Pierre Desproges, mai 1987 ©Getty - Louis Monier / Gamma-Rapho
Pierre Desproges, mai 1987 ©Getty - Louis Monier / Gamma-Rapho
Pierre Desproges, mai 1987 ©Getty - Louis Monier / Gamma-Rapho
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Résumé

Chaque fois qu'il m'est donné de croiser le regard éperdu d'amour d'un chien sans inquiétude. Chaque fois que mon gros chat noir prétentieux vient se coller à mes cuisses en me ronronnant ses désirs de caresses érotiques...

avec :

Pierre Desproges (Ecrivain, humoriste).

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Chaque fois que le vieux percheron de labour en retraite, qui finit sa vie paisible dans un champ près du mien, s'en vient dodeliner de la croupe à ma rencontre pour une poignée d'herbes sèches que j'arrache au fossé. 

Chaque fois, je repense au cri profond, gorgé d'humanisme, que la délicieuse petite Stéphanie de Monaco ne put retenir un jour devant les caméras de TF1, alors qu'on évoquait devant elle la sanglante boucherie des corridas espagnoles. Après tout, avait-elle dit, la voix chargée de lourds sanglots anti-vivisectionnistes, après tout, les animaux sont des êtres humains comme les autres. Il me semble vous avoir déjà restitué au moins une fois dans ces chroniques, cet inoubliable message d'amour de la princesse des mille et un projets à bétonner la côte. 

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Mais enfin, comme disait Soubirous en remontant sur Bernadette : "Quand on tient un bon coup, y'a pas, faut qu'on y retourne". 

Toutes ces digressions bestiales me viennent à l'esprit en parcourant une dépêche de l'Agence France Presse qui met le doigt sur cet émouvant problème du formidable amour entre les bêtes et l'homme qu'on ne retrouve pas seulement entre le groupe Indochine et leur imprésario. 

La petite Sylvia Corelli, 7 ans, vivait heureuse dans sa villa romaine, entourée de ses parents qui faisait semblant de s'aimer, et de Bello le chien de berger, et Coco le perroquet. Bello et Coco, sans qu'on eût pu parler d'idylle entre eux, vivaient leur cohabitation aussi bien que n'importe quel président ou premier ministre contraints de subir la leur, c'est-à-dire sans se mordre, ni se pincer devant les photographes. 

Hélas, au début de ce printemps qui fut tardif, je le souligne à l'intention des éventuels demeurés isothermiques qui ne s'en seraient pas aperçus...

Le chien Bello avait accumulé un trop plein de sève animale qui l'incita, au mépris des normes protocolaires les plus couramment admises, à sodomiser le perroquet Coco. Un violent corps à corps s'ensuivit, au cours duquel le chien Bello, frustré d'être éconduit, trancha d'un seul coup de dent la papatte à coco. Coco ne mourut pas, mais la petite Sylvia tomba malade de chagrin de le voir clopiner lamentablement dans sa chambre en sifflotant "Le pont de la rivière Kwaï" n'importe comment. Oui, avant le drame, Coco faisait un tabac chaque fois qu'il sifflait la fameuse "marche du colonel Bogey." 

Mais curieusement, depuis qu'il était devenu infirme, il ne parvenait plus qu'à retrouver les six premières demi-mesures qu'il rabâchait sans fin, au risque de se ramasser, de la part des voisins excédés, maints vases de Chine et maints parfums à travers la gueule. Car sa mélopée, naguère entraînante, s'était faite un rien pénible, pour ne pas dire carrément chiante. 

Ça donnait ça : (Pierre Desproges siffle

Heureusement, la bonne fée des petites filles à perroquet veillait sous la forme d'un vétérinaire prothésiste, le Docteur Paolo Jurgenson. "Ne pleure plus petite Sylvia, dit-il à l'enfant, j_e vais rendre sa joie de vivre à ton cher Coco_". Le docteur Paolo Jurgenson est très connu à Rome pour son génie inventif. 

On lui doit, entre autres réfections, la re-zébrure au feutre indélébile d'un marcassin grand brûlé et la fabrication d'une queue articulée en polyuréthane pour un rantanplan handicapé caudale à la suite d'une sieste sous le rapide Paris-Rome.

N'écoutant que son courage qui ne lui disait rien et la promesse d'un chèque qui lui en disait plus, le Docteur Paolo Jurgenson se mit à œuvrer d'arrache-pied, si j'ose dire, pour fabriquer une papatte artificielle au cher boîteux Coco. Lequel l'a essayée avec succès pas plus tard qu'hier. Il peut de nouveau se tenir sur son perchoir, s'accrocher aux rideaux et siffler son tube jusqu'au bout. 

Folle de joie, la petite Sylvia a retrouvé sa joie de vivre et recommence à fumer ses chères Marlboro. Si l'on devait tirer une morale de cette charmante anecdote, je dirais qu'à ma connaissance, c'est la première fois qu'un Italien s'appelle Jurgenson. 

Quant à ces féroces soldats, je le dis c'est pas pour cafter, mais y font rien qu'à mugir dans nos campagnes, et avec les nuages radioactifs autour, croyez-moi, c'est pas marrant.

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