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Manuel Valls le 30 mai 2022 ©Maxppp - Jean François Ottonello
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Résumé

Manuel Valls a essuyé une sévère défaite électoral, éliminé dès le premier tour des législatives dans la 5e circonscription des Français de l’étranger. Quelles sont les causes et les conséquences de cet échec?

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Tout d’abord Nicolas, il convient de dénoncer, une nouvelle fois, le lynchage dont a été victime l’ancien Premier ministre sur les réseaux sociaux.

Que l’on soit d’accord ou pas avec Manuel Valls, ce déferlement numérique de joie mauvaise est insoutenable, et révèle l’inquiétant climat de ressentiment dans lequel baigne notre démocratie.

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Cela ne doit pas pour autant nous interdire d’analyser cette défaite en profondeur.

Celle-ci est en partie liée à la personne de Manuel Valls

Pour avoir défendu les principes d’autorité et de laïcité ainsi que notre modèle d’intégration, plus encore que pour ses choix économiques, l’ancien Premier ministre est devenu, pour toute une partie de la gauche, le visage du « social traitre ».

De manière moins injuste, il paie aussi son tourisme électoral.

Sa volonté de devenir maire de Barcelone est apparue en contradiction avec son patriotisme affiché et a pu désorienter ceux-là mêmes qui se reconnaissaient dans sa ligne politique.

Mais au-delà de Valls, cet échec est aussi, hélas, celui de toute la gauche républicaine

C’est la défaite posthume de Laurent Bouvet, le co-fondateur du Printemps républicain, qui avait courageusement consacré les dernières années de sa vie à tenter de convertir Emmanuel Macron, et sa majorité, aux idéaux laïques et républicains.

Pourquoi dites-vous ça ?

Parce qu’au parachutage de Valls dans une circonscription difficilement gagnable ou était déjà implanté un autre député En Marche, s’ajoute la mise à l’écart des investitures législatives de presque tous les tenants de la ligne républicaine.

Quant à Jean-Michel Blanquer, qui incarnait cette sensibilité au sein du gouvernement, il a été remplacé par Pap Ndiaye, partisan assumé du multiculturalisme à l’américaine et de la discrimination positive.

Une double claque pour la gauche républicaine

Comment expliquez-vous ce désaveu ?

Comme Valls, cette gauche paie ses incohérences idéologiques et ses erreurs stratégiques.

  • Sur le plan idéologique, peut-on vraiment, comme l’a fait le Printemps républicain, mettre sur le même plan, le «populisme», qui s’inscrit dans un cadre démocratique, et l’islamisme, porte d’entrée vers le djihadisme ?
  • De même, est-il juste d’amalgamer ceux qui entendent défendre l’identité nationale, fût-ce de manière radicale, et ceux qui entendent la détruire ?
  • Enfin, n’est-il pas illusoire de prétendre résister aux dérives communautaristes sans définir une culture commune dépassant les principes républicains et laïques, ces derniers fussent-ils indispensables ?
  • Sur le plan stratégique, se rallier à Emmanuel Macron, parfois avec zèle, et sans lui opposer le moindre rapport de force, était d’une naïveté confondante.
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2h 01

En 2017, Manuel Valls, avait théorisé avec justesse l’existence de deux gauches irréconciliables.

En vérité, la gauche républicaine semble tout aussi incompatible avec le progressisme à la sauce Macron qui considère que l’on peut être voilé et en même temps féministe.

Si elle entend réellement peser dans le débat politique à l’avenir, elle devra tirer les conséquences de cet échec et sans doute adopter une stratégie de rupture.

Au risque de renoncer à son confort intellectuel et social.