Pierre Desproges, 1er One man show au Théâtre Fontaine, Paris - 11 janvier 1984
Pierre Desproges, 1er One man show au Théâtre Fontaine, Paris - 11 janvier 1984
Pierre Desproges, 1er One man show au Théâtre Fontaine, Paris - 11 janvier 1984 ©Getty - Jean-Jacques Bernier
Pierre Desproges, 1er One man show au Théâtre Fontaine, Paris - 11 janvier 1984 ©Getty - Jean-Jacques Bernier
Pierre Desproges, 1er One man show au Théâtre Fontaine, Paris - 11 janvier 1984 ©Getty - Jean-Jacques Bernier
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Résumé

La femme que j'aime n'est pas celle que je croyais... Ou bien elle ne l'est plus !

avec :

Pierre Desproges (Ecrivain, humoriste).

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En tout cas, quelque chose a changé dans son comportement. Par exemple, elle prend du plaisir à jouer au golf alors que je n'y joue pas moi même. 

Je trouve extrêmement vulgaire cette façon brutale de lancer le cochonnet avec un bâton. 

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Et bien, elle, elle aime ça. Il me semble qu'elle fait preuve d'un certain manque d'élégance de cœur en étant heureuse sans moi, non ? J'ai malheureusement eu la confirmation fulgurante de son égoïsme, pas plus tard que la nuit dernière. 

Nous nous étions couchés tard. Elle dormait profondément. Vers 4 heures du matin, je me sens étreint par une sourde angoisse. Sueur aux tempes, gorge sèche. Je bondis hors du lit, j'ouvre à la volée la porte de la chambre et je me retrouve au cœur d'une mer de sable en un pays brûlant. Près d'un cactus mort, je vois un homme en tenue militaire de parade, me semble t il, et je vois cet homme s'enfoncer dans les sables mouvants. Et de cet homme, seuls la tête et les bras galonnés émergent encore de la boue, cette espèce de boue sèche. 

Et cet homme, je le reconnais, je revois sa silhouette immense qui les dépassait toutes, aux marches du palais des rois du monde où l'on écoutait sa parole éclairée. J'essaie en vain de crier son nom. Je suis muet. Pire, je suis à trois pas de lui qui sombre et je ne l'aide pas, comme si des liens invisibles me rivaient les bras au corps. Et qu'est-ce que je fous dans ce cauchemar ? J'essaie de bouger mes doigts engourdis. Ce qu'ils touchent est soyeux. C'est le drap de satin du lit conjugal. J'ai rêvé. 

L'instant d'après, assis dans le lit, la tête dans les mains, j'essaie d'interpréter ce songe étrange alors que la boule d'angoisse est toujours là, malgré la rassurante certitude de l'armoire à glace trapue où j'entrevois mes regards affolés sous ma tignasse hirsute. Ces sables mouvants ne symbolisaient-t-ils pas l'oubli ? 

Cet homme, qu'on exhibait naguère encore à la une des gazettes, n'était-il pas en train de sombrer dans les insondables profondeurs de l'oubli, aspiré dans le noir no man's land des mémoires mortes, où l'ingratitude des peuples enfouit à jamais les héros d'hier quand d'autres héros se lèvent et les ensevelissent à l'ombre formidable de leur gloire nouvelle ? Ainsi m'expliquais-je ce rêve pesant. C'était ça, j'en étais sûr. 

Mais elle, elle qui dormait là, près de moi, elle avec qui depuis si longtemps je partageais sans compter mes moindres émotions. Elle qui connaissait tout des parties de moi que je ne lui cachais pas. Elle que je savais faire profiter de mes moindres souffrances, au point que ses joues enflaient quand j'avais mal aux dents. Elle qui en somme était si proche de moi, comment allait-elle interpréter mon rêve ? Pour l'heure, elle continuait de dormir près de moi d'un profond sommeil d'enfant. 

Je la réveillais d'un léger coup de genou dans les seins. 

Ne trouves-tu pas, lui dis je, que depuis quelque temps, on ne parle plus beaucoup du duc d'Edimbourg ? Sa réaction m'a déplue : "Oh écoute, ça m'est égal, j'ai sommeil, s'il te plaît, laisse-moi dormir." On n'est pas plus égoïste, non ? 

Il y a comme ça des gens qu'on aime depuis 20 ans et que l'on croit bien connaître, et puis, un beau jour, une triste nuit, c'est la déception. Brutalement, à la lumière d'un drame humain, pas nécessairement lié directement au couple, comme cet étrange silence qui pèse autour de la personne du duc d'Edimbourg, on s'aperçoit qu'on a vécu tout ce temps auprès d'une étrangère. 

Quant à ces féroces soldats, je le dis, et j'en ai marre de le dire tous les jours, c'est pas pour cafter mais ils font rien qu'à mugir dans nos campagnes... il va falloir que je trouve autre chose !

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