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Suzanne Lacore et Cécile Brunschvicg en conseil des ministres (1936). ©AFP - AFP
Suzanne Lacore et Cécile Brunschvicg en conseil des ministres (1936). ©AFP - AFP
Suzanne Lacore et Cécile Brunschvicg en conseil des ministres (1936). ©AFP - AFP
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Résumé

Léon Blum fut le premier à nommer des femmes ministres, à une époque où elles n'avaient ni le droit de voter ni celui de se présenter à des élections : Suzanne Lacore, Cécile Brunschvicg et Irène Joliot-Curie. Cet épisode méconnu est raconté dans un passionnant documentaire, à voir en replay sur France 3.

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Connaissez-vous Suzanne Lacore, Cécile Brunschvig et Irène Joliot-Curie ? La troisième, oui, sans doute. Son nom est resté dans les mémoires en raison de son prix Nobel de chimie et parce qu’elle est la fille de Marie Curie. Mais elle fut aussi ministre. C'est sa casquette de femme politique qui nous intéresse ici. Les trois noms que je viens de citer sont ceux des toutes premières femmes entrées dans un gouvernement en France. C’était en 1936, à l’arrivée au pouvoir du Front Populaire. Maud Guillaumin leur consacre un documentaire passionnant : « Léon Blum et ses premières ministres ». Diffusé sur France 3 le 8 mars, il est désormais disponible en replay. 

Entrée en politique par le haut

En 1936, les femmes n’ont pas encore le droit de vote, en France ! Il faut mesurer ce que ça représente. Les femmes ne votent pas, elles n’ont pas le droit de se présenter à des élections. Léon Blum les fait entrer dans la vie civique par le haut. Suzanne Lacore est nommée à la protection de l’enfance. Cécile Brunschvig à l’éducation nationale et Irène Joliot-Curie à la recherche. Cette dernière est restée peu de temps au gouvernement, trop occupée par son laboratoire et épuisée par la tuberculose. Mais toutes les trois ont mis en place des réformes et fait bouger les lignes. Ce documentaire résume leur bilan et brosse un portrait de chacune, avec un magnifique travail sur les archives : ces images, choisies et montées avec soin, rendent l’histoire vivante sous nos yeux. 

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"Trois hirondelles ne font pas le printemps"

Suzanne Lacore, contrairement aux deux autres, n’était pas mariée. Par conséquent, elle n’a pas eu à demander l’autorisation de son mari pour entrer au gouvernement ! Il y eut d’ailleurs un débat entre juristes, autour de la nomination de ces trois femmes ministres. Léon Blum a profité d’un flou juridique : il n’était écrit nulle part que c’était interdit... 

Belle avancée pour l’égalité des droits, donc, que ce gouvernement mixte. Eh bien, ça n’est pas forcément si simple, non. "Trois hirondelles ne font pas le printemps" : la formule est signée de la journaliste Louise Weiss. Pour certaines militantes, l'arrivée de ces trois ministres est un leurre qui ne va pas changer la situation politique des femmes. Elles accusent même Léon BLum de vouloir endormir le combat féministe. Le seul combat qui vaille, c'est le droit de vote. 

D’ailleurs, l’entrée de ces trois femmes au gouvernement n’a pas suscité de controverse, n’a pas créé de scandale. Était-ce un geste inoffensif et symbolique ? La question peut se poser. Mais les symboles sont importants. En 1937, le gouvernement du Front Populaire prend fin et avec lui cette parenthèse historique. On peut considérer - pour voir le verre à moitié plein - que ces trois pionnières ont fait évoluer les mentalités, en montrant qu’elles étaient dignes de la fonction. Elles ont préparé le terrain pour la suite. Le droit de vote fut accordé aux femmes en 1944.  

« Léon Blum et ses premières ministres ». Documentaire de 52 minutes, à voir en replay sur le site de France 3. 

Références

L'équipe

Dorothée Barba
Dorothée Barba
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Production
Dorothée Barba
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