

Le budget de la Justice aura cru de 60% d’ici 2027, une opportunité historique dont les femmes risquent de n’en voir que les miettes. Retour sur les mesures annoncées par le garde des Sceaux qui n'abordent pas les violences dans les familles.
- Anne-Cécile Mailfert Fondatrice de la Fondation des femmes, ancienne Porte-parole d’Osez le féminisme.
Hier a eu lieu la présentation du plan d’action permettant la mise en œuvre des États Généraux de la Justice. La conclusion de plus de huit mois d’échanges, la traduction en actes de plus d’un million de contributions individuelles ou collectives. Une feuille de route pour le quinquennat qui prévoit notamment une hausse historique des moyens humains et financiers.
La justice est un enjeu crucial pour les droits des femmes alors j’ai écouté la conférence de presse. J’ai lu le discours du Ministre. Je l’ai relu. 14 pages, et pas une seule fois le mot femmes. Pas une seule fois le mot viol. Pas un mot sur les juridictions spécialisés.
Qu’est ce que vous en attendiez ?
Les plaintes pour viols enregistrées par les forces de l’ordre sont passées de 15000 en 2016 à 34300 en 2021, soit +126% depuis MeToo ! Les condamnations par la justice, elles, ont atteint un record historiquement bas de 730 en 2020. Celles pour violences conjugales, le Ministère de la Justice ne les fournit plus, mais on sait que les plaintes aussi ont cru :+57% en 5 ans. Condamnées, des mères protectrices le sont sous le prétexte dévoyé de non représentation d’enfant. Alors Dire que la soif de justice des femmes est forte relève d’un euphémisme.
Ne pouvant esquiver ce phénomène de société, le candidat Emmanuel Macron avait pris l’engagement « de mettre en place un pôle juridictionnel spécialisé ». Une demande de longue date inspirée du modèle ibérique, la référence dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Depuis, une mission parlementaire est en cours sur le sujet, et une ministre, Isabelle Rome, se bagarre un peu seule pour le faire exister.
Des députés d’opposition, actifs, ne se laissent pas démonter. Une proposition de loi d’Aurélien Pradié sur les juridictions spécialisées a été votée le mois dernier. Face à cette proposition, plus qu’un silence, le ministre de la Justice a formulé un rejet, qualifiant le texte « d’hérésie » et de “danger”. Par contre, une réforme qu’il n’aura pas freiné, c’est celle des cours criminelles, qui jugeront des viols sans jurés et qui sont, depuis le 1er janvier, généralisées. Vu les critiques ces derniers jours il lui reste pourtant à travailler pour en faire un succès.
Vous n’êtes donc pas surprise…
Il est vrai qu’on est plus déçues qu’étonnées. Certes, l’éloquence féroce du tenor de barreau d’alors, ne nous avait pas toujours aidé à sensibiliser la société aux violeurs par inceste et consorts. Mais je m’étais dit que si Eric Dupont Moretti défendait l’accès à la justice pour les femmes avec la même vigueur, on pourrait peut-être s’y accoutumer.
Des chantiers en cours, un budget inespéré, et une attente de la société. Que faut-il de plus si ce n’est une ambition politique pour ce sujet. Le budget de la justice aura cru de 60% d’ici 2027, une opportunité historique dont les femmes risquent de n’en voir que les miettes. Et puisqu’il sera à ce micro dans une heure, je n’ai plus qu’une question : Monsieur le Ministre, quand allez vous enfin ouvrir les yeux ?
L'équipe
- Production