Dans un  EHPAD Korian en région parisienne
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Dans un  EHPAD Korian en région parisienne ©Maxppp - Luc Nobout
Dans un EHPAD Korian en région parisienne ©Maxppp - Luc Nobout
Dans un EHPAD Korian en région parisienne ©Maxppp - Luc Nobout
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Après son concurrent Orpea, le premier groupe privé français de maisons de retraite, Korian, est à son tour mis en cause.

Les révélations du livre "Les Fossoyeurs" de Victor Castanet ont jeté une lumière crue sur les maltraitances au sein des EHPAD. Des établissements à plus de 6 000 euros le mois, où les biscottes sont rationnées, où les résidents vivent dans une odeur d’urine. Des établissements généreusement subventionnés par l’Etat, mais cotés en bourse. Et qui ressemblent moins à des organismes de santé qu’à des entreprises à but très lucratif… 

Il faut bien sûr dénoncer les fossoyeurs, s’indigner des méthodes et de la course au profit de ces groupes privés. Les politiques ont raison de vouloir renforcer les contrôles. Mais on ne s’en sortira pas avec un nouveau rapport ou de nouvelles mesures technocratiques, parce que la génération du baby-boom sera bientôt celle du papy-boom et que la question du vieillissement est devant nous et nécessitera sans doute des investissements massifs, à l’heure où l’on ne parle que de baisse des coûts. 

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Parce que l’EHPAD, même à visage humain, n’est pas nécessairement la solution et qu’il faut remettre la famille au centre de la société, récréer des liens. Parce que ces affaires révèlent bien plus que le dysfonctionnement des maisons de retraite, celui de nos sociétés modernes. 

Notons d’abord quelques paradoxes de l’époque

Le vivre-ensemble et l’inclusivité sont mis à toutes les sauces, mais les vieux sont priés de rester à l’écart. Durant la crise du Covid, on a sacralisé la vie, expliqué qu’on enfermait les jeunes pour protéger les ainés tout en laissant ces derniers agoniser dans l’indifférence.

La vérité est que la situation des EHPAD est le miroir d’une civilisation marchande fondée sur la performance et la rentabilité.

Une civilisation où, sous couvert d’émancipation, l’individu est de plus en plus isolé, atomisé. Où les plus faibles sont mis au rebus. Une civilisation de particules élémentaires comme l’écrivait Houellebecq.

Houellebecq, visionnaire !

Oui car la question de la fin de vie est au cœur de son dernier roman, "anéantir". Mieux qu’à travers n’importe quel reportage, on y découvre l’envers du décor des EHPAD. La terrible solitude des résidents, celle des aides-soignantes, souvent venues d’ailleurs, victimes, elles aussi, de ce système, malgré leur dévouement… 

Elle devait nettoyer tout ça, la merde et les draps souillés et c’était désagréable, mais le pire de tout c’était leur regard implorant quand elle arrivait dans la chambre, écrit Houellebecq_. Chez elle, en Afrique, des choses comme ça ne se seraient pas produites, si c’était ça le progrès, ça ne valait pas la peine._

La question fondamentale que pose le scandale des EHPAD est bien celle-ci. Dans quelle société voulons-nous vivre et mourir ?