Aujourd'hui Magali intervient à la protection de l'enfance pour former les professionnels.
Aujourd'hui Magali intervient à la protection de l'enfance pour former les professionnels. ©Radio France - Charlotte Perry
Aujourd'hui Magali intervient à la protection de l'enfance pour former les professionnels. ©Radio France - Charlotte Perry
Aujourd'hui Magali intervient à la protection de l'enfance pour former les professionnels. ©Radio France - Charlotte Perry
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Dernier épisode de notre rencontre avec Magali Panova. Placée à onze ans, déscolarisée puis ballotée de foyers en foyers, Magali s'est retrouvée à la rue à sa majorité. Après deux ans d'errance, elle a lentement commencé à se stabiliser, mais l'édifice de la vie qu'elle s'est bâtie reste fragile.

Pour une nénette, la rue ce n'est pas simple. Il ne m'est rien arrivé, mais c'est aussi grâce au fait que dans ma famille, je savais comment disparaître complètement,  comment être absolument transparente, ne pas ressembler à une victime. Ce n'est pas rien, parce que je vois que ma petite soeur, elle a fini à la rue aussi, et elle s'en est nettement moins bien sorti.

Après deux ans d'errance dans les squats de Metz, Magali découvre par hasard qu'elle peut souscrire à un contrat jeune majeur majeur jusqu'à ses vingt-et-un ans. Elle passe un bac pro commerce en alternance, trouve un logement, et commence à se stabiliser tout doucement.

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Sa petite soeur, Marine, n'aura pas cette chance. Placée dans le même foyer que Magali à Metz à treize ans, son besoin d'affection et de socialisation l'entrainera sur une mauvaise pente: alcool, drogues, fréquentations douteuses. A quinze ans, Marine se retrouve enceinte, atteinte du virus du SIDA. Elle mettra fin à ses jours à vingt-six ans.

Magali, elle, créera une ligne de vêtements, ouvrira un commerce, deviendra tatoueuse, charpentier (elle a auto-construit sa maison), puis traductrice.

Mais l'édifice de la vie qu'elle s'est bâtie reste fragile. De nouveau à la rue avec son fils jusqu'à l'année dernière - quand elle a vendu sa maison - elle a le sentiment qu'elle restera toujours une "incasable", incapable de s'intégrerer la société.

Je reste une "incasable". Quand on est "incasable", on a un fonctionnement qui est différent des autres, on s'adapte mais on ne change pas. Je sais parfaitement faire illusion, faire ce qu'il faut quand il faut, mais je ne suis pas dans la société. Je n'en fait pas partie.

Intervenante à la protection de l'enfance, d'abord à l'ENPJJ (l'Ecole Nationale de la Protection Judiciaire, à Roubaix), puis au CREAI (le Centre Régional d'Etudes, d'Action et d'Information), dont elle devient l'une des administratrices - la première issue de la protection de l'enfance- Magali se bat pour faire entendre la voix des anciens enfants placés, changer la vision du placement et améliorer la prise en charge globale de ces enfants, à qui la vie n'a pas fait de cadeau.

A (ré)écouter:

L'équipe

Charlotte Perry
Production
Céline Illa
Réalisation