Le premier ministre britannique Boris Johnson a présenté ses excuses hier à la Chambre des Communes, pour une fête organisée pendant le confinement en 2020. ©AFP - AFP / PRU
Le premier ministre britannique Boris Johnson a présenté ses excuses hier à la Chambre des Communes, pour une fête organisée pendant le confinement en 2020. ©AFP - AFP / PRU
Le premier ministre britannique Boris Johnson a présenté ses excuses hier à la Chambre des Communes, pour une fête organisée pendant le confinement en 2020. ©AFP - AFP / PRU
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Résumé

Boris Johnson malmené pour une fête organisée en plein confinement à Londres, et la première ministre suédoise pour avoir employé une étrangère sans papiers, relancent le débat récurrent sur éthique et politique.

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C’est une question vertigineuse, qui revient régulièrement au premier plan : la relation entre éthique et politique. Avec ses questions annexes : pourquoi le seuil de tolérance des manquements éthiques est-il si différent d’une société à l’autre ; et, plus troublant encore, pourquoi certaines personnalités ou courants politiques sont-ils imperméables, jusqu’à un certain point, aux scandales ?

Un homme est en train de tester sa limite, c’est Boris Johnson, le premier ministre britannique, qui n’a pas la réputation d’être le politicien plus éthique du Royaume, mais qui se bat le dos au mur dans une affaire très contemporaine. Il est accusé d’avoir participé à une soirée au 10 Downing Street, sa résidence officielle, en plein confinement en mai 2020, en contradiction avec les règles de son propre gouvernement contre la pandémie.

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L’affaire n’a cessé de gonfler, d’autant que les démentis initiaux ont été contredits par la fuite d’un e-mail d’invitation envoyé à 100 personnes par son secrétaire personnel, recommandant d’« apporter une bouteille ». Acculé, Boris Johnson a présenté ses excuses hier au Parlement. britannique, au milieu d’appels à la démission et d’une crédibilité politique en chute libre.

Employé sans papiers

Une autre affaire, d’un autre type, secoue cette fois la Suède, pays déjà célèbre pour la démission d’une Ministre pour avoir payé une barre de chocolat avec sa carte de crédit de fonction. Cette fois, c’est la toute nouvelle Première ministre, Magdalena Andersson, qui est critiquée pour avoir eu recours à une employée de maison étrangère sans papiers.

La dirigeante social-démocrate a beau expliquer qu’elle avait été abusée par la société de service à laquelle elle avait eu recours, le mal est fait. D’autant qu’il apparait en contradiction avec un discours dans lequel elle avait plaidé contre le fait d’aller chercher des travailleurs dans des pays lointains, quand il y avait encore trop de Suédois sans emploi.

Le deux affaires ne sont pas similaires. Aucun Britannique n’est vraiment surpris par le comportement de Boris Johnson… Alors que les Suédois puritains exigent l’exemplarité de leurs dirigeants.

Chaque société a donc sa norme… Sans même aller au-delà de l’Europe, nous avons sur le continent des cadres moraux, des histoires politiques différentes, des particularismes qui font qu’un dérapage éthique sera fatal dans un pays, et sans effet dans un autre. Disons, pour prendre un exemple extrême, qu’un Berlusconi, qui tente actuellement un retour politique en Italie, n’aurait aucune chance en Scandinavie.

Mais ce qui est plus troublant, c’est la tolérance dont font preuve les opinions vis-à-vis de personnalités politiques qui, parce qu’elles se placent « hors-système », se voient tout pardonner, turpitudes personnelles ou corruption caractérisée. Comme si le fait de s’opposer à un système dans lequel on n’a plus confiance conduisait à fermer les yeux sur des comportements finalement similaires à ce qu’on condamnait hier.

Tout ceci plaide tout de même pour l’exemplarité quand on s’engage en politique. Chaque fois qu’on dit ça, on s’entend répondre « mais nous ne sommes pas Suédois »… Un mauvais argument culturaliste pour continuer à bafouer la morale publique.