Réformons la réforme de l'école
Réformons la réforme de l'école ©Getty - PhotoAlto/Alix Minde
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Par Anne Rosencher, directrice déléguée de la rédaction de l’Express. Elle revient sur l'annonce de Pap Ndiaye, ministre de l'Education nationale. Il a déclarer qu'il voulait s’atteler à une réforme du collège.

Le ministre de l’Éducation Pap Ndiaye a annoncé récemment qu’il voulait s’atteler à une réforme du collège. Et ça ne vous rend pas spécialement optimiste…

Hélas, Nicolas. Depuis 50 ans, un nombre impressionnant de ministres de l’éducation ont accouché d’un nombre impressionnant de réformes, chacun ajoutant à la longue liste des actions passées, son diagnostic inédit, ou sa mesure emblématique. Rythmes scolaires, refonte des programmes, formation des professeurs, méthodes d'enseignement, réforme du lycée…Tout y est passé. Pourtant, quel que soit le bout par lequel on prend le bilan de cet amoncellement, notre école s’enfonce.

Le niveau des élèves, d’abord. Dans une récente enquête menée dans plus de 60 pays, les collégiens français se sont classés derniers de l'Union européenne quant à leur niveau en mathématiques, et avant dernier de l’OCDE. Concernant le niveau en français, je crains que les nouvelles ne soient guère meilleures. Ainsi une étude de l’éducation nationale a-t-elle montré que pour une même dictée, à 10 ans d’intervalle, les élèves de CM2 faisaient 50% de fautes en plus.

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Regardons les inégalités, ensuite. C’est à pleurer. La France est l’un des pays où le lien entre la catégorie sociale des parents et les résultats scolaires des enfants est le plus fort. En fait, c’est simple : seuls deux pays, au sein de l’OCDE, font pire que nous dans ce classement de la honte méritocratique.

Enfin, je passe sur la motivation des enseignants, tellement peu valorisés que notre nation, la fameuse « République des professeurs », en est réduite au job dating pour remplir ses estrades.

Le constat est effondrant. Mais que faire ?

Eh bien déjà voir l’éléphant au milieu de la pièce. Notre actualité politique se perd dans la désignation gesticulatoire de dossiers prioritaires. C’est à n’y plus rien distinguer. Pourtant. Ça me parait simple. Si nous ne devions retenir que trois dossiers dans la brume des urgences nationales, je dirais : en un : l’école ; en deux : l’école ; et en trois : l’école.

« Le monde ne tient que par le souffle des enfants qui étudient ». C’est un proverbe du Talmud et probablement, aussi : l’une des plus belles phrases jamais écrites. C’est toujours sur les bancs de l’école que germine l’avenir. Et notre nation, parmi les autres, avait fait de son instruction le pilier central de sa promesse. C’est pourquoi le déclassement de l’école française est aujourd’hui au cœur de notre chagrin, et de nos difficultés à venir. Il faudrait d’urgence un plan « École, année zéro », qui raserait tout et reprendrait l’ensemble, du sol au plafond, arrachant la rue de Grenelle à son activisme immobile. Au point où nous en sommes, nous n’avons plus besoin de réformes. Mais de réformer la réforme.

L'équipe

Anne Rosencher
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