Le chef de la junte militaire au pouvoir en Birmanie, le général Min Aung Hlaing, au cours d’une cérémonie le 23 mars dernier. Il est prêt à tout pour écraser l’opposition à son coup d’état. ©AFP - Handout / AFPTV / Myawaddy TV / AFP
Le chef de la junte militaire au pouvoir en Birmanie, le général Min Aung Hlaing, au cours d’une cérémonie le 23 mars dernier. Il est prêt à tout pour écraser l’opposition à son coup d’état. ©AFP - Handout / AFPTV / Myawaddy TV / AFP
Le chef de la junte militaire au pouvoir en Birmanie, le général Min Aung Hlaing, au cours d’une cérémonie le 23 mars dernier. Il est prêt à tout pour écraser l’opposition à son coup d’état. ©AFP - Handout / AFPTV / Myawaddy TV / AFP
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Résumé

L’armée au pouvoir va dissoudre le parti d’Aung San Suu Kyi et va juger l’ancienne dirigeante, prix Nobel de la paix. La junte se heurte toutefois à une résistance plus forte que prévu, et qu’il tente d’écraser par tous les moyens.

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Ca fait maintenant quatre mois que les militaires birmans ont pris le pouvoir et font subir une répression féroce à la population qui résiste. Les divisions internationales empêchant toute action efficace pour rétablir l’ordre constitutionnel dans ce pays, les généraux se sentent les mains libres pour écraser toute résistance.

Dernier épisode, l’annonce de la prochaine dissolution de la Ligue nationale pour la démocratie, le parti d’Aung San Suu Kyi, qui avait remporté une victoire massive aux élections législatives à la fin de l’année dernière. Assignée à résidence et privée de sa liberté de parole et d’action, la prix Nobel de la paix doit comparaître aujourd’hui devant un tribunal pour fraude électorale, une accusation-prétexte pour légitimer le coup d’état et l’écarter définitivement de la vie politique.

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L’ampleur de la répression est considérable : Plus de 800 morts en un peu plus de cent jours ; quelque 4300 manifestants en détention arbitraire, sans recours légaux ; plus de 125.000 enseignants, soit un tiers du total, suspendus pour avoir participé à des actes de désobéissance civile.

Ces chiffres donnent une idée de la résistance à laquelle se heurtent les militaires : des manifestations et des grèves se poursuivent quotidiennement malgré le danger.

Il existe un véritable risque de guerre civile, car de nombreux jeunes estiment que la désobéissance civile ne suffira pas à renverser les généraux putschistes, et rejoignent des guérillas armées.

La Birmanie compte depuis des décennies de nombreuses révoltes armées de minorités éthniques plus ou moins actives. Lorsqu’elle était au pouvoir, Aung San Suu Kyi avait entamé des négociations et réussi à en éteindre certaines, mais pas toutes.

Aujourd’hui, ces groupes reçoivent le renfort de jeunes citadins opposés à l’armée, et qui veulent en découdre. Plusieurs attaques contre des forces de sécurité ont été signalées, les dernières, hier, ont visé un poste de police dans l’est du pays, faisant treize morts, et une autre près de la frontière chinoise, faisant jusqu’à 20 morts.

Il y a donc un vrai risque aujourd’hui d’assister à une montée de la violence, à la fois contre l’opposition civile, et de la part des groupes armés. Certains analystes évoquent un risque de « syrianisation » de la crise birmane, si rien n’est fait.

Le problème est que le Conseil de sécurité de l’ONU est divisé sur le dossier birman comme sur tous les sujets, en raison de l’opposition entre les États-Unis, la Russie et la Chine. Même passivité du côté de l’ASEAN, l’Association des pays d’Asie du Sud-Est, qui s’abrite derrière la non-ingérence. Le groupe pétrolier Total a lui aussi refusé de cesser ses paiements de taxes au pouvoir birman.

Cette coalition des lâchetés ou de la realpolitik laisse les Birmans seuls et désarmés face à des généraux prêts à aller jusqu’au bout de la répression.

Références

L'équipe

Pierre Haski
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