Dans les couloirs du palais de justice de Paris ©Radio France - Ariane Griessel
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Résumé

Alors que l'après-midi s"écoule entre les habituels dossiers de vols, violences et petits trafics, lors d'une audience de comparutions immédiates du tribunal judiciaire de Paris, l'attitude d'une prévenue contraste avec celle des autres personnes jugées. Sous le coup d'un sursis, elle assume et se défend.

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Elle détone, dans le box, élégante et le regard décidé, au milieu des corps voûtés et fatigués des autres prévenus. La jeune femme de 24 ans jugée ce jour-là en comparution immédiate devant la 23e chambre du tribunal judiciaire de Paris doit répondre de "transport, acquisition, détention, offre ou cession de cannabis". Deux jours plus tôt, les policiers l'ont aperçue dans une voiture, à Paris. À leur approche, ils notent une forte odeur de cannabis dans l'habitacle. La jeune femme leur présente trois sachets de drogue, cachés sous son T-shirt, avant que les fonctionnaires en trouvent sept autres lors des palpations, ainsi que de l'argent, 150 euros en petites coupures. "Donc, de manière globale, on vous reproche des faits de trafic de stupéfiant", résume la présidente.

Les tests n'ont montré aucune trace de consommation de drogue par la prévenue, la perquisition chez elle n'a rien donné non plus. Son téléphone, en revanche, a été repéré à de nombreux endroits de Région parisienne. À l'évocation de cette précision, la jeune femme lève les yeux :        

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-  Il y a des lieux où je ne suis jamais allée. C'est le téléphone de ma petite sœur. 

- Pourquoi, celui de votre sœur ? interroge la présidente 

- Parce que vous m'avez pris le mien il y a un mois 

- Qui ça, 'vous' ? 

- La police. 

- Pourquoi ?     

- Pour les mêmes faits 

Quelques semaines plus tôt, la prévenue, qui vit de petits boulots, a été condamnée à six mois de détention, avec sursis.       

-  Ça veut dire quoi, le sursis ?, lui demande la présidente 

- Que si je refais une autre erreur...ben.... 

- Pendant combien de temps ? 

- Cinq ans 

- Ce n'est pas une erreur, c'est un délit pénal. Qu'est-ce que vous encourrez ? 

- La même peine. 

- La même peine PLUS ce que vous encourrez aujourd'hui. Vous savez ce que vous encourrez aujourd'hui  ? 

Silence...que rompt la présidente : vingt ans. 

La mère de la prévenue pousse un cri, quitte la salle. La jeune femme, elle, accuse le coup. Et se défend. Elle s'exprime bien, clairement, avec assurance mais sans insolence : "Je ne suis pas dans un trafic de stupéfiant. D'ailleurs, quand j'ai signé le PV, j'ai signé pour acquisition, détention, transport et usage, pas pour cession ". Elle reconnaît une consommation régulière, explique le test négatif par le fait qu'elle a arrêté un certain temps. " J'ai été faible, j'ai recommencé à en acheter". 

La procureure, elle, voit dans ce test négatif un élément à charge : "Madame nous dit qu'elle est uniquement consommatrice, alors que son dépistage urinaire nous dit qu'elle n'a pas consommé ! " Puis insiste sur l'argent liquide, la drogue emballée en petits sachets : "Elle est bien dans un trafic, comme transporteur, on en voit de plus en plus, à chaque comparution immédiate ! Ce que je veux lui dire, au nom de la société, c'est qu'à mesure qu'elle se fait juger, les peines seront de plus en plus lourdes". Elle demande à l'encontre de la jeune femme un an de prison dont six mois assortis d'un sursis probatoire de deux ans, une obligation de soin et un mandat de dépôt : "C_'est la seule façon de la forcer à arrêter à commettre ce genre de faits_". 

Son avocate insiste sur le fait que sa client est bien une consommatrice. "Quand on est accro, on peut s'arrêter quelques temps. Surtout quand on sait que l'on va reprendre. De tout temps, depuis le début de l'histoire des Hommes, l'addiction est plus forte que les Hommes. Ce n'est pas l'accumulation de condamnations qui vont l'aider à arrêter. Et certainement pas un passage en prison. C'est quelqu'un de malade ". 

3 min

La sanction tombe. La jeune femme est relaxée des faits d'offre et cession et écope de dix mois de prison...avec, toujours, le sursis de deux ans, obligation de travail et de soins. "_Le tribunal fait preuve d'une grande clémence, i_nsiste la présidente. La prochaine fois, si prochaine fois il y a, vous saurez ce que vous risquez. La toute, toute toute première des obligations est de ne commettre aucune infraction, vous n'avez plus le droit à l'erreur, quel que soit le type, même un délit routier ". 

Sa mère soupire de soulagement. La prévenue, elle, réagit à peine, comme sonnée par cette issue à laquelle elle ne semble pas avoir osé croire.       

3 min
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L'équipe

Ariane Griessel
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