Le Palais de justice de Chambéry, où s'est tenu le procès l'an dernier ©Radio France - Jean-Philippe Deniau
Le Palais de justice de Chambéry, où s'est tenu le procès l'an dernier ©Radio France - Jean-Philippe Deniau
Le Palais de justice de Chambéry, où s'est tenu le procès l'an dernier ©Radio France - Jean-Philippe Deniau
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Résumé

Avant l'ouverture du procès de Nordahl Lelandais devant les assises de l'Isère pour le meurtre de la petite Maëlys, retour sur un moment particulier du premier procès de Nordahl Lelandais l'an dernier à Chambéry pour le meurtre d'Arthur Noyer, ce moment où ses anciens amis sont venus témoigner.

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Derrière les douleurs des victimes ou de leurs familles dans les prétoires des cours d’assises, apparait parfois, au détour d’une audience, une autre douleur, presque honteuse, presque inavouable, celle de tous ces gens qui, comme vous et moi, ont pu côtoyer un homme normal qui va soudain basculer dans le crime. Sans que vous ne vous soyez douté de rien. Un ami de toujours qui devient du jour au lendemain le pire des hommes. 

Alors ce soir-là, dans le prétoire de la cour d’assises de la Savoie, Nazim a eu besoin de souffler un peu avant de raconter le Nordahl qu’il a connu. Cet "ami très proche" qu’il avait "appris à aimer comme il était". Et petit à petit, Nazim balance tous ses souvenirs : de fous-rire, de vacances, de barbecue, de ce Nordahl si proche de ses propres enfants, qui donnait un coup de main tout le temps, "il suffisait d’un coup de fil et il débarquait". Nazim a tout partagé avec Nono. "Nono le rigolo" se souvient-il comme s’il convoquait désespérément cet ami aujourd’hui infréquentable, cet ami qui ne reviendra pas. Nono qui est venu dîner à la maison à l’improviste ce soir-là, juste avant le meurtre. "Il n’y avait rien qui pouvait prédire de quoi que ce soit, insiste Nazim, il était comme nous tous. Alors aujourd’hui, j’arrive pas à associer les choses, à ce qu’une seule et même personne puisse être capable d’un tel grand écart. On a tous des secrets, mais pas des secrets comme ça." 

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Puis, sollicité par un avocat, Nazim va se tourner vers le box et, pour la première fois depuis que Nono a été arrêté 3 ans et demi plus tôt, il va lui parler, l’implorer de dire la vérité. "Soulage ton âme, conseille Nazim, soulage toi de la vérité. Le mal est fait. Vis ce qu’il te reste à vivre plus léger__. Par respect pour toi, arrête ton cinéma et dis ce qu’il y a à dire."

Et, de nouveau face à la cour, Nazim replonge dans sa psychothérapie, évoque les dommages collatéraux. Sa propre vie qui bascule face à ce mur d’incompréhension. "On se rend pas compte à quel point une affaire comme celle-ci peut faire souffrir. D’habitude, c’est un fait divers à la télé, on n’est pas concerné, et il y a les pubs et on zappe. Et là, d’un coup, c’est dans votre région, puis il y a le nom de votre pote qui apparait, on comprend plus rien__, et il est coupable, et comprend vraiment rien. Et je me retrouve là, devant vous tous, à devoir parler du sujet le plus grave qui puisse exister, un être humain qui fait du mal à un autre. De tout le groupe de potes qu’on était, je suis le dernier à avoir cru en son innocence, tous les autres l’ont lâché et m’ont lâché après. Beaucoup d’amis aujourd’hui, beaucoup ont de la haine en pensant à Nordahl. Moi, j’en n’ai pas. Aucune. Je n’ai que de la peine.

Vous pourrez suivre le second procès de Nordahl Lelandais devant les assises de l'Isère à partir du lundi 31 janvier avec les comptes rendus d'audience de Mathilde Vinceneux. 

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