Tout a commencé à al-Ula, en Arabie saoudite, avec la réconciliation entre le Qatar et ses voisins du Golfe : Ici, l’arrivée de l’avion officiel qatari, le 5 janvier 2021, après 3 années de brouille.
Tout a commencé à al-Ula, en Arabie saoudite, avec la réconciliation entre le Qatar et ses voisins du Golfe : Ici, l’arrivée de l’avion officiel qatari, le 5 janvier 2021, après 3 années de brouille.
Tout a commencé à al-Ula, en Arabie saoudite, avec la réconciliation entre le Qatar et ses voisins du Golfe : Ici, l’arrivée de l’avion officiel qatari, le 5 janvier 2021, après 3 années de brouille. ©AFP - FAYEZ NURELDINE / AFP
Tout a commencé à al-Ula, en Arabie saoudite, avec la réconciliation entre le Qatar et ses voisins du Golfe : Ici, l’arrivée de l’avion officiel qatari, le 5 janvier 2021, après 3 années de brouille. ©AFP - FAYEZ NURELDINE / AFP
Tout a commencé à al-Ula, en Arabie saoudite, avec la réconciliation entre le Qatar et ses voisins du Golfe : Ici, l’arrivée de l’avion officiel qatari, le 5 janvier 2021, après 3 années de brouille. ©AFP - FAYEZ NURELDINE / AFP
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Résumé

D’abord la réconciliation des pays du Golfe avec le Qatar, puis des tractations entre la Turquie et deux pays avec lesquels elle était en froid, l’Arabie saoudite et l’Égypte : le Moyen Orient est en mouvement dans un monde multipolaire.

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Lorsqu’une région aussi complexe et stratégique que le Moyen Orient se met à bouger, il faut tenter de comprendre la tectonique des plaques diplomatiques à l’œuvre. Surtout lorsque des acteurs régionaux comme la Turquie, l’Arabie saoudite, l’Égypte ou même l’Iran sont en mouvement, avec à la clé l’enjeu de la paix et de la guerre, et celui du développement économique.

Tout s’est mis en mouvement en janvier, lorsque l’Arabie saoudite a organisé chez elle, à al-Ula, un sommet des pays du Golfe plus l’Égypte, qui a marqué la réconciliation avec le Qatar. Elle mettait ainsi fin à trois ans de brouille, avec un blocus du Qatar par ses voisins, qui exigeaient que l’émirat mette fin à son action en faveur des Frères musulmans, ou ses contacts avec l’Iran. Le blocus a échoué, et ils n’ont pas obtenu satisfaction.

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Le Qatar, à son tour, s’est mis à jouer les intermédiaires entre ses nouveaux « amis » du Golfe, et la Turquie. Car durant ces trois années, une « guerre froide » au sein du monde sunnite a opposé un camp turco-qatari, à un front Arabie saoudite-Émirats arabes unis- Égypte.

C’est avec Ankara que ça bouge désormais, car la Turquie est le gros morceau de cette équation. On en parle souvent, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, s’est lancé à corps perdu dans une diplomatie néo-ottomane, de la Libye à l’Azerbaïdjan en passant par la Méditerranée orientale et la Syrie. Avec quelques succès comme en Libye où il a fait échouer une offensive contre Tripoli, et face à l’Arménie où ses armes ont fait la différence.

Mais la Turquie est face à de grandes difficultés économiques, et ses relations avec l’Europe et son allié traditionnel américain sont loin d’être au beau fixe. Erdogan n’a pas digéré la récente reconnaissance du génocide arménien par le Président Joe Biden.

A grands pas, la Turquie est train de se réconcilier avec l’Égypte et l’Arabie saoudite, avec lesquels les contentieux étaient importants. Avec l’Égypte depuis le renversement par l’armée du Président Morsi, issu des Frères musulmans, dont l’AKP, le parti d’Erdogan, est très proche ; et avec l’Arabie saoudite, depuis l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi dans l’enceinte du Consulat saoudien à Istanbul. Le Président turc a besoin de tourner la page, même s’il lui faut avaler des couleuvres.

L’apaisement des relations entre la Turquie et son allié qatari avec le camp saoudien peut avoir des conséquences importantes. Pour la Turquie, il y aura d’abord la fin du boycott de ses produits, qui a fait tomber ses exportations vers l’Arabie saoudite de 98% l’an dernier. Ankara a besoin de ce ballon d’oxygène.

Mais le point commun entre ces pays est une prise de distance avec les États-Unis, leur allié commun, en qui ils n’ont plus vraiment confiance. « Il faut prendre la mesure du traumatisme saoudien », lorsque l’Iran a attaqué ses installations pétrolières en 2019 et que l’administration Trump n’a pas réagi, souligne Fatiha Dazi-Héni, chercheure à l’Irsem, l’Institut de recherche stratégique de l’école militaire à Paris. Le rapprochement des pays du Golfe avec Israël, certes encouragé par Washington, fait partie de cette quête de sécurité régionale.

Ce rapprochement entre les puissances sunnites du Moyen Orient pourrait aussi avoir comme effet positif la fin de la guerre au Yémen, une boucherie qui n’a que trop duré. Il reste à voir s'il peut aussi passer par un apaisement avec l'Iran : des premiers contacts discrets sont en cours entre Ryad et Téhéran.

Mais l’émergence de ce « pôle moyen-oriental » dans le nouveau monde multipolaire ne sera toutefois pas celui des Droits de l’Homme. C’est la realpolitik qui les rapproche aujourd’hui, pas un projet citoyen.