Valérie Murat, Alerte aux toxiques ©Radio France - Lionel Thompson
Valérie Murat, Alerte aux toxiques ©Radio France - Lionel Thompson
Valérie Murat, Alerte aux toxiques ©Radio France - Lionel Thompson
Publicité
Résumé

Valérie Murat lutte depuis 10 ans contre l'usage des pesticides dans les vignes avec l'association Alerte aux toxiques. Un combat que certains producteurs bordelais acceptent mal et qui lui a valu une condamnation pour "dénigrement".

En savoir plus

Assise à la table du salon, dans sa petite maison de la banlieue bordelaise, Valérie Murat n'en revient toujours pas que le tribunal de Libourne lui ait refusé en novembre dernier de faire appel de sa condamnation pour "dénigrement des vins de Bordeaux".

Je ne peux pas faire appel d'une décision, contrairement à n'importe quel coupable d'homicide, le plus atroce soit-il ! Nous, pour avoir le droit de faire appel et avoir le droit à la défense, nous devons payer cette somme complètement astronomique.

Publicité

Pour pouvoir faire appel, le tribunal lui demande de payer d'abord l'amende de 125.000 euros à laquelle elle a été condamnée en première instance l'an dernier, après la publication par son association, Alerte aux toxiques, d'une étude qui révélait la présence de traces de pesticides dans 22 vins, majoritairement de Bordeaux, pourtant labellisés HVE, Haute Valeur Environnementale. Des traces infimes et dans les normes mais qui montrent, estime Valérie Murat, que ce label ne garantit en rien une production sans produits chimiques.

Cette étude, nous l'avons faite pour montrer l'écart qu'il y avait entre ce qui était présenté aux consommateurs et consommatrices à propos des vins labellisés HVE et la réalité des pratiques. Mon propos n'est pas de parler de la dangerosité de consommer des vins chargés en pesticides de synthèse. Mon propos, c'est de dire : pour produire ces vins il y a eu une utilisation de pesticides de synthèse, d'avril à septembre, et cette exposition est subie en première ligne par les ouvriers et ouvrières viticoles, puis par tous les riverains.

Pour une agriculture de cohabitation

Pour la porte-parole d'Alerte aux toxiques, fille d'un vigneron mort il y a 10 ans d'un cancer lié aux pesticides, le Conseil Interprofessionnel des Vins de Bordeaux et les 25 autres plaignants veulent surtout la faire taire en l'asphyxiant financièrement.

Moi je suis une smicarde ! L'association, en 2020, a bénéficié d'un budget de 5000 euros financés par un financement participatif, justement pour pouvoir produire et payer ces analyses qui coûtent très cher. Ils savent pertinemment que nous n'avons pas cette somme, ni moi, ni l'association. Alors que eux ont tout à fait les moyens de payer des avocats plusieurs milliers d'euros, comme ils le font.

Avec un budget de plus de 18 millions d'euros l'an dernier malgré la crise du Covid, le CIVB a en effet quelques moyens. Valérie Murat, elle, n'abandonne pas pour autant son but.

J'aimerais que dans le bordelais et les autres régions viticoles il y ait une véritable agriculture de cohabitation et que la première des mesures qui soit prise soit l'arrêt des pesticides les plus dangereux, les cancérogènes, mutagènes, reprotoxiques et perturbateurs endocriniens. Moi je n'ai pas de haine envers la profession. Si j'en avais eu, je n'aurais pas fait tout ce que j'ai fait ces 10 dernières années pour que, justement, ce qui est arrivé à mon père ne se reproduise pas.

Le CIVB, lui, espère que 100% du vignoble bordelais sera labellisé HVE d'ici 2030.

Références

L'équipe

Lionel Thompson
Production