L'écrivaine Colette en 1954
L'écrivaine Colette en 1954 - J.Niepce / La Maison de Colette
L'écrivaine Colette en 1954 - J.Niepce / La Maison de Colette
L'écrivaine Colette en 1954 - J.Niepce / La Maison de Colette
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À Saint-Sauveur-en-Puisaye, dans les jardins d'enfance de Colette, où sa mère Sido l'a initiée au vivant. Gabrielle Sidonie passa les 18 premières années de sa vie en Puisaye, à Saint-Sauveur, sous le regard des habitants hostiles à sa famille.

Reportage dans l'Yonne, dans les jardins de Colette

Mère anti-conformiste, féministe visionnaire dans une France rurale figée, Sido aimait la nature et transmit son amour des plantes, des bêtes à la petite Gabrielle qui ne s’appelait pas encore Colette. Une mère, magicienne et sorcière, hissée à hauteur d’étoiles, initie sa fille aux secrets de la nature et du temps.
Elle grandit dans le jardin fleuri du haut, dans le potager chaud et resserré d’en bas et le jardin d’en face, de l’autre côté de la rue.

Le Jardin du Bas de Colette, à Saint-Sauveur-en-Puisaye
Le Jardin du Bas de Colette, à Saint-Sauveur-en-Puisaye
- Lagneau / La Maison de Colette

Chaque plante, chaque arbre que l'on voit aujourd'hui dans le jardin de la maison fait l'objet d'une description de Colette dans son œuvre. Elle aura passé près d'un demi siècle à reparcourir par la littérature, par l'imagination, le paradis qu'on lui avait volé. C'est parfois une simple métaphore "les sabres de yucca". Parfois, ce sont des images plus développées : "L'araucaria au bras barbelée dans lequel montait une vigne vierge". Une vigne vierge a été replantée. "Le noyer à l'ombre intolérante dans lequel montait une clématite" a été replanté. Le frêne pleureur qui "penchait du côté de l'allée", également. Le ginkgo biloba dont elle échangeait les feuilles contre des billes dans la cour de récréation de Saint-Sauveur-en-Puisaye, tous ont retrouvé leur emplacement.

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L'écrivaine Colette à 20 ans
L'écrivaine Colette à 20 ans
- La Maison de Colette

Retrouvons avec Frédéric Maget, le formidable président du Festival international des écrits de Femmes et directeur de la Maison de Colette : "C'est là que Colette va véritablement faire l'apprentissage de la nature. Non pas un apprentissage savant. Elle le dit, ça, c'est le côté de son père. Dès qu'il voyait une fleur, il pensait au nom latin. Pas du tout. Là, c'est l'enseignement que Sido, sa mère va lui livrer. Une sorte d'attentions, d'observation minutieuse du vivant, une attente des éclosions, une sorte de respect foncier pour tout ce qui veut vivre et que Sido va transmettre à sa fille dans ces jardins."

La famille Colette, et particulièrement Sido, n'était pas apprécié des habitants de Saint-Sauveur-en-Puisaye. La maison située sur les hauteurs du village était donc un refuge : "Pour Colette, ce jardin est protégé. D'ailleurs, Sido ou Colette après elle le dit : "Dans ces jardins, on fait silence". Je dis moi que c'est le temple de Sido ici. Quand on arrive ici, on se tait et on observe, on contemple. C'est une forme d'éden ou l'homme, l'animal, le végétal vivent en parfaite harmonie. Finalement, Colette, plus tard, ne va cesser d'explorer dans son œuvre cette impossibilité de retrouver cette harmonie perdue."

Colette, tout comme Sido avant elle aimait jardiner : "Colette, d'ailleurs, se compare elle même dans "La Vagabonde" à Cérès, la déesse des moissons. C'était une terrienne. Colette adorait s'occuper de ses jardins. Sa mère aussi. Sido ici avait jusqu'à deux jardiniers. Parce qu'on le voit, 60 rosiers, une cinquantaine d'arbres, 500 plantes vivaces, des plantes parfois rares, toute seule elle aurait eu du mal à s'en occuper. Mais elle s'en occupait avec beaucoup de soin. Elle faisait attention à chaque plante. Colette disait que quand sa mère s'approchait d'une rose, elle l'attrapait par le menton. Elle observe vraiment ce jardin dans ses moindres détails."

Colette en faune en 1906
Colette en faune en 1906
- La Maison de Colette

Colette, à propos de sa mère :

"Sur des gradins de bois peints en vert, elle entretenait toute l'année des reposoirs de plantes en pot, des géraniums rares, des rosiers nains, des cactus meurtriers.
Et elle me disait : - Ne touche pas.
Je lui disais : - Mais rien ne pousse.
Et elle me disait à son tour : - Qu'en sais-tu ?
Je proposais naturellement : - Mais il n'y a qu'à gratter pour voir.
Et le précieux reproche me suivait : - Ne touche pas. Tu ne peus pas comprendre. Tu n'es qu'une petite meurtrière de huit ans. Tu ne comprends rien encore à ce qui veut vivre."

C’est dans ces jardins, cette partie de l’Yonne en Puisaye que Colette rencontra les animaux avec qui elle apprit à miauler, butiner, voler, nager.

Pour aller plus loin

Programmation musicale

  • L'an 40 - Jeanne Cherhal
  • We're on our way now - Noel Gallagher's High Flyin Birds

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