« Le Mystère Méliès », de Serge Bromberg et Eric Lange.  - LOBSTER FILMS / ARTE
« Le Mystère Méliès », de Serge Bromberg et Eric Lange. - LOBSTER FILMS / ARTE
« Le Mystère Méliès », de Serge Bromberg et Eric Lange. - LOBSTER FILMS / ARTE
Publicité
Résumé

Il est l'inventeur des effets spéciaux au cinéma. Ce réalisateur de génie brûla tous ses films, dans un moment de désespoir. Un siècle plus tard, une enquête est en cours pour en retrouver des copies originales... Georges Méliès est au cœur d'un documentaire remarquable, à voir en replay sur le site d'Arte.

En savoir plus

J’ai un truc avec les trucs. Je vous disais, la semaine dernière, que j’aime « Lupin », la série Netflix avec Omar Sy, parce que, comme dans les romans de Maurice Leblanc, on finit toujours par comprendre les trucs. Quel plaisir de se laisser émerveiller par un tour de magie, mais ensuite de comprendre comment ça marche ! Voilà pourquoi je me suis régalée devant un documentaire à voir sur le site d’Arte jusqu'au 09 mars 2021 : « le mystère Méliès » (59 minutes). 

Les premiers trucages du cinéma

Georges Méliès était cinéaste, mais d’abord magicien. L’illusion fut la grande passion de sa vie. A la fin du 19ème siècle, il rachète le théâtre de Robert Houdin, à Paris. Il connait un grand succès avec ses spectacles. Et puis, il rencontre les frères Lumière, qui lui montrent leur invention : le cinématographe. Méliès construit alors sa propre caméra et se met à tourner des films inspirés par les tours de magie qui ont fait la renommée de son théâtre. 

Publicité

Comme le fameux numéro d’escamotage d’une dame. Une femme entre sur scène. Elle s’assied sur une chaise. Méliès dépose un drap sur elle. Et quand il soulève le drap, tadam : elle n’est plus là ! L’escamotage nécessite quelques accessoires pour dissimuler le moment où l’assise de la chaise bascule, permettant à la femme de disparaitre à travers une trappe cachée sous un journal. Voilà pour le spectacle sur scène. Mais au cinéma, Méliès va utiliser un truc bien plus simple, dont l’idée lui est venue par hasard :

C'est un blocage de l'appareil qui s'est produit place de l'Opéra, pendant que je prenais les voitures qui passaient devant moi. Tout à coup, l'appareil s'arrête. Le temps que je le débloque, les voitures avaient naturellement changé de place. Et j'ai eu la surprise, après collage, de voir apparaitre un corbillard à la place de l'omnibus !

Le premier trucage cinématographique est ainsi né. Et Méliès ne va pas hésiter à en user et en abuser. D’ailleurs, aujourd’hui cet effet s’appelle un Méliès : on filme quelqu’un, on coupe la caméra, puis le quelqu’un sort du champ et on filme exactement le même cadre sans lui. Les deux images, mises bout à bout, donnent l’impression qu’il s’est volatilisé. Méliès est le premier magicien du cinéma, l’inventeur des effets spéciaux. Un cinéaste admiré, entre autres, par Costa Gavras et Michel Gondry, qui interviennent dans ce film.

Simplement génial

Et ce documentaire est largement illustré par les films de Méliès. Quel régal. L’imaginaire et le merveilleux y règnent en maitre. « Le voyage dans la lune » (1902) est son chef d’œuvre. Ces films combinent magie et cinéma dans un savant mélange de machinerie théâtrale, d’effets d’optiques ou pyrotechniques, de fondus-enchainés et de surimpression. Ma séquence préférée est celle de l’homme qui essaie de s’habiller, mais dont le pantalon se transforme soudain en chemise. Et quand il veut mettre ses bottes, la botte devient  un chapeau. L’homme s’agite et gesticule, l’illusion fonctionne à merveille et le résultat est très drôle. C’est une pantalonnade toute simple, simplement géniale.

Où sont les bobines ?

Mais à la magie s’ajoute, dans ce documentaire, une enquête passionnante. Car les films avaient  tous disparu. Car Méliès, dans un moment de désespoir, a brûlé son œuvre, en 1923. Il était ruiné, et s’est retrouvé modeste vendeur de jouets, oublié de tous. Les négatifs originaux de 520 films sont partis en fumée. Mais un siècle plus tard, ils sont en train de réapparaitre ! C’est une histoire rocambolesque, qui nécessite un voyage aux États-Unis à la recherche de copies originales. Une enquête que ce documentaire raconte très bien. L’occasion parfaite pour tout comprendre à la façon dont on restaure de vieilles bobines de film. Car les pellicules sont chimiquement instables et finissent par s’autodétruire. Mais la restauration, ce n’est pas de la magie. C’est un savoir-faire précieux pour que vivent longtemps les films de Méliès. 

« Le mystère Méliès », documentaire de Serge Bromberg et Eric Lange, à voir gratuitement sur le site d’Arte. On trouvera aussi, sur arte.tv, treize films de Georges Méliès en version restaurée. 

Références

L'équipe

Dorothée Barba
Dorothée Barba
Dorothée Barba
Production
Dorothée Barba
Dorothée Barba