Une audience de juge des libertés et de la rétention administrative

France Inter
France Inter
Publicité

Nous partons aujourd'hui à une audience de juge des libertés et de la détention en matière de rétention administrative.

Mercredi 10h15. Dehors, un grand soleil et des températures qui donnent un avant-goût de l’été. Dans la salle, au quatrième étage du tribunal judiciaire de Paris, quelques avocats qui arrivent progressivement. Un coup de téléphone de la greffière : “vous pouvez m'amenez les trois”. 

En l'occurrence, Les trois premiers des 13 dossiers prévus ce jour-là nous a indiqué la policière en charge de la surveillance de la salle d’audience. 

Publicité

Voilà d'ailleurs les trois hommes qui arrivent, escortés par deux policiers. L'audience peut débuter. Un premier homme s’avance à la barre, T-shirt vert pâle et jean, né en avril 1990 explique-t-il en français. 

- “Vous avez été détenu auparavant, indique le président. Combien de temps ?”

- “Six mois et dix jours”. 

-  “Et quelle a été la suite ?”

- “Il n’y en a pas, j’attends la décision de la juge d’instruction.”

L’homme, de nationalité guinéenne [a donc été libéré sans même un contrôle judiciaire mais  avant de faire l’objet d’une nouvelle mesure restrictive de liberté : la rétention administrative, cette fois. 

“Il a un casier judiciaire néant, plaide son avocat. Et sur le volet pénal, la question qui se pose n’est pas : est-ce qu’il va ou non être condamné? mais quel sera le montant de son indemnisation pour sa détention provisoire injustifiée?”

Oui mais voilà, le trentenaire n’a pas de passeport. “Le consulat de Guinée n’en délivre plus !, déplore encore son avocat. “Et cela fait 28 jours qu’il est au centre de rétention alors qu’il a un hébergement certain et qu’on ne peut pas lui reprocher l’impossibilité des autorités guinéennes de lui délivrer des papiers.”

“Vous souhaitez quitter le territoire?” interroge le président? 

“Oui, je voudrais juste pouvoir dire au revoir à ma famille”. 

Sa mère est d’ailleurs dans la salle. Mais l’avocate de la préfecture s’y oppose. Explique qu’elle ne peut organiser de vol vers la Guinée sans laisser-passer consulaire. Demande son maintien en rétention dans l’attente de celui-ci. [[...]] et l’obtient du président. 

L'homme restera 30 jours de plus au centre de rétention administratif [[...]] Escorté par les policiers, il repart par le fond de la salle. Sa mère de l’autre côté. 

Il est rapidement remplacé à la barre par un autre homme. 

Car les dossiers s’enchaînent, tous du même ordre. 

Cet Afghan de 32 ans qui doit être renvoyé en Allemagne. “Je refuse de partir, monsieur le président. Je voudrais rester en France”. 

Ce Tunisien qui a refusé de se livrer à un test PCR à l’embarquement. 

Puis arrive cet homme de 50 ans, nationalité géorgienne, dit-il, par le truchement de l’interprète à ses côtés à la barre. 

Son avocat attaque bille en tête, dénonce “la nullité de la procédure” dit-il “car il a été arrêté dans le Calvados et placé en centre de rétention administrative ici. Mais il n’y a pas d’avis à parquet...”

L'avocat poursuit sur sa lancée, s'approche du président qui lui montre une pièce du dossier et n’entend pas les alertes de l’interprète, resté à côté de l'homme à la barre. “Il ne se sent pas bien”. 

Le retenu, en effet, s’est affalé, la tête entre les mains. 

On la ramène jusqu’à un siège mais il se met à convulser. Intensément. 

Les forces de l’ordre l’allongent par terre, les convulsions se poursuivent. Sa tête heurte violemment le sol. Une grande confusion s'installe : “appelez les pompiers”, “sortez lui la langue”, “mettez-le ne PLS”, “je n’y arrive pas, il est trop raide”. 

Le tout entrecoupé de râles, de bruits de respiration saccadés. 

Les pompiers arrivent alors, l’homme finit par être évacué et l’audience reprend, comme si de rien était. 

La policière en charge de la surveillance chuchote : "ça m’arrive tout le temps dans cette salle..."

L'équipe