Les larves de ténébrion meunier, ou vers de farine, ont la capacité de digérer le plastique.
Les larves de ténébrion meunier, ou vers de farine, ont la capacité de digérer le plastique. ©Radio France - Lionel Thompson
Les larves de ténébrion meunier, ou vers de farine, ont la capacité de digérer le plastique. ©Radio France - Lionel Thompson
Les larves de ténébrion meunier, ou vers de farine, ont la capacité de digérer le plastique. ©Radio France - Lionel Thompson
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Il existe déjà des élevages de vers de farine pour produire de la nourriture pour le bétail ou même pour les hommes. Un jeune entrepreneur messin veut aller plus loin en utilisant la faculté incroyable qu'ont ces vers de manger le plastique.

Tous les jours, dans le petit local où il développe son élevage, pour l'instant expérimental, Vincent Heurtel vient avec un pulvérisateur d'eau arroser ses vers, des larves de ténébrion meunier, un genre de petit scarabée.

"Je leur donne à boire tous les jours. L'idéal pour se développer c'est de la chaleur, 26 à 28 degrés, et de l'humidité. Là, vu qu'il n'y a pas d'humidité ambiante, je les arrose tous les jours avec mon pulvérisateur."

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En ces mois d'été, il règne dans le local une ambiance presque tropicale. Une fois hydratés, les vers se mettent à émettre une sorte de petit crépitement. Ils ont l'air d'apprécier cet apport quotidien d'humidité ! Impossible de connaitre le nombre exact de vers qui grouille dans les 300 caisses en plastique bleu empilées sur plusieurs niveaux, ni même le poids, au total, de ces larves car il évolue au gré de leur croissance. Au départ c'est pour aller pêcher que Vincent Heurtel a commencé à en élever. Puis ce fils d'agriculteur, devenu ingénieur agronome, s'est passionné pour cet insecte qui peut fournir une solution peu énergivore pour produire des protéines, de la nourriture pour les animaux, voire pour les hommes. Il a bien sûr lui-même testé leur consommation et en a fait profiter ses amis.

"J'ai pu les proposer nature, simplement séchés, entiers, pour l'apéro, dans un petit bol. Ça fait un peu Curly, ça a un peu le même goût ! Ou alors, on peut les broyer, en faire de la farine et en faire des gâteaux au chocolat, par exemple."

Vincent reconnait même avoir un peu trompé des amis en ne leur révélant qu'après coup la composition exacte du gâteau qu'il venait de leur faire manger... "Sans cela, ça ne se remarque pas", précise-t-il.

Jusqu'à 60% du plastique dégradé

Vincent Heurtel ne veut pas se contenter de cette activité de production de protéines consommables avec son entreprise, Worm generation. Il veut aussi parallèlement mettre à profit une autre propriété étonnante de ces vers de farine avec un projet nommé Being Green.

En 2015 il est tombé sur une étude de l'Université de Stanford qui venait de démontrer que ces insectes, qu'il élevait alors en petite quantité sous son bureau dans une boîte à chaussures, ont la capacité de biodégrader le plastique, de le manger et de le digérer.

"Certaines bactéries, dans leur intestin, produisent des enzymes qui permettent de casser les molécules de plastique, de les transformer pour partie en CO2, qu'ils vont émettre, et pour autre partie en molécules dégradées, qu'ils éjectent dans leurs déjections."

Selon ces études, les vers pourraient dégrader ainsi jusqu'à 60% du plastique qu'on leur donne à manger. Mais avant de mettre cela en pratique, le jeune entrepreneur doit attendre la réponse à la demande qu'il a faite aux autorités compétentes. Car les vers sont considérés comme des animaux d'élevage, à l'image des poules, des cochons ou des vaches, auxquels un éleveur n'est évidemment pas autorisé à donner à manger n'importe quoi.

"On est encore dans un flou juridique pour savoir si on a la possibilité de leur donner du plastique à manger, sachant que c'est un aliment qu'ils digèrent et qui est sain pour eux. Sur cette question, les politiques ne sont pas encore cadrées. J'attends des réponses pour savoir si on peut partir sur de l'expérimentation, une autorisation ou une interdiction complète."

En attendant de pouvoir mener cette expérience et d'approfondir les études, les vers de Worm génération sont nourris avec du pain invendu, récupéré dans des boulangeries et transformé en chapelure, une nourriture moins surprenante et une autre forme d'économie circulaire.