Le premier ministre britannique a passé un sale moment hier aux Communes, le parlement britannique. ©AFP - JESSICA TAYLOR / UK PARLIAMENT / AFP
Le premier ministre britannique a passé un sale moment hier aux Communes, le parlement britannique. ©AFP - JESSICA TAYLOR / UK PARLIAMENT / AFP
Le premier ministre britannique a passé un sale moment hier aux Communes, le parlement britannique. ©AFP - JESSICA TAYLOR / UK PARLIAMENT / AFP
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Résumé

Avec trente-cinq de ministres et secrétaires d’État démissionnaires et un appel à quitter son poste de la part de ministres loyalistes, Boris Johnson va avoir du mal à survivre à cette nouvelle crise. Hier soir, il s’accrochait au pouvoir malgré tout.

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Boris Johnson est un maître de la survie dans les situations politiques désespérées ; mais il lui faudra encore plus de talent pour rester plus longtemps premier ministre du Royaume Uni. Le « Financial Times » le comparait hier à une Pyramide de Ponzi, ce montage financier qui finit par s’écrouler quand la confiance disparait.

Mercredi, deux poids lourds du gouvernement, les ministres de l’Économie et de la Santé, ont démissionné en déclarant qu’ils n’avaient plus confiance en lui. Ils ont ouvert les vannes : jeudi matin, on en était à 35 démissions de ministres et secrétaires d’état, plus un ministre important, Michael Gove, limogé brutalement pour avoir critiqué le premier ministre. Le chef de l’opposition travailliste, Keir Starmer, s’est permis un bon mot : « c’est la première fois que le navire quitte les rats ».

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Les raisons mises en avant pour cet exode sont de nature éthique ; même si, au fond, c’est surtout la peur que Boris Johnson soit devenu un handicap plutôt qu’un atout pour permettre au parti conservateur de rester au pouvoir, dans un contexte économique Ukraine-plus-Brexit difficile. De récentes élections partielles perdues par les Tories ont sonné l’alarme.

Les questions éthiques sont bien là, c’est évident, et elles s’accumulent. Boris Johnson a péniblement survécu au « Partygate », ce scandale provoqué par les fêtes en plein Covid à sa résidence officielle. Il est pris désormais dans le « Pinchergate », du nom d’un député promu à un poste important au sein du Parti, mais pris dans une affaire de harcèlement sexuel. Boris Johnson le savait, mais a menti ; le mensonge de trop.

Habitué des tempêtes politiques, Johnson passe généralement en force, avec une bonne dose d’audace, de mauvaise foi et de chance. Il n’est pas certain que ça marche cette fois. Hier soir, il s’accrochait, refusant une demande de démissionner que sont venus lui présenter un groupe de ministres pourtant loyalistes, comme celle de l’Intérieur, Priti Patel. Une ambiance de fin de règne qui risque de durer, quelle que soit l’issue de cette nouvelle crise.

Les Conservateurs ne sont certes pas menacés au Parlement, leur majorité est confortable ; mais leur autorité ne cesse de s’étioler car la « magie » de Boris Johnson ne fonctionne plus.

Johnson a un parcours politique atypique, ancien journaliste à la réputation douteuse ; puis entré en politique comme maire de Londres, avec un profil cool pouvant incarner un renouveau.

Mais son passage en politique nationale l’a transformé en leader populiste, dont l’heure de gloire a été son ralliement au camp du Brexit en 2015, victorieux contre toute attente. Depuis, sa course vers le pouvoir s’est faite sans foi ni loi.

Ce « Trump » britannique est peut-être sur le départ : mais s’il y a un endroit où il ne sera pas regretté, c’est au sein de l’Union européenne. Un nouveau bras de fer est engagé sur la question irlandaise avec un gouvernement britannique qui revient sur ses engagements signés, provoquant beaucoup d’agacement.

A Paris, on murmure depuis des semaines que l’entente avec le Royaume Uni serait bien utile en ces temps de guerre en Ukraine ; mais qu’il faudra attendre le départ de Boris Johnson pour retrouver une « entente cordiale ». Ce moment est peut-être arrivé…