La Fabrique de Cycle Terre, à Sevran, est un bâtiment hybride en terre crue, bois et béton.
La Fabrique de Cycle Terre, à Sevran, est un bâtiment hybride en terre crue, bois et béton. - Paul-Emmanuel Loiret
La Fabrique de Cycle Terre, à Sevran, est un bâtiment hybride en terre crue, bois et béton. - Paul-Emmanuel Loiret
La Fabrique de Cycle Terre, à Sevran, est un bâtiment hybride en terre crue, bois et béton. - Paul-Emmanuel Loiret
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Redonner sa place à la terre crue dans la construction, c'est le pari de la coopérative Cycle Terre, qui a récemment inauguré une première fabrique à Sevran, en banlieue parisienne.

 La terre crue est un matériau qui a longtemps été utilisé dans la construction et ce depuis l'antiquité ou même la préhistoire néolithique. Mais elle est tombée en désuétude au 20ème siècle au profit du béton. Pourtant la matière première est toute trouvée, s'exclame Teddy Dusausaye, directeur de Cycle Terre.

C'est un matériau naturel : on récupère les terres d'excavation des chantiers franciliens. On parle de centaines de millions de mètres cubes disponibles avec les excavations franciliennes. Une fois que ces terres sont sélectionnées et sourcées, on vient les faire sécher, puis les broyer avant de les transformer en blocs de terre comprimée, en enduit ou en mortier.

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La Fabrique pourra transformer jusqu'à 8.000 tonnes de terre par an. Des terres non polluées et techniquement exploitables, ce qui est le cas de près de la moitié des terres de chantier.

Une production la moins carbonée possible

 La coopérative emploie une douzaine de personnes recrutées localement et tout a été conçu pour dépenser le moins de carbone possible : un bâtiment hybride en béton, bois et bien sûr terre crue, avec un dispositif de récupération des eaux de pluie, pour fabriquer les blocs, et un toit qui permet de récupérer de la chaleur, pour les sécher. Les débouchés, eux, seront exclusivement locaux.

On ne veut pas envoyer des matériaux bas carbone à l'autre bout de la France, pour éviter que nos camions viennent y lâcher du gasoil. Le but est de rester dans un périmètre assez restreint d'une cinquantaine de kilomètres, ce qui correspond à l'essentiel de l'Ile-de-France.

La ville de Sevran, partenaire du projet, a déjà prévu d'utiliser la terre crue dans la réhabilitation du quartier prioritaire des Beaudottes. D'autres villes franciliennes sont intéressées et c'est toute une filière, avec des formations, que souhaite développer Cycle Terre.

L'objectif, c'est de former des jeunes au sein de nos CAP et CFA. C'est former également nos architectes, pour qu'ils puissent intégrer la terre crue dès l'amont du projet. C'est également former nos promoteurs et constructeurs immobiliers à l'usage de la terre crue. Evidemment, former aussi les maçons. Il y a quelques techniques de base, qui s'apprennent très vite, mais qu'il faut connaître.

Redécouvrir les vertus de ce matériau oublié, pas encore homologué pour les murs extérieurs, mais dont les qualités sont déjà intéressantes en cloisons.

La terre a des valeurs hygrométriques : elle restitue de la fraîcheur, si elle a emmagasiné de la fraîcheur, et de la chaleur, si elle a emmagasiné de la chaleur. C'est également un très bon isolant phonique. Pour une cloison entre un salon et une chambre, par exemple, c'est idéal.

Alors, évidemment, si on demande à Teddy Dusausaye ce qu'il souhaiterait changer, c'est que le secteur de la construction redonne sa place à la terre.

Chaque matériau a sa place : le béton, le bois ont leur place, la terre crue a sa place, la paille a sa place aussi… Tout matériau a sa place, il faut savoir l'utiliser avec ses qualités.

Et si ça marche, d'autres fabriques de blocs de terre crue pourraient bien sûr naître ailleurs en région parisienne et en France.