Maiwenn face au miroir ©AFP - JEROME PREBOIS
Maiwenn face au miroir ©AFP - JEROME PREBOIS
Maiwenn face au miroir ©AFP - JEROME PREBOIS
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Résumé

Femme, actrice réalisatrice, mère, amoureuse de l'Algérie, Maiwenn évoque son enfance compliquée, son cheminement de femme, son regard sur la société actuelle, ses joies, ses manques et ses envies.

avec :

Maïwenn (Actrice, réalisatrice et scénariste française).

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Si Dieu n’aime pas les tièdes, alors, je vous assure que Dieu l’aime vraiment. Bienheureux qui arrive à la suivre ! Imprévisible, explosive, impétueuse, certains disent emmerdeuse mais en tous les cas, très talentueuse. Elle s’est imposée comme l'une des réalisatrices les plus douées du cinéma français depuis le choc de son film Polisse, prix du jury à Cannes. Et pourtant c’était pas gagné : enfant star, enfant maltraitée, famille dysfonctionnelle qu’elle raconte à longueur de films, ex-femme de Luc Besson, mariée à 16 ans, maman à 17... Elle aurait pu se perdre mais c’est mal la connaître. Elle nous a reçus dans une chambre d'hôtel à Saint-Germain-des-Prés, entre deux déménagements. Viscérale, animale, Maiwenn est notre invitée. 

Extraits de l'entretien :

En savoir plus : Maiwenn à l'antenne !
33 min

Léa Salamé : Maïwenn, à quel moment de votre vie vous êtes-vous sentie la plus puissante ?

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"Je me sens jamais puissante, ou peut-être lorsque je suis désirée par un homme… Mais ce n’est pas un sentiment que je cherche. Sentir que l’on a un ascendant sur quelqu’un, ce n’est pas ce que je veux. J’aime avoir peur ou être sous la puissance de quelqu’un."

La liberté, c’est ce qu’il y a de plus sexy !

Actrice / Réalisatrice

Je suis sans doute meilleure actrice depuis que je réalise des films. Je ne veux faire que des choses que j’aime, c’est mon mantra.

"Quand j’endosse le rôle de réalisatrice, je suis asexuée et je m’abstiens d’être coquette, je traite mes actrices comme des princesses. Quand je suis actrice, je fais ma mystérieuse, je suis regardée, mes hormones féminines remontent, j’ai besoin de me sentir désirée".

Est-ce que vous diriez qu’il y a un regard féminin ?

"Non, pas du tout."

Comment vivez-vous les critiques en tant qu’actrice ou réalisatrice ?

"Les critiques ne m’amènent rien, je ne les lis pas. Ce qui compte, c’est le regard des gens que j’aime."

Certains de vos acteurs disent que vous êtes comme un entraineur sur le ring, la presse a pu dire que vous étiez une emmerdeuse, une femme d’égo… 

"Ça, c’est typiquement ce que l’on dit des femmes réalisatrices et que l’on ne dira jamais d’un réalisateur. On m’a aussi traitée d’hystérique… je laisse pisser, c’est de la faiblesse intellectuelle. 

Maïwenn et Léa Salamé
Maïwenn et Léa Salamé
© Radio France - GILARDI Alexandre

J’ai toujours senti que mon exigence pouvait irriter des hommes plus que les femmes. Les hommes ont parfois du mal à se soumettre à une exigence féminine."

Vous croyez à la sororité ?

"Oui, mais je pense que la rivalité fait tourner le monde."

Il y a un événement qui a changé votre vie, c’est lorsque Polisse obtient le prix du Jury au Festival de Cannes, vous vous êtes sentie puissante à ce moment-là ?

"Pas du tout. Je me souviens de la fête avec l’équipe et d’avoir dormi avec mon prix."

Puissance de la résilience

J’ai eu une enfance très violente, j’ai été frappée par mon père et ma mère. M’être relevée de ça, c’est ma plus grande fierté.

Où avez-vous trouvé la force d’y croire ? Vous vous mariez avec Luc Besson vous avez 16 ans, vous divorcez vous avez 20 ans, à l’époque, personne ne croit en vous… Où trouvez-vous la force de faire votre premier one woman show

"J’ai rencontré une psy qui m’a donné la force de m’exprimer, et puis un ami m’a engagée vers l’écriture en mettant de l’intime dans ce que je faisais. Je n’avais rien à perdre."

Et Luc Besson a cru en vous ?

En savoir plus : Maïwenn ADN
33 min

"Non, c’est peut-être la dernière personne à avoir cru en moi, aujourd’hui il est bien embarrassé." 

Vous dîtes que vous êtes complexée...

"Je ne me sens pas débile mais inculte. J’ai développé une intelligence intuitive mais il faudrait les deux. Je suis complexée, mais je me rattrape, je lis énormément et je me forme, je voudrais suivre des cours, il me manque des clés de lecture."

Il y a des causes qui vous indignent et vous font descendre dans la rue ?

