Magali a grandi dans les foyers de l'ASE, où elle a été déscolarisée dès l'entrée au collège
Magali a grandi dans les foyers de l'ASE, où elle a été déscolarisée dès l'entrée au collège ©Radio France - Charlotte Perry
Magali a grandi dans les foyers de l'ASE, où elle a été déscolarisée dès l'entrée au collège ©Radio France - Charlotte Perry
Magali a grandi dans les foyers de l'ASE, où elle a été déscolarisée dès l'entrée au collège ©Radio France - Charlotte Perry
Publicité

Deuxième épisode de notre rencontre avec Magali Panova. Issue d'une famille en grande difficulté, Magali a été placée en foyer à onze ans. Déscolarisée pendant toute la durée de son placement, elle témoigne aujourd'hui des failles du système pour tenter d'améliorer la situation des enfants placés.

De l'annonce brutale de son placement à l'âge de onze ans par une assistante sociale qu'elle n'avait jamais vu, au passage devant le juge des enfants "qui vous donne quand même l'impression d'avoir fait une bêtise XXL et qu'on vous envoie en prison", jusqu'à ses six années passées dans les foyers de l'Aide Sociale à l'Enfance, Magali raconte son itinéraire d'enfant placée, fait d'absurdités et d'incompréhension.

Me déplacer loin de chez moi, dans une ville que je ne connaissait pas a été catastrophique. Puisque je n'avais pas d'attachement aux gens, j'avais un attachement aux lieux : quand j'allais à l'école, il y avait ma haie d'aubépine sur le côté gauche, les marronniers sur le côté droit, les cerisiers dans la cour de l'école. Tout était à sa place. Quand je suis arrivée au foyer, j'étais incapable de sortir de ma chambre parce que je ne me sentais plus en sécurité.

Publicité

Déscolarisée dès l'entrée au collège puis pendant tout le lycée parce qu'elle était incapable de sortir dans une ville qu'elle ne connaissait pas, Magali s'est instruite toute seule. Jamais, de ses onze à ses dix-sept ans, elle n'aura bénéficié de cours à domicile ni d'une inscription au CNED pour pouvoir poursuivre sa scolarité.

On m'avait mise dans un collège dans une ville voisine à quarante-cinq minutes de bus avec deux correspondances. C'était ingérable. J'y suis allée deux fois, je me suis perdue deux fois et je suis rentrée à des heures pas possibles. Du coup, les éducateurs se sont dit : "elle va rester dans sa chambre, ça sera très bien."

Considérée comme "incasable" parce qu'aucun éducateur n'a réussi à comprendre cette jeune fille discrète et silencieuse, qui avait dès l'enfance élaboré toute une stratégie pour passer inaperçue et éviter les problèmes, Magali aura été déplacée dans quatre foyers différents sans jamais n’être parvenue à tisser des liens avec ceux qui étaient censés la prendre en charge, et la protéger.

Dans les foyers, il n'y a pas de contrôles. Et les éducateurs du foyer, entre la logistique du quotidien et les enfants à gérer, ils parent à l'urgence. On s'occupe de ceux qui sont les plus bruyants, les plus accaparants, mais du coup ça ne laisse pas beaucoup de place pour ceux qui savent parfaitement passer inaperçus.

x

Chez moi, on parlait peu. Même les silences n'en étaient pas. Un silence, il n'est jamais neutre : il a toujours une connotation, une impression. Et donc, je n'avais pas l'impression d'être si taiseuse ou si renfermée que cela puisque pour moi les silences étaient une quantité d'information. J'avais été élevée comme cela mais je ne savais pas que les autres, eux, ne fonctionnaient pas comme ça !

Pour aller plus loin :

A (ré)écouter :