France Inter a eu l’opportunité d’assister à une audience devant une juge d’application des peines ©Getty - Nopparat Khokthong / EyeEm
France Inter a eu l’opportunité d’assister à une audience devant une juge d’application des peines ©Getty - Nopparat Khokthong / EyeEm
France Inter a eu l’opportunité d’assister à une audience devant une juge d’application des peines ©Getty - Nopparat Khokthong / EyeEm
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Résumé

Cette semaine, France Inter a eu l’opportunité d’assister à une audience devant une juge d’application des peines. Elle s'occupe, entre autres, de s’assurer que les peines alternatives à la prison se déroulent correctement.

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Nous sommes à Alès, dans la salle dite de la bibliothèque. C’est là que la juge d’application des peines de cette petite juridiction tient, deux fois par semaine, une audience en débat contradictoire. Avec elle, chacune à un bout de la grande table ovale, une procureure à droite et la directrice du service pénitentiaire d’insertion et de probation - le SPIP, comme on dit - à gauche. Et en face de la juge, s’installe le condamné. Lorsqu’il arrive là, c’est généralement qu’il y a un souci. Et l’homme de 33 ans qui s’avance, jogging, silhouette enrobée,  épaules légèrement rentrées, ne fait pas exception.  

Alors, vous avez été condamné le 19 avril 2019 par le tribunal d’Alès pour des faits de violence sur votre conjointe, rappelle en préambule la juge d’application des peines, à quatre mois d’emprisonnement avec sursis  assorti mise à l’épreuve et une obligation de soins pendant deux ans

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Mais voilà, selon les rapports du SPIP, le bilan est pour le moins mitigé. Certes, “vous verbalisez, vous échangez sans difficulté mais vous n’avez rien mis en place en termes de soins”, relève la magistrate.  

Ce soin avait pour vocation de s’assurer que vous arrêtiez de consommer de l’alcool, puisque que les faits de violence avait été commis dans le cadre d’une alcoolisation massive mais aussi pour pour que vous puissiez aborder l’impossibilité pour vous de gérer vos émotions dans le cadre d’une situation conflictuelle avec votre conjointe”.  Le condamné l’interrompt : “déjà, j’ai été accusé à tort alors ...” - Ce n’est pas ce qu’a dit votre conjointe”.  - “Si, elle est venue le jour du jugement. Et on m'a dit : "les femmes sont manipulées par les hommes". Donc du coup on m’écoute pas. Mais, en fait j’étais en dépression en train de boire et de fumer et de penser à tous les problèmes que j’avais” se lamente-t-il.  

En réponse, la juge attrape le procès-verbal de la plainte de sa conjointe et lit : “Il m’a reproché de ne pas m’être occupée de ma fille alors que j’étais au téléphone.  Il m’a demandé de raccrocher et a cassé mon portable. Il s’est endormi dans le canapé.  Dans la soirée, j’ai couché les filles, il s’est réveillé et m’a sifflée.  Je lui apporté une couverture car il avait froid. Il avait faim, je lui ai dit qu’il y avait de la soupe.  Ca ne lui a pas plu. Je lui ai dit que j’allais me coucher car j’avais mal au ventre et à la tête. Ca ne lui a pas plu. Il me reprochait de ne pas m’occuper de lui. Il m’a d’abord jeté une éponge. Il m’a lancé une paire de ciseaux, il ne m’a pas touchée. Et il m’a lancé un couteau, je l’ai reçu dans la poitrine gauche”.  

La magistrate relève la tête : “elle n’a pas inventé ça, votre épouse?Non, elle a peut-être vécu ça, mais je n’est pas ce qui s’est passé ….”, maintient le jeune homme.  “La difficulté, c’est que je m’inquiète, moi, pour votre épouse”, poursuit la juge. Mais en face, l’homme ne semble pas vraiment l’entendre.  “Moi aujourd’hui, je veux simplement suivre la volonté de Dieu” explique-t-il, et je vais préférer ma foi à ma femme. J’ai même en projet de partir pour servir Dieu. C’est ça le message de l’Evangile. C’est de se dépouiller soi-même de toute chose.  Donc moi je suis prêt à abandonner ma famille. A ne plus jamais les voir pour les sauver." 

Mais la question n’est pas là. “La question”, rappelle la juge d’application des peines, est de savoir “si aujourd’hui, je révoque votre sursis probatoire et dans ce cas vous allez faire les quatre mois en détention”.  C’est d’ailleurs l’option que préconisent en choeur la représentante du SPIP et celle du parquet. Qui lance à l’intéressé : “en fait, votre sursis probatoire, il a consisté en rien du tout ! Il y avait une seule et unique obligation elle n’a pas été respectée. Donc au bout de deux années de sursis mise à l’épreuve, cette mesure n’a aucun sens. Et ce serait complètement absurde de faire cadeau à monsieur de cette peine”.  

La décision est mise en délibéré. “Elle vous sera notifiée chez vous par lettre recommandée” indique la juge. “Vous pouvez y aller monsieur. Au revoir”.

Références

L'équipe

Charlotte Piret
Production
Charlotte Piret
Journaliste