Le colonel Assimi Goïta, août 2020 à Bamako : le chef de la junte venait de prendre le pouvoir avant de passer le relais au Président Bah N’Daw, puis de le chasser à son tour du pouvoir lundi 24 mai. ©AFP - ANNIE RISEMBERG / AFP
Le colonel Assimi Goïta, août 2020 à Bamako : le chef de la junte venait de prendre le pouvoir avant de passer le relais au Président Bah N’Daw, puis de le chasser à son tour du pouvoir lundi 24 mai. ©AFP - ANNIE RISEMBERG / AFP
Le colonel Assimi Goïta, août 2020 à Bamako : le chef de la junte venait de prendre le pouvoir avant de passer le relais au Président Bah N’Daw, puis de le chasser à son tour du pouvoir lundi 24 mai. ©AFP - ANNIE RISEMBERG / AFP
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Résumé

Le Président et le Premier ministre du Mali ont été arrêtés et évincés par les putschistes qui avaient déjà renversé le pouvoir civil l’an dernier. Un signe de l’instabilité qui va au-delà du Mali et complique la lutte contre le djihadisme.

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Quand le Président et le Premier ministre d’un pays sont arrêtés par des militaires et démis de leurs fonctions, on peut parler de coup d’État. Mais quand les officiels en question étaient eux-mêmes issus d’un coup d’État, ça se complique.

C’est d’autant plus complexe que l’arrestation et l’éviction du Président Bah N’Daw et de son Premier ministre Moctar Ouane ont été annoncés par le colonel Assimi Goïta, le chef de la junte qui avait renversé le président civil l’an dernier. Il leur reproche d’avoir écarté deux militaires de postes-clés du gouvernement.

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Officiellement, Assimi Goïta s’était effacé de la Présidence au profit de Bah N’Daw pour répondre à la demande des pays de la région qui réclamaient une transition politique. Dans les faits, on constate ce que tout le monde savait, et qui restera le cas quelle que soit la suite des événements : les putschistes n’étaient jamais très loin du pouvoir.

Tout ça n’aurait pas grande importance si le Mali n’était pas un pays au cœur de la région sahélienne, en proie à une déstabilisation menée par des groupes djihadistes. Pour cette raison, le sujet a été évoqué lors du Sommet européen de Bruxelles, et Emmanuel Macron, au nom des 27, a qualifié ce coup d’état d’« inacceptable » et a menacé le Mali de sanctions.

Une des causes profondes de la déstabilisation de cette partie de l’Afrique, c’est l’incapacité des États à assumer leur rôle, à protéger, développer, inclure toutes les régions et toutes les composantes de la société.

Sept ans après l’intervention française qui a sauvé Bamako d’une colonne djihadiste, et alors que plus de 5000 soldats français sont toujours déployés dans la région, la France dit et répète que cette guerre est ingagnable si les États africains ne jouent pas leur rôle. Aussi bien militaire que civil.

Les coups de théâtre à répétition à la tête du Mali en rajoutent à une instabilité plus vaste encore. Au cours des derniers mois, le Niger a connu une tentative de coup d’État contre un Président nouvellement élu ; et Idriss Déby, le Président du Tchad, est mort lors de l’intervention d’une colonne de rebelles venus de Libye, remplacé à la tête du pays par son fils, dans une succession dynastique surprenante.

Trois des cinq pays du « G5 Sahel », la coalition d’États que la France aide contre les djihadistes, sont donc en proie à cette instabilité.

Cela affaiblit considérablement la stratégie de la lutte anti-djihadistes qui, officiellement, vise à passer progressivement le relais de la France aux armées et aux États africains. Or chaque soubresaut repousse d’autant un objectif aux allures de chimère.

Difficile de ne pas se poser des questions sur les causes de cette instabilité chronique, et sur la nature de ces États hérités de la colonisation française et qui ne parviennent pas à trouver leur point d’équilibre.

Le mois dernier, une coalition représentant les sociétés civiles sahéliennes publiait un rapport s’alarmant de la hausse du nombre de victimes civiles dans ces conflits, victimes des djihadistes, mais aussi dans des proportions inadmissibles, des forces armées nationales et de milices ; il appelait les gouvernements à changer d’approche, pour mieux protéger les civils, et pour résoudre ce qu’elle appelait « la crise de gouvernance au Sahel ».

Deux coups d’État en quelques mois au Mali donnent évidemment un écho particulier à ces recommandations, notamment à Paris où l’on redoute plus que tout un enlisement sans issue.

Références

L'équipe

Pierre Haski
Production