Nathalie est gérante d'une superette Casino depuis quatre ans et demi. Elle travaille 70 heures par semaine pour un salaire de 1500 euros net par mois.
Nathalie est gérante d'une superette Casino depuis quatre ans et demi. Elle travaille 70 heures par semaine pour un salaire de 1500 euros net par mois.
Nathalie est gérante d'une superette Casino depuis quatre ans et demi. Elle travaille 70 heures par semaine pour un salaire de 1500 euros net par mois. ©Radio France - Charlotte Perry
Nathalie est gérante d'une superette Casino depuis quatre ans et demi. Elle travaille 70 heures par semaine pour un salaire de 1500 euros net par mois. ©Radio France - Charlotte Perry
Nathalie est gérante d'une superette Casino depuis quatre ans et demi. Elle travaille 70 heures par semaine pour un salaire de 1500 euros net par mois. ©Radio France - Charlotte Perry
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Résumé

Nathalie est gérante de l'épicerie Vival Casino à Longny (61) depuis quatre ans et demi. Franchisée, elle est propriétaire de son fonds de commerce et doit travailler près de soixante-dix heures par semaine pour s'en sortir. Un travail répétitif et très physique qui abîme son corps et sa santé.

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Le village se réveille doucement lorsque Nathalie part chercher le pain frais pour ses clients à la boulangerie du village, comme tous les matins à sept heures trente. Elle passera le reste de la journée à s'activer entre la mise en rayon de la marchandise, la caisse, le tri des produits qui ont atteint la date limite de péremption, qu'elle brade à moins vingt pour cent pour limiter les invendus qui sont à sa charge.

Franchisée, Nathalie est propriétaire de son fonds de commerce mais pas des murs du magasin qui appartiennent à Casino. Depuis les procès en cascade que des gérants de supérettes - salariés ou mandataires - ont attenté au géant de la grande distribution, le groupe de Jean-Charles Naouri privilégie le passage en franchise des magasins de proximité. Ce qui signifie que les bénéfices et les pertes sont à la charge des gérants, sans rémunération garantie, avec tout de même un certain nombre de contraintes comme l'obligation de prendre certaines promotions ou de vendre soixante-quinze pour cent de produits de la marque Casino.

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Il y a des périodes où Casino nous impose des choses à vendre, cela s'appelle des O.T., ce sont des promotions, en fait. C'est arrivé  des fois que l'on se retrouve avec des grosses quantités toutes les semaines pendant trois semaines. On ne les voulait pas, mais on était obligés de les prendre.

Entre son travail quotidien au magasin, les livraisons, le ménage et les papiers, Nathalie travaille entre soixante et soixante-dix heures par semaine. Patronne de son épicerie, puisqu'elle est propriétaire du fonds de commerce, elle s'est imposé un salaire fixe mensuel de 1 500 euros nets. Un taux horaire nettement inférieur au SMIC.

En ce moment, il vaut mieux éviter de penser au taux horaire. Si je calcul le nombre d'heures que je travaille par semaine, je tourne autour de 5,5 € de l'heure! Je n'arrive même pas à me dégager un taux horaire de SMIC. Qui, aujourd’hui, travaillerait pour 5,5 € de l'heure?

Ouverte du mardi au dimanche jusqu'à 19h30/20h et tous les jours fériés, Nathalie cumule 70h de travail par semaine.
Ouverte du mardi au dimanche jusqu'à 19h30/20h et tous les jours fériés, Nathalie cumule 70h de travail par semaine.
© Radio France - Charlotte Perry

Pourtant, Nathalie aime son métier, et tout particulièrement la relation avec ses clients qu'elle connait pour la plupart depuis longtemps. Elle aime aussi ce magasin, dans lequel elle venait faire ses courses petite, du temps où c'était encore "la Coop" (Coopérateurs de Normandie). Enfant, elle rêvait de le reprendre un jour.

Quand j'étais petite, je venais toujours faire mes courses à la Coop'. Pour moi, c'était mon magasin. C'est un rêve d'enfance de reprendre l'épicerie de mon village.

Mais aujourd'hui, après quatre ans et demi à la tête de sa petite épicerie, le corps de Nathalie commence à flancher. A force de porter les packs de boissons et autres produits lourds, de travailler dix heures par jour et de ne jamais prendre de vacances, elle a développé une cruralgie doublé d'une tendinite, qui l'ont pratiquement empêché de marcher pendant trois semaines. Mais même pliée en deux par la douleur, et malgré les recommandations de son médecin, Nathalie ne s'est pas arrêtée.

Il aurait fallu, pourtant, que je m'arrête. Mais ce n'est pas possible. Quand un commerçant ou un artisan tombe malade, nous touchons tellement peu que, pour moi, ce n'était pas possible de m'arrêter. Alors, on ne s'écoute pas et on retourne au travail. Mais c'est sûr, à un moment, il va falloir que je fasse un choix. Et je pense qu'il va falloir que je pense à ma santé!

Située sur la grande route du village, la petite épicerie de Nathalie est ouverte 6 jours sur 7, le dimanche et les jours fériés.
Située sur la grande route du village, la petite épicerie de Nathalie est ouverte 6 jours sur 7, le dimanche et les jours fériés.
© Radio France - Charlotte Perry

A (ré)écouter:

A lire:

Fermetures à la chaîne dans les supérettes Casino, un article de Dan Israel paru dans Médiapart en 2016, sur la stratégie de passage à la franchise du Groupe Casino.

Références

L'équipe

Charlotte Perry
Production
Céline Illa
Réalisation