Gerhard Schroeder et Vladimir Poutine en 2011 ©Getty - Sasha Mordovets
Gerhard Schroeder et Vladimir Poutine en 2011 ©Getty - Sasha Mordovets
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Résumé

Le magazine Stern a son scoop : une longue interview avec l'ancien chancelier et ami proche de Vladimir Poutine avec ce titre : "Pourquoi m'excuserais-je ?"

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La magazine allemand Stern a décroché une longue interview de Gerhard Schröder…

C’est un scoop ! Depuis hier, le sourire en coin de l’ex-chancelier est donc dans tous les kiosques et Stern a choisi ce titre : « pourquoi devrais-je m’excuser ? ». L’interview sent la vengeance d’un homme humilié qui n’a même plus envie d’être populaire :

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Après tout, l’Allemagne officielle lui a retiré ses bureaux d’ancien chancelier au Bundestag. Son parti, le SPD, a aussi lancé une procédure d’exclusion. Tout cela parce qu’il était payé depuis des années par le géant russe du gaz Gazprom !

Donc, puisqu’il ne peut plus profiter de son statut d’ex-chef de gouvernement et que son travail de lobbyiste pour les intérêts russes n’est plus reconnu à sa juste valeur, il ne restait plus qu’une chose à faire pour peser encore : nuire et diviser.

Que dit l'ex-chancelier précisément dans cette interview ?

Que Vladimir Poutine est prêt à négocier, que l’accord sur les céréales conclu avec l’Ukraine fin juillet est une sorte de prélude heureux, un « armistice » en somme. Quant aux bases de cette négociation, elle est connue :

Une neutralité militaire pour l’Ukraine, un statut spécial pour le Donbass et pas question de rendre la Crimée. Gerhard Schröder trouve, par ailleurs, que la France et l’Allemagne ne sont pas assez présentes pour favoriser ces négociations.

Par ailleurs, il reproche à Berlin d’avoir abandonné North Stream 2, ce gazoduc qui relie l’Allemagne à la Russie et qui était quasiment achevé à la veille de la guerre. Et il menace : les conséquences seront « gigantesques » pour les Allemands.

En quoi ces déclarations peuvent-elles nuire ?

D’abord, elles remuent le couteau dans la plaie du Parti social-démocrate, le SPD, qui se remet mal – dans l’opinion et en interne – d’avoir laissé si longtemps un ancien dirigeant servir sans retenue des intérêts étrangers. Il appuie là où ça fait mal, très mal.

Voilà pour la vengeance personnelle. Ensuite, les propositions de Vladimir Poutine qu’il rapportent n’ont rien de nouveau. C’est la position de la Russie depuis le départ. Elles sont inacceptables par l’Ukraine et probablement les Etats-Unis.

Mais en les faisant porter par Gerhard Schroeder, Vladimir Poutine tente un coup « à la Munich » auprès du seul pays qui pas la mémoire de ces négociations humiliantes de 1938 : l’Allemagne. L’idée est toujours la même : Diviser l’Europe.

Et ce de toutes les façons possibles pour l’amener à la table des négociations aux conditions de Moscou, selon le bon vieux principe diplomatique russe : « ce qui est à moi, m’appartient ; ce qui est à toi, peut se discuter ».

Gerhard Schroeder se propose comme intermédiaire…

Il met en avant sa proximité avec Vladimir Poutine et ajoute qu’il est disponible pour la paix. C'est un pari cynique : celui que l’Allemagne ne tiendra pas le choc d’un l’hiver sans gaz et de la récession qui vient pour l’industrie allemande.

Un autre pays en Europe est aussi dans la visée du Kremlin : l’Italie. Les sondages prédisent une victoire en septembre d’une coalition de la droite plus amène avec le Kremlin et dans laquelle figure un autre ami de Poutine : Silvio Berlusconi !

Imaginez : Gerhard Schroeder en négociateur et Silvio Berlusconi en facilitateur… que resterait-il dans ce « bal des vampires » qui fleurerait bon les années 90, des sanctions contre la Russie et de la solidarité avec l’Ukraine ?

Références