Pierre Desproges ©AFP - Isabelle Alexandre
Pierre Desproges ©AFP - Isabelle Alexandre
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Résumé

Desproges lit la lettre d'un auditeur l'informant sur l'origine étymologique de la "coquille" journalistique. Il en profite pour citer des exemples célèbres qu'il mélange à des coquilles de son cru. Coquilles, ou l'origine des bons mots dans la presse !

avec :

Pierre Desproges (Ecrivain, humoriste).

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Dans une récente chronique, je faisais allusion à la vie lamentable de Monsieur Raymond Lepetit, responsable de la rubrique "La Solution du jeu des 7 erreurs" aux Échos de la Fouillouse, et à sa consoeur et co-championne en obscurantisme plumitif, Madame Geneviève Portafaux, cheftaine de la rubrique "Erratum" au Réveil du Pas-de-Calais.

Ancien secrétaire de rédaction dans plusieurs journaux parisiens il y a une vingtaine d'années, Monsieur Francis Céchulle, de Ville-Goye, m'écrit pour me mettre le nez dans mon inculture en matière de coquilles journalistiques :

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Savez-vous seulement d'où vient ce mot : coquille ? s'enquiert-il. Le 19 avril 1911, dans un article du Journal officiel de la République concernant les nouvelles réglementations en vigueur dans le commerce des oeufs de poules, il était stipulé que "quels que soient leurs calibres, les couilles devaient être propres et exemptes de duvet au moment d'être exposées à l'étalage".

Vous aurez compris que la lettre q du mot coquille avait disparu au moment de l'impression du journal, ajoute mon correspondant, dont l'excellente lettre se perd un instant dans les méandres vaseux d'une regrettable grossièreté, avec digressions oiseuses sur la désolation des q oubliés sur le marbre.

Toujours est-il que le mot coquille était né.
La plus célèbre des coquilles, poursuit Monsieur Céchulle, revient à un journal de province qui publia, il n'y a pas si longtemps, un erratum relatif à un important article concernant le conflit social entre les patrons de pêche et les marins-pêcheurs de plusieurs ports de la côte Atlantique. Dans son éditions de la veille, ce journal avait titré :

"Pêcheurs de poules. C'est la trève."
On rectifia le lendemain, en caractères encore plus gros :
"Lécheurs de moules. C'est la grève."

Que des coquilles se glissent dans les entrefilets de pêche, c'est la moindre des choses. Mais l'encyclopédique Monsieur Céchulle se souvient-il de celle, énorme, qu'on cite encore en exemple de ce qu'il ne faut pas faire dans les meilleures écoles de journalisme ?

Au début de l'automne 70, un journal américain, tirant à plus d'un million d'exemplaires, avait publié une double page centrale en couleurs sur le thème "Sachez reconnaître les champignons". Il y avait vingt champignons vénéneux sur la page de gauche, et vingt champignons comestibles sur la page de droite.
Un grouillot primesautier avait étourdiment interverti les légendes sous les bons et les mauvais. Les lecteurs survivants avaient bien ri.

Dans la journée, le jeune employé de banque Christophe Graves, de Tombstone (Texas), passe aussi inaperçu qu'un homard flambé dans un Restaurant du coeur. Mais que tombe la nuit et voici qu'il se déchaîne et se métamorphose en Superman de l'inutile.
Dans la nuit du 6 au 7 mai 1984, il a battu le record mondial des promenades cul par-dessus tête en réalisant 7 400 galipettes sur une distance de 21 kilomètres.
Dans la nuit du 9 au 10 novembre de la même année, il a parcouru 37 kilomètres avec une bouteille de lait sur la tête, en 6 heures 12 minutes et 23 secondes.
Dans la nuit du 14 au 15 juillet 1985, il a gobé 47 oeufs durs en 2 heures 31 minutes et 40 secondes.
Dans la nuit du 4 au 5 mai dernier, enfin, il a mangé son vélo en 5 heures 17 minutes, battant ainsi son propre record de la nuit du 2 au 3 janvier au cours de laquelle il avait mis plus de 6 heures à bouffer celui de sa femme.
Laquelle a fini par se barrer dans la nuit du 10 au 11 mai avec un grand Nègre qui l'a prise 7 fois en 3 heures 20 minutes et 52 secondes, sans bouger les oreilles.

Plus encore que de sexe, l'homme a besoin de se frotter à la nature.
C'est au contact de la nature que j'ai toujours trouvé en moi la source de cette inspiration, dont l'exquise envolée subjugue aujourd'hui la plupart de mes beaux-frères.
Je vais au coeur des forêts où la biche brame quand on l'étreint.
Je m'assieds au bord des routes pour voir passer le courageux hérisson crève-pneu.
Et quand mes activités m'empêchent de quitter la ville, je vais flâner au Luxembourg pour écouter tousser les oiseaux.

Villon, en son temps, chantait déjà la nostalgie de la nature qui monte au coeur du citadin enfermé dans ses murs :

Oncques ne vit biches au bois      Oncques n'eut faucon sur mes doigts      Oncques guenon ne caressoie      Oncques, oncques, oncques.

Ah Nature... l'écho, l'échoco, l'écologie...

C'est au plus profond du maquis sarde que j'ai couché mes plus belles pages. La Sardaigne, c'est beau comme la Corse sans les Corses et sans les Parisiens.
J'eus un grand choc bucolique l'été dernier, à quelques lieues de Cagliari.
À l'heure supportable de la tiédeur du levant, où l'on peut encore arpenter la caillasse sans se brûler l'espadrille, j'étais allé renifler le matin sour les eucalyptus.

Un berger m'est apparu au détour d'un buisson. Noir dans son coutil écorché, plié en deux sur un tabouret bas, il était en train de traire une grande brebis maigre aux yeux éteints d'agate usée dont la laine clairsemée se hérissait de chardons mauves épilés aux chemins morts.
Comme il me tournait le dos, je ne voyais de cet homme éternel que la nuque de tortue craquelée sous la casquette.
Il ne m'entendit pas approcher, et n'interrompit pas le chant qu'il psalmodiait au rythme millénaire de ses doigts sur le pis :

We are the world   We are the children...

Il chantait pour l'Éthiopie et, de son sabot de bois usé, frappait la cadence en se vrillant le pied de droite et de gauche, comme dans le clip vidéo.

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Références

Programmation musicale

  • 23h56
    Dark but just a game
    Dark but just a game
    LANA DEL REY
    Dark but just a game

    Album Chemtrails Over The Country Club (2021)
    Label POLYDOR RECORDS

L'équipe

Pierre Desproges
Production