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Cet été, le festival d’Aix en Provence, « Résurrection », la symphonie n°2 de Gustav Mahler s’est jouée sous la direction d’Esa-Pekka Salonen avec le choeur et l’orchestre de Paris.

Une mise en scène de Roméo Castellucci, et une production filmée par Philippe Béziat disponible sur le site d’Arte jusqu’en janvier 2025.

Ça laisse le temps pour visionner ce spectacle qu’on a donc pu découvrir en scène cet été… et qui m’a beaucoup marquée je dois dire, à plusieurs titres, le lieu d’abord où il a été joué : le stadium de Vitrolles, cet énorme cube de béton noir créé au début des années 90 par l’architecte Rudy Ricciotti au milieu de nulle part qui a été abandonné pendant plus de 20 ans. Un lieu très étrange, plusieurs fois vandalisé, couvert de graffitis où il était assez inattendu et enthousiasmant d’entendre pour sa renaissance sonner la musique de Mahler. Roméo Castellucci a à nouveau frappé fort, avec une proposition assez radicale…

Sur le plateau, 550 tonnes de terre et de tourbe…

Comme le prolongement de celle déversée en image finale de son Requiem, crée trois ans plus tôt au festival…

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Entre en scène un puissant cheval blanc, qui déambule paisiblement seul quelques minutes, avant d’être rejoint par sa soigneuse qui découvre à ses pieds un corps…

C’est en fait un charnier qu’une équipe du Haut commissariat des nations unies pour les réfugiés va découvrir, des dizaines et des dizaines de corps qui seront peu à peu déterrés et, dans une sorte de ballet macabre, alignés sur des housses blanches les uns à côté des autres…

Au début du 4 ème mouvement, « Urlicht », lumière originelle, tout se fige quand sonne l’extraordinaire voix de la mezzo Marianne Crebassa…

Puis le travail reprend tandis que sa voix, comme le souhaitait Mahler « par sa foi naïve et touchante, résonne à l’oreille de l’âme torturée »

Le projet a été imaginé il y a deux ans, bien avant le début de la guerre en Ukraine, à laquelle on pense, bien sûr, à la vision de ces images…

Oui, comme l’écrit Castellucci, l’action scénique résonne comme une atroce prophétie, mais la fiction nous donne la distance nécessaire face à l’horreur, une distance qui produit de la pensée. Et ici, je le cite, il s’agit de tourner le regard vers ces corps jetés comme des choses. Il s’agit de les réhabiliter, en leur restituant leur identité, leur dignité. A la fin de l’œuvre, qui est il faut le dire, sublimement interprétée par l’orchestre de paris dirigé par Salonen. Le plateau est vidé, et sur les chœurs, la pluie commence à tomber. Peut-être un « lavement », nous dit Castellucci, ou peut-être l’image de pleurs irrépressibles, qui se manifestent comme une décharge, après avoir été longuement retenus.

« Résurrection », la 2ème symphonie de Mahler par Esa-Pekka Salonen à la tête du choeur et de l’orchestre de Paris dans la production de Roméo Castellucci, c’était au festival d’Aix en Provence cet été, et jusqu’à janvier 2025 sur Arte