Boulangerie à Tunis : la vente de pain est désormais rationnée car il y a des pénuries de farine importée d’Ukraine ©AFP - FETHI BELAID / AFP
Boulangerie à Tunis : la vente de pain est désormais rationnée car il y a des pénuries de farine importée d’Ukraine ©AFP - FETHI BELAID / AFP
Boulangerie à Tunis : la vente de pain est désormais rationnée car il y a des pénuries de farine importée d’Ukraine ©AFP - FETHI BELAID / AFP
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Résumé

Plus d'un milliard de personnes subissent les conséquences de la guerre d'Ukraine selon le Secrétaire général de l'ONU : des émeutes contre la hausse des prix au Pérou aux pénuries de farine à Tunis, la guerre de Poutine a un impact planétaire.

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Ce n’est pas une guerre mondiale, mais une guerre qui affecte le monde entier. Selon le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Gutteres, plus d’un milliard de personnes sur tous les continents souffrent déjà des conséquences de l’invasion de l’Ukraine. 

On ne parle pas ici des plus de dix millions d’Ukrainiens qui ont dû quitter leur foyer, le mouvement de population forcé le plus rapide depuis la Seconde guerre mondiale, selon Gutteres.

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Non, les gens dont nous parlons, qui subissent les conséquences de la guerre, vivent au Pérou, en Tunisie ou au Sri Lanka ; ils voient le prix du pain s’envoler, ceux des carburants exploser, les engrais ou certains composants manquer, des produits retardés ou bloqués. Ils vivaient déjà dans la précarité et l’impact de cette guerre lointaine est la goutte de trop.

Ce ne sont que les premiers signes, en à peine plus d’un mois, d’un dérèglement mondial qui, dans les pays les plus fragiles mais pas seulement, vient s’ajouter à deux années de pandémie dont ils ne se sont pas encore relevés.

Il y a douze mille kilomètres entre Lima et Kiev, et pourtant, ces derniers jours, des émeutes ont éclaté au Pérou à cause des hausses de prix des carburants et des engrais. Des routes ont été bloquées et des émeutes ont eu lieu, et le président de gauche Pedro Castillo a imposé un couvre-feu très strict. 

La faute à la guerre d’Ukraine, affirment les autorités, dépendantes des importations, et donc des prix du marché mondial, même si l’inflation avait commencé à mordre avant le début de cette crise.

Plus près de nous, à Tunis, c’est la farine qui commence à manquer, car l’Ukraine était le principal fournisseur de la Tunisie. En plein Ramadan, alors que la rupture du jeune le soir donne lieu à de grands repas familiaux, les boulangeries rationnent la vente de pain dont le prix a aussi augmenté. 

Les disruptions sont aussi matérielles : en un mois, un million de conteneurs de produits fabriqués en Chine et normalement acheminés en Europe par train ont dû être réorientés, à un coût plus élevé. Des composants fabriqués en Ukraine ont mis des chaînes automobiles allemandes à l’arrêt ; des tourteaux ukrainiens pour des éleveurs français ont manqué.

Le Secrétaire Général de l’ONU utilise cet impact mondial pour lancer un appel à la paix, mais sa voix est inaudible à Moscou. Reste donc à atténuer les conséquences de cette guerre pour les populations les plus fragiles. 

Des initiatives sont en cours pour éviter que la spéculation et les famines ne déstabilisent des sociétés dépendantes des céréales russes et ukrainiennes qui pourraient être amenées à manquer cette année, mais surtout dans un an ou deux. C’est sans doute la dimension la plus urgente, et la plus explosive.

Mais il y a aussi une réévaluation de la mondialisation, de ses chaînes d’approvisionnement et de logistique, déjà mise à mal par la pandémie, et qui subit un nouveau coup. Une plus grande régionalisation en découlera sans doute, mais il faudra du temps. 

On le voit, la guerre d’Ukraine n’a pas que des conséquences géopolitiques : comme l’« effet papillon » des scientifiques, elle produit une onde de choc véritablement mondiale.

Références

L'équipe

Pierre Haski
Production