Une audience présidée par une juge des libertés et de la détention au tribunal judiciaire de Paris.
Une audience présidée par une juge des libertés et de la détention au tribunal judiciaire de Paris.
Une audience présidée par une juge des libertés et de la détention au tribunal judiciaire de Paris. ©Maxppp - Olivier Boitet
Une audience présidée par une juge des libertés et de la détention au tribunal judiciaire de Paris. ©Maxppp - Olivier Boitet
Une audience présidée par une juge des libertés et de la détention au tribunal judiciaire de Paris. ©Maxppp - Olivier Boitet
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Résumé

Dans le Prétoire vous emmène à l’audience présidée par une juge des libertés et de la détention. Une audience dédiée au sort des étrangers en rétention administrative.

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"Bonjour, est-ce que vous m’entendez ?", demande la juge des libertés et de la détention, cheveux blonds mi-longs, petit chemisier soyeux dépassant de sa robe de magistrate. Elle a une voix douce, et s’adresse à un homme qui la regarde à travers un écran. Lui, fixe une caméra, dans un box du centre de rétention administrative de Vincennes. La juge, elle, préside l’audience dans une petite salle aux murs blancs et au parquet clair, au 4e étage du tribunal judiciaire de Paris. C'est un spot incrusté dans un plafond qui éclaire la salle d'audience, d'une lumière froide ; on n'aperçoit le ciel laiteux qu'à travers la vitre d'un couloir, dans le dos de la juge.

Les juges des libertés et de la détention obligatoirement saisis par les préfets dans les 48 heures, quand des étrangers sans papiers sont placés en centre de rétention 

"Je suis saisie par le préfet", explique-t-elle à l’homme qui l’écoute sans comprendre, en visio-conférence. Un traducteur se met à traduire, à côté de la magistrate qui poursuit : "Monsieur, l’autorité préfectorale me fait savoir que vous avez refusé un test PCR le 16 avril. Le prochain vol, pour le Pakistan, est prévu le 4 mai !" A travers l’écran-télé, l’homme incriminé, un Pakistanais clandestin, semble se fâcher. La juge lui annonce qu’elle va prolonger la mesure de rétention administrative, ainsi que le demande le préfet. Elle précise : "Vous n’êtes pas un criminel, mais vous n’avez pas à séjourner en France". Ce Pakistanais s’était récemment fait contrôler sans papiers. Il a aussitôt été placé dans un centre de rétention où il peut rester privé de liberté jusqu’à 90 jours, maximum. Mais le préfet doit obligatoirement solliciter dès les premières quarante-huit heures, un juge des libertés et de la détention. Ainsi, la juge a-t-elle saisie. Et la voilà qui tranche, en dix minutes à peine.

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Refuser un test PCR avant d'embarquer considéré comme un délit selon le code d'entrée et du séjour des étrangers 

Et un autre homme apparaît à l’écran. C'est un autre pakistanais, prénommé Ali, 23 ans. Il a aussi refusé un test PCR, avant le décollage prévu pour son pays natal. Un refus qui est désormais considéré comme un délit, assimilé à un refus d’embarquer, délit prévu dans l’article L624-1-1 du Code d’entrée et du séjour des étrangers. L'avocat d'Ali le défend, brillamment, PV en main. Il tempête, scandalisé, parce que ce jeune homme a été interpellé pour ce délit au sein même du centre de rétention, a été placé en garde à vue par des policiers un soir à 19h55, et est resté sans avocat jusqu’au lendemain 11h50. "La procédure est irrégulière", plaide l'avocat, égrénant des décisions de jurisprudence. L’avocate de la préfecture, longs cheveux bruns retenus par une petite pince et chaussures vernies à lacets, hausse les épaules,  et rétorque sèchement qu’il n’y a pas d’erreur. La juge des libertés et de la détention demande un moment de silence. Réfléchit face à son petit ordinateur portable. Et annonce qu’elle décide de prolonger la mesure de rétention. "Mais j’ai travaillé pendant tout le corona, j’ai rendu des services quand même !", s’écrie le jeune homme. Et il cède sa place au suivant, lui aussi en visio, chemise bleu ciel assortie à son masque.

Le suivant s’appelle Monsieur Diallo. Il est Sénégalais. Il n’entend pas la juge qui le questionne. Il secoue la tête : "J’ai rien compris !" La juge peste, elle aussi, contre les problèmes techniques liés à cette visio-conférence. Elle finit par décrocher le téléphone fixe de la salle d’audience, et elle ordonne à Monsieur Diallo de décrocher en direct à l’écran, son portable : "Monsieur, je vais me prononcer sur la rétention, mais je sais que je vous demandez l'asile. Je raccroche et je vais délibérer". Puis, la magistrate le rappelle, pour lui annoncer qu’il va rester trente jours de plus au centre de rétention de Vincennes. 

3 min

"Il fait des allers-retours entre le centre de rétention et l'hôpital psychiatrique", explique un avocat commis d'office

Le suivant refuse d'être filmé. "Est-ce qu'il refuse aussi d'être représenté par un avocat ?", demande la juge. "Hein ? Je comprends rien, y a de l'écho !", répond une policière à l'écran. La juge reprend son téléphone fixe et demande aux fonctionnaires de police d'essayer de régler ces ennuis de communication. Puis le dernier arrive devant la caméra, emmitouflé dans une doudoune à capuche fourrée. C’est un jeune Egyptien au regard figé. On voit sa moustache sous son masque baissé. "Il fait des allers-retours entre le centre de rétention et l’hôpital psychiatrique", explique un avocat commis d’office. Les médecins ont diagnostiqué des pathologies graves. "Je préfère retourner à l’hôpital !" dit l’homme, en France depuis une dizaine d’années, sans papiers. La juge réfléchit, choisit de le libérer, et le prévient : "Vous devez quitter le territoire français".

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