La plume de Pierre Desproges... ©Getty - Sophie Bassouls - Sygma
La plume de Pierre Desproges... ©Getty - Sophie Bassouls - Sygma
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Résumé

Pierre Desproges est "en manque d'inspiration" ! Il décide de répondre à son courrier...

avec :

Pierre Desproges (Ecrivain, humoriste).

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En panne d'inspiration - je voudrais vous y voir... demandez au groupe Indochine si c'est facile d'avoir une idée par jour -, je réponds en vrac au courrier.

. "Avez-vous l'intention de faire un second one-man-show ?" me demande Monsieur Jean-Pierre Moreau, de Paris XV°.

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Pour des raison de bienséance, vous comprendrez, Monsieur Moreau, que je répugne par nature à utiliser cette antenne de France Inter à des fins d'autopromotion pour mes autres activités dont je ne cache pas qu'elles sont variées et lucratives comme en témoigne avec éloquence la luxueuse écharpe de soie que je porte à mon cou. (Ce n'est pas qu'il fasse froid, le fond de l'air est doux, mais ça énerve ceux de mes amis jaloux que la minceur de leurs revenus condamne à s'abriter les carotides dans la rayonne).

Cependant, et quoi qu'il en coûte à ma discrétion naturelle, je vous répondrai par l'affirmative, Monsieur Jean-Pierre Moreau. Oui, j'ai l'intention de faire un second one-man-show. Au demeurant, il eût été bien hypocrite de ma part de taire plus longtemps l'imminence de ce tout petit événement parisien dont les médias avec l'indécente indiscrétion qui les caractérise - ne manqueront pas de se faire l'écho dans quelques semaines.

La réponse est oui, Monsieur Moreau. Mais ne me demandez pas quand. Je ne suis pas là pour faire de la pub au mois d'octobre 1986 dont je n'attends rien, sinon des vendanges réussies à Château-Figeac.

En revanche, je puis vous dire pourquoi.
Je me propose de faire un second one-man-show parce que le premier avait vachement bien marché. Certains soirs, il y avait des gens jusque... dans la salle.
Sincèrement, je dois dire que j'ai été extrêmement touché, bouleversé même, par l'accueil du public lors de mes premiers balbutiements sur scène dans ce premier one-man-show qui restera pour moi, quoi qu'il arrive, un souvenir de bonheur inégalé dans le domaine qui me tient le plus à coeur, c'est-à-dire sur le plan de la réussite commerciale.

Pour citer quelques chiffres, il faut savoir que, sur le marché encombré de l'humour, les établissements Desproges ont enregistré pour l'exercice 1985 une augmentation de bénéfices substancielle par rapport à l'exercice 1984.
Malgré la concurrence qui ne désarmait pas. Ainsi :
Les établissements Bedos, N°1 français de l'humour, ont fait un exercice plus qu'honorable avec un bénéfice net consolidé de 25 millions de francs (dont 26 au fisc), chiffre en hausse de 17,3% sur l'exercice 1984, cependant que le résultat d'exploitation de la Desproges' Humour (Limites, d'accord) se soldait par une augmentation de 11,4%.

Bref, je continuerai sur cette voie qui, en me donnant l'indépendance d'action et le contact direct et viril avec un public de qualité, pourra, seule, me permettre de conserver mon honneur d'homme et mon huit-pièces à Montparnasse.
Pour en finir avec ce sujet, je précise à l'intention de tous les auditeurs sauf un, que Monsieur Jean-Pierre Moreau de Paris XV° est mon attaché de presse [rires] : il faut le savoir pour bien comprendre le sens de sa question.

Pouf, pouf.

. De Madame Bernadette-Henriette Lévier, de Bruxelles : "Ma soeur a un enfant trisomique - un mongolien belge ! - qui veut renverser la monarchie pour instaurer une démocratie populaire chez nous et nationaliser les frites. Quel conseil pourriez-vous nous donner pour que nous tentions de freiner ses ardeurs, voire même nous débarrasser de lui, si vous voyez ce que je veux dire une fois".

Tout dépend de l'âge de l'enfant, Madame. S'il a plus de 35 ans, vous aurez du mal à faire croire à un avortement. Même si ce jeune homme est flamand.

Pouf, pouf.

. Monsieur Daniel Collin, de Bourges, est bien curieux : "Qui êtes-vous vraiment, Monsieur Desproges ? Et d'abord, est-ce que c'est votre vrai nom ? Quel âge avez-vous ? Êtes-vous né à terme ?"

Je vais vous répondre franchement, Monsieur Colin, car j'aime bien jouer au jeu de la vérité mais tout seul, sans être obligé de dire bonjour et de faire des sourires à des gens qui ne sont pas de mon milieu... Je m'appelle Pierre Desproges. Pierre, c'est mon vrai nom. Desproges, c'est un nom d'emprunt. Je l'ai emprunté à mon père.

Je suis né le 9 mai 1939. Pas à terme, à Pantin, mais je l'ai pas fait exprès, j'ai horreur des banlieues populaires. Mais c'est là, à Pantin, que ma mère attendait le 148 quand elle a reçu le 149. (Je parle de l'autobus, pas de son dossard dans Paris-Strasbourg.) Elle a aussitôt ressenti les premières douleurs.

Heureusement, mon père était tailleur, mais il était là.
L'accouchement, à 3 heures du matin, a été très pénible. Pour moi : je n'aime pas sortir tout seul le soir. Mais heureusement, pendant tout le temps qu'il a duré, Papa a tenu la main de Maman. Ainsi, il a moins souffert.

Quatre mois, presque jour pour jour, après ma naissance, éclatait la Seconde Guerre mondiale.
À plusieurs reprises, j'ai déjà dû insister sur le fait qu'il n'y avait aucune relation de cause à effet entre ces deux événements.
La guerre et moi ne sommes pas nés de la même cause.
La guerre est née d'un caporal allemand d'origine autrichienne complètement givré, et moi d'une capote française d'origine anglaise, un peu fêlée également.

Pouf, pouf.

. Pour en finir avec le courrier, je vous lirai la confession tragique d'un célèbre artiste de music-hall qui a tenu à garder l'anonymat et qui souffre d'une tare assez rare dans nos métiers :

"Cher Pierre, vous qui êtes équilibré, aidez-moi ! Que dois-je faire ? Je ne suis pas paranoïaque, ce qui crée chez moi un sentiment de solitude dans ce milieu de spectacle où la non-paranoïa est considérée comme extrêmement vulgaire. Je n'ai même pas la consolation de jouir de cette singularité, dans la mesure où il m'arrive de penser avec terreur que ce n'est pas parce que je ne suis pas paranoïaque qu'ils ne sont pas tous après moi. Ne riez pas. Je vais très mal. 

C'est dur pour un non-paranoïaque de se sentir persécuté... Je fais ce métier malgré moi, j'éprouve profondément et constamment le besoin de me montrer à des gens dont je supporte d'autant moins la présence qu'ils me persécutent alors que je ne suis pas paranoïaque, comme je viens de vous l'expliquer, mais vous faisiez exprès de ne pas m'écouter pour me faire du mal. Au secours !"

Références

Programmation musicale

  • 23h56
    Hark hark, my friend cannon thunders are swelling
    Hark hark, my friend cannon thunders are swelling
    Philippe Cohen Solal & Mike Lindsay
    Hark hark, my friend cannon thunders are swelling

    Adam Glover, Hannah Peel, Philippe Cohen Solal, Mike Lindsay, Henry Darger

    Album Outsider (2021)
    Label YA BASTA RECORDS

L'équipe

Pierre Desproges
Production