’amour et qui est toujours déçue.

L’écrivain péruvien Mario Vargas LLosa, prix Nobel de littérature, nous invite à lire et relire Madame Bovary. Quant à Marie-Hélène Lafon, elle lâche : "Pour moi, Emma une dinde". Voilà qui fait bondir Cécile Coulon. Quand ces deux romancières s’écharpent sur Madame Bovary, l’échange ne manque pas de panache ! 

Tout le mérite de ce documentaire, c’est justement de donner la parole sur la longueur à des auteurs et autrices qui ont lu Flaubert, qui connaissent Flaubert mieux que personne et en parlent avec autant de générosité que d’érudition, mais non sans humour. Qui mieux que des hommes et des femmes de lettres pour évoquer celui qui plaçait le style au-dessus de tout ? Allez, une dernière citation de Flaubert : 

Que je crève comme un chien plutôt que de hâter d’une seconde ma phrase qui n’est pas mûre. 

Un chouia perfectionniste, vous dis-je. 

« Sur les traces de Flaubert », documentaire de François Busnel et Adrien Soland : mercredi 8 décembre sur France 5 à 20h50 (ou en replay sur France.tv).