Piqués de cactus

Les figuiers de Barbarie poussent en agroforesterie sur la parcelle expérimentale de l'association Cerbère Cactus
Les figuiers de Barbarie poussent en agroforesterie sur la parcelle expérimentale de l'association Cerbère Cactus ©Radio France - Lionel Thompson
Les figuiers de Barbarie poussent en agroforesterie sur la parcelle expérimentale de l'association Cerbère Cactus ©Radio France - Lionel Thompson
Les figuiers de Barbarie poussent en agroforesterie sur la parcelle expérimentale de l'association Cerbère Cactus ©Radio France - Lionel Thompson
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A Cerbère, dans les Pyrénées Orientales, une association promeut la culture du figuier de barbarie comme une des alternatives possibles à la vigne, qui souffre de plus en plus du réchauffement climatique.

Boris Igonet, le président de Cerbère Cactus, nous accompagne sur le petit terrain en pente, comme le sont la plupart des parcelles dans cette région côtière vallonnée, qui domine la célèbre gare frontalière de Cerbère. L'association y expérimente la culture du nopal, autrement dit, le figuier de Barbarie. En descendant vers le bas du terrain, il faut faire bien attention à ne pas se frotter à ces cactus.

"On ne voit pas les piquants mais il y en a partout. Si vous vous frottez, vous en aurez partout !"

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C'est le premier conseil que nous donne Boris Igonet, qui nous explique les buts de cette association créée pour développer la culture des figuiers de Barbarie.

"On donne des conseils et, surtout, on fait pour le moment de l'expérimentation. Sur la parcelle expérimentale de l'association, c'est assez anecdotique, c'est pour le présenter aux gens. Après les différents adhérents font des expérimentations sur leurs propres parcelles, à un niveau un peu plus agricole, disons. Surtout, sur la parcelle associative on essaie de faire de l'agroforesterie."

Sur cette parcelle, où l'association réalise aussi des ateliers de sensibilisation, les figuiers, sauvages ou cultivés, poussent donc de façon éparse et un peu aléatoire au milieu des arbres et de la végétation. Le but n'est pas le rendement immédiat mais de voir ce que donnent les différents essais.

Diversifier la production

Boris Igonet est viticulteur en bio depuis une douzaine d'années. Il nous explique les sécheresses récurrentes et les baisses de rendements qui menacent la viticulture sur cette Côte Vermeille. Le nopal, qui est un cactus, souffre aussi mais s'en accommode mieux.

"On en est à quatre ou cinq mois sans pluie mais il y a quand même eu un développement de la plante. On voit qu'elle est assez molle, elle souffre mais, dès qu'il va y avoir de l'eau, elle va reprendre de la vigueur, elle va gonfler. Ça résiste quand même assez bien."

Le nopal résiste aussi assez bien au feu, ce qui peut-être intéressant dans cette région pour faire des zones coupe-feu contre les incendies. Si Boris Igonet vante les mérites de cette plante, c'est aussi parce qu'elle pourrait permettre selon lui une diversification vers une culture plus alimentaire que la monoculture de la vigne.

"Sur mon exploitation, je ne produisais que des raisins destinés à faire du vin, de l'alcool. Là, avec les figuiers de barbarie, on a les fruits qui sont comestibles en frais, dont on peut faire du jus. Les raquettes (les feuilles du cactus NDLR) se mangent crues, en salade, ou cuisinées, on peut aussi en faire de la farine. Et les pépins dans les fruits donnent une des huiles les plus chère au monde."

Cette huile précieuse est notamment utilisée en cosmétiques. Il existe déjà quelques transformateurs en France, comme l'Épineuse, avec qui travaille Cerbère Cactus. Mais le nopal et les fruits sont surtout importés. Pour développer la filière, il faudrait d'abord développer la culture du figuier en France.

L'association conseille donc aux exploitants sur le point d'abandonner la culture de la vigne sur certaines parcelles devenues trop difficiles de tenter d'abord l'aventure du Nopal.

"Cultiver de la figue de Barbarie pourrait permettre une transition. Par la suite, on pourra peut-être planter des oliviers, ou des amandiers, des arbres, pour avoir une culture de figues de Barbarie et, à plus long terme, produire aussi des olives, des amandes... On essaie de chercher des solutions aux problématiques de la Côte Vermeille."

Et pourquoi pas, d'ici quelques années sur cette côte, des paysages aux allures mexicaines avec une production française de figuiers de Barbarie.