Sphyrna Odyssey, l'écoute et le suivi des populations de cétacés grands plongeurs en Méditerranée occidentale ©Getty - Rodrigo Friscione
Sphyrna Odyssey, l'écoute et le suivi des populations de cétacés grands plongeurs en Méditerranée occidentale ©Getty - Rodrigo Friscione
Sphyrna Odyssey, l'écoute et le suivi des populations de cétacés grands plongeurs en Méditerranée occidentale ©Getty - Rodrigo Friscione
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Résumé

Premiers résultats de ces recherches pour lutter contre le fléau de la pollution acoustique en Méditerranée.

avec :

Hervé Glotin (Professeur et chercheur en laboratoire d’informatique et de systèmes de l’Université de Toulon et du CNRS.).

En savoir plus

La mission Sphyrna Odyssey 2019/2020 

Elle fait partie intégrante des Campagnes Sphyrna Odyssey initiées fin 2017 par le bureau d’études navales Sea Proven, la revue Marine & Océans et la société Lemer Pax, avec pour objectif final la mise en œuvre inédite, sur tous les océans, d’une constellation de drones navals destinés à une meilleure connaissance des espaces maritimes. Il s’agit de la mise œuvre, pour la première fois, de deux drones navals océaniques.

Sphyrna Odyssey bénéficie du soutien de la Fondation Prince Albert II de Monaco et de la Société des Explorations de Monaco, illustrant en cela l’engagement permanent, et toujours ouvert sur l’innovation, de la Principauté de Monaco au service de la connaissance et de la protection des océans. Elle est également soutenue par L’Accord sur la Conservation des Cétacés de la Mer Noire, de la Méditerranée et de la zone Atlantique adjacente (ACCOBAMS) et par de nombreux autres partenaires opérationnels (lire ci-dessous).

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Bioacoustique et collecte de données

Cette mission est placée sous la direction scientifique du Professeur Hervé Glotin de l’Université de Toulon, est dédiée principalement au suivi bioacoustique des cétacés et à la collecte d’une large gamme de données scientifiques. Elle s’est déroulée dérouler en 2019-2020  en Méditerranée, dans un vaste espace maritime situé entre Gênes et les Baléares, à l’occasion d’une grande boucle de 1 200 milles marins ( x 1,8 = 2 160 km) le long du courant ligure et notamment sur les grands canyons, zones de chasse privilégiées des cétacés grands plongeurs.

Ses principaux objectifs furent l’écoute des cétacés à l’aide d’hydrophones de dernière génération pour mieux comprendre leur comportement dans les grandes profondeurs, l’évaluation des  pollutions sonores dues aux activités humaines qui perturbent leur environnement, l’apport de solutions pour réduire les risques de collision entre cétacés et navires, enfin une meilleure connaissance  par la collecte de nombreuses données, l’écosystème méditerranéen pour au final, mieux le protéger.

Les grands sondeurs ou plongeurs sont le cachalot, la baleine de cuvier, le globicéphale noir et le dauphin de Risso. L’objectif de la mission est de détailler une journée de la vie d’un grand sondeur, pour chacune de ces 4 espèces. C’est l’observation du cycle nycthéméral de plongée (un jour et une nuit), par le suivi en continu des émissions sonores et la réalisation du tracé de ses déplacements dans la colonne d’eau. L’estimation de la durée et de la profondeur de chasse, l'estimation indirecte des migrations verticales des calmars, la position par rapport au fond (bathymétrie) seront également observés. Combien de fois ces grands sondeurs chassent-ils par 24h ? Combien de temps restent-ils dans une zone donnée ? Quelle forme de nage adoptent-ils en fonction des bruits en différents octaves ?

Cette Mission met également en oeuvre différents protocoles dans le domaine de la relation Mer-Espace avec ses partenaires, le Centre National d'Etudes Spatiales (CNES), Kineis (projet français de constellation de nano-satellites destinés à fournir des services d'Internet des objets par satellite), Atmosphère (solution de communication par satellite) et l'Agence spatiale européenne.

Scientifiquement, l’enjeu est de décrire pour la première fois les cycles de vie (chasse, repos) de grands sondeurs comme le cachalot, le Ziphius, le dauphin Risso, le Globicéphale qui vivent, selon ces espèces, entre 60 % et 80 % de leur vie en dessous de 500 mètres d’eau et que l’on connaît à peine. C’est également d’estimer la densité de ces espèces et de quelques autres comme le grand dauphin et le rorqual commun, la seconde plus grande baleine de la planète.

Il est aussi question de découvrir en 3D le royaume de ces grands plongeurs, au-delà des profondeurs habituellement fréquentées par les sous-marins, grâce à la restitution en réalité virtuelle de leur évolution dans les abysses de la Méditerranée.

Sphyrna Odyssey a basé cette mission sur le respect des animaux

Les hydrophones placés sous les drones navals permettent d’écouter tout ce qui évolue sous l’eau dans un rayon de 6 000 mètres jusqu’à 2 000 mètres de profondeur. Ils permettent ainsi aux scientifiques d’étudier avec une très grande précision les animaux marins sans avoir ni à les approcher, ni à les déranger, révolutionnant tout simplement ce type de missions scientifiques.

Sphyrna Odyssey s’est dotée des plus grands navires autonomes civils au monde

Ils sont dotés d’une autonomie océanique, les deux drones utilisés pour cette mission - le Sphyrna 55 (17 mètres) et le Sphyrna 70 (21 mètres) - appelés Navires laboratoires autonomes (NAL), sont actuellement les plus grands navires civils de ce type au monde. Conçus et développés par le Bureau d’études navales Sea Proven - basé à Laval, en Mayenne et dirigé par Fabien de Varenne - ils sont propulsés par un moteur électrique alimenté par les énergies solaire, éolienne et hydrolienne. Dotés d’une très grande capacité d'emport de matériels (plus d'une tonne), ils sont chacun équipés - outre d'hydrophones pour les relevés acoustiques -, de nombreux capteurs destinés à la collecte d'un champ très complet de données.

L’exploitation des données recueillies feront l'objet de conférences et de publications dans les milieux scientifiques français et internationaux. D’ailleurs, la mission est le prologue à une ambitieuse campagne de missions scientifiques appelée à être menée, pendant plusieurs années, à partir d’autres drones Sphyrna naviguant en constellation, en Atlantique, dans le Pacifique et en océan Indien.

Le suivi continu de la vie de grand plongeur consiste à démontrer la qualité du suivi des cétacés par une méthode non invasive en accord avec notre éthique et surtout avec les recommandations de la directive européenne sur l’expérimentation animale (Décret n° 2013-118 du 1er février 2013 relatif à la protection des animaux utilisés à des fins scientifiques.

Lors de sa première mission exploratoire en Méditerranée en 2018, Sphyrna Odyssey a prouvé sa capacité à constituer un observatoire acoustique de grande qualité. Sur la mission 2019, les deux drones (Sphyrna 55 et Sphyrna 70) ont été positionnés par les scientifiques et ont réalisé les enregistrements en dérive, afin de  suivre les bruits des navires en 2D en continu avec leur antenne.

Ces mesures permettent, à terme, le calcul des rayonnements des bruits des navires, mettant en évidence l’hétérogénéité des zones rayonnantes, à travailler en priorité par l’armateur pour réduire la pollution acoustique, agréant ainsi une action plus efficace des compagnies pour lutter contre le fléau de la pollution acoustique en Méditerranée.

Références

L'équipe

Jose Manuel Lamarque
Jose Manuel Lamarque
Jose Manuel Lamarque
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