Catherine Guillouard : "La puissance est la transformation de l'énergie en force"

Léa Salamé et Catherine Guillouard
Léa Salamé et Catherine Guillouard ©Radio France - Alexandre Gilardi
Léa Salamé et Catherine Guillouard ©Radio France - Alexandre Gilardi
Léa Salamé et Catherine Guillouard ©Radio France - Alexandre Gilardi
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Ancienne skieuse, énarque, passionnée d’art et de rock, Catherine Guillouard préside le groupe RATP. Elle est la première femme à avoir intégré le club des directeurs financiers de Paris. Ambitieuse et rieuse, rencontre avec la boss des transports, un milieu d’hommes qu’elle s’attache à refondre.

Pour son portrait, Libé a titré "L'inconnue du métro". L'inconnue du métro est aujourd'hui l'une des rares grandes patronnes au sommet du monde économique, qui compte encore bien peu de femmes. 

Après avoir été numéro deux d'Air France, elle dirige aujourd'hui la RATP, gère 12 millions de voyageurs quotidiens, 65 000 salariés et un chiffre d'affaires de plus de 5 milliards d'euros. 

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Elle dit qu'elle est le pur produit de la méritocratie à la française. Issue d'une famille modeste, rien ne la destinait à faire l'ENA, puis à diriger de grandes entreprises. Petites lunettes rondes à la Harry Potter et sourire avenant, elle est passionnée de ski. Fan de rock et d'art contemporain, Catherine Guillouard est notre invitée.

Extrait de l’entretien :

Léa Salamé : À quel moment de votre vie vous êtes-vous sentie la plus puissante ? 

"Quand on est présidente d'un groupe comme la RATP, qui a un impact très fort sur le quotidien de millions de gens, on se sent une femme puissante. Et sur un plan plus personnel, quand j'étais plus jeune, et que je faisais des courses de ski, ça m'est arrivé puisque la puissance est la transformation de l'énergie en force. Et puis, il y a la puissance que je n'ai pas, et qui, pour moi, est la plus importante. C'est la puissance de la création artistique. Parce qu'elle traverse les âges, elle traverse le temps."

La puissance est la transformation de l’énergie en force.

Aux manettes d’un monde très masculin

Comment vous vous imposez dans un milieu d’hommes ? 

“Il faut être capable de prendre des décisions difficiles. (…) Il m’a fallu plus démontrer que certains collègues hommes pour y arriver. On fait faire le Mont-Blanc à certains, et pour les femmes, il faut plutôt faire le K2 ou l'Everest.  Et quand vous arrivez dans l'air raréfié du sommet, vous êtes scrutée, et vous n'avez pas beaucoup droit à l'erreur, c'est certain.”

J’ai eu des postes difficiles et parfois ingrats.

Catherine Guillouard
Catherine Guillouard
© AFP - ERIC PIERMONT

Si les hommes sont encore très majoritaires à la tête des grandes entreprises, Catherine Guillouard se veut très optimiste sur l’avenir :  

“Je pense que la génération suivante sera préparée. Les changements dans le bon sens vont arriver. Les mentalités bougent. Les entreprises s'aperçoivent que si elles veulent avoir des équipes féminines et motivées, il faut changer les règles du jeu". 

Femmes et pouvoir 

Les hommes sont toujours payés 9% de plus que les femmes. Quels conseils donnez-vous aux femmes ? 

"Il faut se libérer de ça complètement. C'est d'ailleurs une marque du patriarcat : on vous explique que vous êtes une femme, qu'on va vous donner le job, mais on fait cet effort donc sur le reste, soyez plus conciliant. Non, c'est un package. 

Il n'y a aucune raison qu'une femme qui soit dirigeante soit moins payée qu'un homme. 

Il faut revoir dans l'éducation cette question de la confiance. Il faut se libérer du complexe. C'est normal quand on a des responsabilités d'avoir la rémunération qui va avec". 

C'est même un signe de faiblesse de ne pas savoir demander d’augmentation. 

Pour Valérie Pécresse, il y a une manière féminine d’exercer le pouvoir, elle dit que les femmes sont plus dans le concret 

“Je suis assez d’accord. Les femmes ont cette capacité à arrimer le stratégique et le concret. Celles que je connais sont à la tête de grandes entreprises et elles restent normales. Et puis nous sommes moins focalisées sur le pouvoir."

Entre influence et ambition

Quel a été votre moteur dans votre jeunesse ? Que vouliez-vous ? Le pouvoir, la reconnaissance, l’argent..? 

"Je n’ai jamais rêvé de gloire, mais je voulais avoir une activité qui fait avancer les choses. Je suis très pragmatique et très concrète donc c’était important pour moi, de construire."

Pourquoi avoir choisi l'entreprise immédiatement à la sortie de l’ENA ? 

"J'ai passé deux ans à m'occuper des pays de l'Afrique zone franc. Et j'ai tout de suite vu que je n'étais pas une femme d'influence et que je voulais faire, manager, diriger. J'ai eu l'instinct que ma vie, c'était l'entreprise, manager des équipes, c'était ça mon monde."

Christine Lagarde disait lorsque je l’ai interrogée que l’ambition n’était pas un terme dans lequel elle se reconnaissait. Vous êtes ambitieuse, vous ? 

"Oui, je l'assume. Etre ambitieuse veut dire être exigeante par rapport à soi-même. Chacun sa définition de l'ambition. Lorsqu’elles sont à la tête d'une entreprise, les femmes ne doivent pas avoir peur de ce mot qui, pendant longtemps, était suspect."

MeToo dans le métro

Est-ce que vous diriez qu’avec le mouvement MeToo, il y a moins de harcèlement et de frotteurs dans le métro ? 

“Pour moi, il y a deux effets dans MeToo : un effet curatif immédiat, une forme de catharsis dans le mouvement. Mais il y a aussi un effet préventif qui est au moins aussi important. Il y a un monde d’avant et un monde d’après. On observe en interne et en externe ce qu’il se passe et c’est une vraie priorité au sein de la RATP”.  

Aller plus loin :

Programmation musicale  

  • Because The Night - Patti Smith 
  • Lose your head - London Grammar
  • Souterrains - KCIDY

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