Emmanuel Macron et Paul Kagame assistent à un match de basket, jeudi 27 mai à Kigali. Après la cérémonie au mémorial du génocide, les deux hommes affichent leur proximité.
Emmanuel Macron et Paul Kagame assistent à un match de basket, jeudi 27 mai à Kigali. Après la cérémonie au mémorial du génocide, les deux hommes affichent leur proximité.
Emmanuel Macron et Paul Kagame assistent à un match de basket, jeudi 27 mai à Kigali. Après la cérémonie au mémorial du génocide, les deux hommes affichent leur proximité. ©AFP - Ludovic MARIN / AFP / POOL
Emmanuel Macron et Paul Kagame assistent à un match de basket, jeudi 27 mai à Kigali. Après la cérémonie au mémorial du génocide, les deux hommes affichent leur proximité. ©AFP - Ludovic MARIN / AFP / POOL
Emmanuel Macron et Paul Kagame assistent à un match de basket, jeudi 27 mai à Kigali. Après la cérémonie au mémorial du génocide, les deux hommes affichent leur proximité. ©AFP - Ludovic MARIN / AFP / POOL
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Résumé

Le discours du président français au mémorial du génocide à Kigali a déçu ceux qui attendaient des excuses, mais a satisfait le leader rwandais Paul Kagame qui veut tourner la page des relations tendues avec la France.

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Le dernier mot est revenu à Paul Kagame, le président rwandais, l’ancien chef de la rébellion contre laquelle était engagée la France à l’époque du génocide des Tutsis. Interrogé sur l’absence d’excuses du Président français dans son discours, il a répondu : « ce discours est un acte d’un immense courage, il a plus de valeur que des excuses ».

Alors certes il y a une déception parmi les associations de survivants du génocide, et chez ceux qui, en France, espéraient une repentance totale. Mais la chorégraphie de ce rendez-vous mémorial franco-rwandais était signée Paul Kagame, et sa parole a suffisamment de poids pour clore le débat. Non pas le débat de l’histoire, qui poursuivra son chemin ; mais celui entre deux États, la France et le Rwanda, qui désiraient tourner cette page sombre.

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Emmanuel Macron a prononcé un discours tout en nuance, sur une ligne de crête que lui offrait le rapport Duclert, la commission d’historiens qui a eu accès à des archives jusque-là classées « secret défense » : la France n’est pas complice mais a une responsabilité avant, pendant et après le génocide des Tutsis et ses quelque 800 000 morts. 

Paul Kagame est un habile tacticien. Il a refusé de normaliser ses relations avec la France tant qu’une véritable démarche politique n’était pas engagée. Il y a eu une première tentative avec Nicolas Sarkozy, restée sans lendemain. Il a vite compris la place de l’approche mémorielle dans la vision d’Emmanuel Macron, et il a décidé du moment où il était possible de tourner la page.

Il confiait récemment au magazine « Jeune Afrique » : « nous avons fait 85 à 90% du travail pour normaliser les choses et je ne pense pas qu’il faille perdre du temps sur les 10 ou 15% restant. Nous allons construire à partir de ce que nous avons accompli et passer à autre chose ». Autre chose, c’est-à-dire bâtir une politique euro-africaine dans laquelle la France et le Rwanda occuperont des positions centrales.

Ce pragmatisme a fait l’affaire d’Emmanuel Macron qui a pu faire du « en-même temps » : d’un côté un regard sincère et sans complaisance sur une faute majeure commise par la France, et de l’autre, éviter d’essuyer le feu roulant des adversaires de la repentance et du clan Mitterrand qui redoutait bien pire.

Cette méthode peut-elle s’appliquer aux autres dossiers mémoriels ? Elle ne marche visiblement pas avec l’Algérie, l’autre grand dossier ouvert par le Président. Le rapport demandé à l’historien Benjamin Stora s’est heurté à un mur à Alger, non pas en raison de son contenu, là encore pas d’excuses ; mais en raison des jeux de pouvoir et de l’instrumentalisation de la guerre d’indépendance.

Fallait-il emprunter cette voie mémorielle qui ne fait pas consensus en France pour tourner des pages diplomatiques complexes ? Oui, car ces blessures historiques, dont bien souvent les Français n’ont pas conscience, pèsent sur le présent et l’avenir. Avec l’Algérie, mais aussi avec les anciennes colonies françaises d’Afrique, elles surgissent quand on ne les attend pas.

Il serait plus reposant de tout glisser sous le tapis du déni ; mais l’exemple du Rwanda montre à quel point un événement aussi lourd de sens ne disparait pas sur commande. L’exercice est périlleux, il est dérangeant, mais on sort plus fort d’avoir regardé son histoire en face.