Marie Czapska, fondatrice d'Arterritoires, et Alain Schmit, maire de Genainville, devant les reproductions de tableaux de Julien Colombier
Marie Czapska, fondatrice d'Arterritoires, et Alain Schmit, maire de Genainville, devant les reproductions de tableaux de Julien Colombier - Sylviane Forge / CCVVS
Marie Czapska, fondatrice d'Arterritoires, et Alain Schmit, maire de Genainville, devant les reproductions de tableaux de Julien Colombier - Sylviane Forge / CCVVS
Marie Czapska, fondatrice d'Arterritoires, et Alain Schmit, maire de Genainville, devant les reproductions de tableaux de Julien Colombier - Sylviane Forge / CCVVS
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Comment porter l'art dans les zones rurales ou éloignées des musées et lieux d'exposition ? Il existe une solution toute simple : utiliser un support que toutes les communes de France possèdent, les panneaux électoraux.

C'est parce qu'elle habite elle-même un village du Vexin, Saint-Gervais, à une cinquantaine de kilomètres au Nord Ouest de Paris, et qu'elle a parfois un peu la flemme de se rendre dans la capitale, que Marie Czapska, directrice artistique de salons internationaux, a eu cette idée lors d'une campagne électorale.

"Les panneaux étaient sortis. Ca devait être les élections européennes, je ne sais plus... Je me suis dit que je montrerai bien une série de photos que j'avais faites. Ensuite, je me suis dit que ça pourrait aussi être pour des artistes que je connais, des copains, etc."

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Il a fallu ensuite trois ans pour développer l'idée car Marie Czapska a d'abord voulu s'assurer que les communes avaient le droit d'utiliser leurs panneaux électoraux pour autre chose que les affiches électorales. Malgré ses multiples demandes, personne n'était capable de lui apporter une réponse claire jusqu'à ce qu'un ami documentaliste au Conseil départemental du Val-d'Oise lui confirme qu'aucun texte ne l'interdisait.

Elle s'est alors lancée en créant Arterritoires, une structure qui propose des expositions d'artistes contemporains clés en main, sur des affiches de belle qualité qui peuvent être encollées sur les panneaux électoraux, exactement comme les portraits de candidats lors des élections.

Alain Schmit, maire de Genainville, 450 habitants dans le Vexin, a été séduit par ce concept qui donne vie a des panneaux qui habituellement n'ont qu'une seule autre vocation entre deux élections : ils restent à rouiller dans l'atelier communal ! Le maire confie aussi que les employés municipaux se sont impliqués, plus intéressés semble-t-il par ces collages culturels que par ceux des affiches politiques...

Quand elle contacte des élus, Marie Czapska doit cependant d'abord vaincre quelques réticences face à ce dispositif inattendu.

"Pas mal d'élus m'ont dit : mais les panneaux électoraux c'est trop moche, on ne peut pas montrer ce travail là-dessus ! Je leur réponds à chaque fois : mais quand on voit une affiche sur un mur, ce n'est pas le mur qu'on voit, c'est ce qu'il y a sur l'affiche. Le support, finalement, importe peu. Ce support-là est pratique, il est là, et c'est pour ça que c'est la meilleure idée pour pouvoir mettre en place ces expos dans des petites communes."

Montrer le travail des artistes là où ils ne vont pas

Le maire de Genainville, commune située en zone périurbaine francilienne, se dit lui toujours avide de propositions culturelles un peu hors du commun et considère que cela répond a un réel besoin.

"On a une population qui a l'habitude d'aller dans des lieux culturels de qualité, à Paris. Pour eux, pas de problème. Mais on a aussi une population qui ne fréquente pas les expositions ou qui n'a accès qu'à certaines manifestations un peu médiocres***, pour dire les choses sans être méchant. Donc c'est l'occasion d'apporter de la qualité à un public qui n'en a pas l'habitude."***

Genainville a inauguré début septembre sa deuxième exposition "Arts en territoires" avec des tableaux colorés et exubérants du peintre Julien Colombier qui resteront à l'affiche dans les rues du village 3 à 4 mois, qu'il pleuve ou qu'il vente, les reproductions résistant assez longtemps aux intempéries. 16 autres communes de la communauté du Vexin Val-de-Seine proposent des expos similaires. Les artistes, eux, apprécient cette façon de porter leurs œuvres dans des lieux éloignés des circuits habituels.

"Ce qui leur a plu c'était la possibilité de montrer leur travail là où ils n'allaient pas, avec tous les aléas que ça pouvait induire. Ce sont des affiches, elles prennent l'eau, se gondolent puis se retendent, bon... Mais l'idée que ce soit montré sur des territoires où ils n'ont pas accès et où, en fait, ce serait quasiment impossible de montrer les originaux de leur travail, ça leur a plu."

Ces expos ont conquis bien au-delà de l'Ile-de-France : 44 communes, au total, en France l'an dernier. On peut les découvrir aussi sur le site d'Arterritoires.