"Oui, les grandes causes, les attentats, le racisme, l’antisémitisme… Ce qui m’effraie, c’est l’importance que prend la religion dans notre pays. Le fait que les lieux culturels soient fermés mais que les lieux de culte restent ouverts, ça m’a beaucoup interrogée. Ca peut paraitre contradictoire mais en même temps, la laïcité à mes yeux est la possibilité de porter un niqab si on veut."

Le voile, pour vous, c'est pas un signe de soumission des femmes ?

"Je vis la moitié du temps en Algérie, donc je vois beaucoup de femmes voilées. Bien sûr qu'il y a des femmes soumises et malheureuses, mais il y a des femmes pour qui c'est un accomplissement d'être soumises, et je le comprends. Personnellement, j’aime être soumise à l’homme que j’aime."

Vos parents n’ont cessé de vous rabaisser ?

"Ils ne cessent de le faire, encore aujourd’hui. Et ça fait mal parce que ce sont des gens très cultivés. On pense que les familles violentes sont issues de familles incultes, mais il y a énormément de violence dans les familles cultivées."

Maïwenn au 46ème festival du cinéma américain de Deauville pour ADN.
Maïwenn au 46ème festival du cinéma américain de Deauville pour ADN.
© AFP - KARINE PÉRON LE OUAY / HANS LUCAS /

Votre mère c’est une femme puissante ?

"Oui, très. Je l’aime, même si elle m’a pourri la vie. Elle est fière de moi au fond, je pense."

Et votre père ?

"J’ai voulu attirer son attention, mais il n’a exprimé que de l’indifférence. Pour lui, réussir, c’est être cultivé, et je ne le suis pas."

Vous avez pardonné à vos parents ?

"Oui, parce que ce sont de grands enfants."

Et vous avec vos enfants ?

"J’ai l’impression que je suis une mère poule, mais on n’est jamais la mère que l’on croit être."

L’Algérie au cœur

Pourquoi avez-vous demandé votre nationalité algérienne ?

"Pour des raisons pratiques : j’y suis souvent. Et pour des raisons symboliques : je veux appartenir à ce pays. C’est comme lorsque j'aime un homme, j'aime dire que je lui appartiens.

Qu'est-ce qu’il y a d’algérien en vous ?

"Beaucoup plus de choses qu'on le croit, la joie de vivre, l'hospitalité, la famille sacrée, l'humour. J'aime rire tout le temps". 

Je trouve les Algériens beaucoup plus doués pour le bonheur que les Français.

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Féminisme et mouvement MeToo

Virginie Despentes dit que les hommes n’ont pas pris la mesure de la réalité des femmes.

"J’adore ce qu’elle écrit mais je ne suis pas d’accord. Je crois qu’il y a beaucoup d’hommes très sensibles à notre intégrité. Ce qui m’énerve dans le mouvement néo-féministe, c’est de vouloir écraser les hommes. Je pense que l’océan est assez grand pour y nager ensemble."

Vous êtes une rare à ne pas avoir salué le geste d’Adèle Haenel lorsqu’elle a quitté la salle lors de la cérémonie des Césars…

"Ce qui m’a dérangé dans son geste, c’est son hésitation à aller devant la justice. Gâcher une fête, ce n’est pas faire honneur aux victimes. Le risque, c’est qu’une anonyme violée dans un parking ne croit plus en la justice. La justice est bien faite, c’est quelque chose de sérieux, il faut y croire. Je suis pour l’existence de ce mouvement, il n’empêche qu’il y a eu beaucoup d’excès."

Vous avez peur pour les hommes ?

"J’ai un fils, un frère, des amis hommes que je vois complètement perdus, il ne faut pas les diaboliser. Si l’on veut que la société évolue, il faut entendre leur dimension humaine."

Vous êtes pour les quotas ?

"Non, je suis contre. Il faut juger une œuvre pour sa valeur et non pour son genre."

Vous avez été mariée à 16 ans avec un homme qui avait le double de votre âge (Luc Besson)… Aujourd’hui, cela aurait du mal à passer.

"Oui, cela serait compliqué. Quand je repense à l’âge que j’avais, je me dis que c’est assez fou."

Vous pensez que l’on peut tout avoir, nous les femmes : une carrière, une vie de femme, de mère… Ou cela demande plus de sacrifices ?

"Cela demande plus de sacrifices, sans doute parce que les femmes qui sont mères sont souvent des lionnes. Nos enfants, c’est notre vie, nous vivons un tiraillement que ne vivent pas les pères."

Prendre de l’âge, c’est compliqué pour vous ?

"Non, dans la mesure où je remplis mon cerveau. Je suis plus courtisée aujourd’hui qu’avant."

La suite est à écouter...

Aller plus loin :

  • 🎧 ECOUTER Le choix musical de Maiwenn : Jezebel,  Sade 
  • 👀 VOIR : Polisse (2011) de Maiwenn
  • 👀 VOIR : ADN (2020) de Maiwenn

La programmation musicale

  • Clara LUCIANI : Le reste 
  • Idir : Lettre a ma fille
  • Sade : Jezebel
Références

L'équipe

Léa Salamé
Léa Salamé
Léa Salamé
Production
Jean-Baptiste Audibert
Programmation musicale
Alexandre Gilardi
Collaboration
Juliette Hackius
Réalisation
Paola Puerari
Collaboration