C'est dans le parking de sa cité, à Paris, Belleville, que Miicrobe Blv écrit certains de ses textes - Claire Braud
C'est dans le parking de sa cité, à Paris, Belleville, que Miicrobe Blv écrit certains de ses textes - Claire Braud
C'est dans le parking de sa cité, à Paris, Belleville, que Miicrobe Blv écrit certains de ses textes - Claire Braud
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Résumé

Jeune rappeur parisien du quartier de Belleville, Fadilou, alias Miicrobe Blv, passe beaucoup de temps dans le parking de sa cité. Il y traîne, écrit ses textes et tourne ses clips. Fadilou rêve d'Espagne, de belles voitures et d'échapper à un quotidien touché par la précarité et la violence.

En savoir plus

Le héros de cet ultime épisode de Foule continentale s'appelle Fadilou. Caroline Gillet l'a rencontré dans un sous-sol. Un ami à elle, loue en effet un emplacement, via une application, dans le parking de la cité en face de chez lui. Cet ami habite Belleville, un quartier populaire dans le nord-est de Paris. Un jour où Caroline avait emprunté la voiture de cet ami et qu'elle s'apprêtait à la remettre à sa place souterraine, elle est tombée, au deuxième niveau du parking, sur une situation étonnante : au milieu des voitures garées, une quinzaine de jeunes hommes, de moins de 20 ans, selon toute vraisemblance, était là. À rire et discuter, assis sur des vieilles chaises. Autour d'eux : des chichas, des cadavres d'extincteurs, de la neige carbonique au sol. Caroline Gillet ne le sait pas encore à cet instant-là, mais des séquences filmées dans ce parking cumulent des centaines de milliers de vues sur YouTube.

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Mélodies en sous-sol

Quand elle demande à son ami, en lui rendant ses clés, s'il a déjà assisté à cette scène, il lui répond que oui, c'est normal, ces jeunes sont souvent là. C'est ainsi qu'est née cette rencontre : Caroline a eu envie de retourner au deuxième sous-sol, pour les rencontrer, leur parler. Une fin d'après-midi, pendant la crise sanitaire, avant le couvre-feu, elle est donc redescendue au parking.

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Les garçons étaient de nouveau là, mais, cette fois-ci, ils étaient rassemblés dans un plus petit espace : l'un des boxes, habituellement fermés sur les côtés, a été aménagé avec un canapé. 

Je leur dis que je fais une émission de radio et que j’aimerais leur parler. Ils sont suspicieux, demandent des preuves. Je montre ma photo sur le site. On me dit OK, on me tend un joint, j’ai l’impression d’être ado à nouveau. Je demande si quelqu’un ici voudrait répondre à mes questions. Tous disent en chœur : « Vas-y Miicrobe ! Parle lui de tes sons ! »

Fadilou, alias Miicrobe Blv, dans le parking de la cité Rébeval
Fadilou, alias Miicrobe Blv, dans le parking de la cité Rébeval
© Radio France - Caroline Gillet

« Pas là pour cuire les noix »

Miicrobe est sur le côté du box. Il fait du rap. Miicrobe Blv, c’est son nom d’artiste, Fadilou c’est pour l’état civil. Il a 17 ans. Et c'est son histoire que Foule continentale raconte pour son dernier numéro : l’histoire des textes qu’il écrit, souvent dans le parking, l’histoire des clips qu’il tourne, souvent dans le parking. C’est l’histoire qu’il raconte lui-même dans son rap : les rixes entre bandes rivales, le deal de drogue, la gratte, comme il dit, les bavures policières. C’est aussi l’histoire d’un quartier, auquel Fadilou appartient et qu’il défend coûte que coûte.

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Fadilou a commencé à rapper en CM1. Au début, il posait sa voix sur ses morceaux préférés, des titres de Rohff ou de Mister You, qui vient également du quartier de Belleville. Rapidement, Miicrobe écrit ses propres textes, à l'instinct, avec, dit-il, une grande facilité.

Un jour je me suis dit : pourquoi pas écrire mon propre texte ? Je commençais à grandir, à apprendre deux ou trois insultes. J'ai commencé à écrire mon texte sur une insulte. J'ai commencé avec : « Putain de sa race ! J'suis pas là pour cuire les noix. » J'avais onze ans, je savais même pas ce que ça voulait dire. [...] J'ai l'impression que c'était trop facile d'écrire.

Miicrobe Blv commence à se faire un petit nom dans le monde du rap français. Il y voit l'opportunité d'éviter la délinquance qui mine son quartier. Ses textes parlent notamment des rixes entre bandes rivales du Nord-Est parisien : en janvier 2018, Fadilou a perdu un ami proche, poignardé « pour une histoire bête », alors qu'il n'avait que 15 ans. Beaucoup des histoires que raconte Fadilou se retrouvent dans son rap, mais aussi dans Le Parisien. La dernière en date : une bataille de feux d'artifice dans la rue. Le quotidien titrait : "À Belleville, des affrontements à coups de tirs de mortier terrorisent les habitants". La vision de Fadilou n'est pas tout à fait la même :

On a fait une guerre de pétards, en gros. Et voilà. Je dirais que les journalistes l'ont mal pris, un peu. Ils ont dit que c'étaient des rixes, alors qu'il y a aucun rapport. C'est juste une bande de potes qui était en train de jouer. Après, il y a eu des tirs dans le parc, mais c'est mon pote qui a fait le con.

À l'état civil, Miicrobe Blv s'appelle Fadilou (à gauche) ; il vit dans le quartier de Belleville, à Paris
À l'état civil, Miicrobe Blv s'appelle Fadilou (à gauche) ; il vit dans le quartier de Belleville, à Paris
© Radio France - Caroline Gillet

De Belleville à Malaga

S'il dit être résolument attaché à son quartier et qu'il ne se voit pas vivre ailleurs, Fadilou aimerait quand même, plus tard, fonder une famille et élever ses futurs enfants dans un autre environnement. En ligne de mire, la possibilité d'offrir à ses proches le confort dont il n'a pas pu bénéficier enfant. 

Je me vois marié. Je me vois même quitter ici. Je peux pas laisser mes enfants vivre ici, comme nous. Pour mes enfants, je voudrais plus. [...] Moi, j'veux qu'on traite mon enfant de fils de riche. [...] À partir du moment où tu vas dire que mon fils, c'est un gosse de riche, j'ai réussi mon boulot.

À l'image de Mister You, son aîné qu'il admire, Fadilou s'imagine même, à long terme, quitter la France pour l'Espagne. Depuis quelque temps, il passe en effet ses vacances entre copains à Malaga, apprend l'espagnol et puise ses inspirations dans la culture ibérique et latino. Sans parler des tapas.

La programmation musicale du jour

Joy Crookes, "Feet Don't Fail Me Now", 2021

Pour aller plus loin

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Fadilou, 18 ans, raconte son quotidien entre rap, rixes entre bandes rivales et fêtes dans un parking
Fadilou, 18 ans, raconte son quotidien entre rap, rixes entre bandes rivales et fêtes dans un parking
© Radio France - Caroline Gillet

Agenda

Le samedi 3 juillet 2021, Miicrobe Blv sort le titre "Désolé", en featuring avec Kams, un rappeur de Bondy.

L'équipe de Foule continentale vous souhaite un bel été et espère vous retrouver bien vite !

Références

L'équipe

Caroline Gillet
Caroline Gillet
Caroline Gillet
Production
Djubaka
Programmation musicale
Assia Boudhar
Stagiaire
Hugo Combe
Hugo Combe
Hugo Combe
Collaboration
Flora Bernard
Réalisation