Le Président conservateur Ephraïm Raïssi, sous le portrait de l’ayatollah Khomeiny, fondateur de la République islamique, le 4 novembre 2022 à Téhéran
Le Président conservateur Ephraïm Raïssi, sous le portrait de l’ayatollah Khomeiny, fondateur de la République islamique, le 4 novembre 2022 à Téhéran ©AFP - ATTA KENARE / AFP
Le Président conservateur Ephraïm Raïssi, sous le portrait de l’ayatollah Khomeiny, fondateur de la République islamique, le 4 novembre 2022 à Téhéran ©AFP - ATTA KENARE / AFP
Le Président conservateur Ephraïm Raïssi, sous le portrait de l’ayatollah Khomeiny, fondateur de la République islamique, le 4 novembre 2022 à Téhéran ©AFP - ATTA KENARE / AFP
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L’Iran a accusé les services secrets français d’être derrière le soulèvement des femmes, une accusation qui survient après la réception de quatre Iraniennes à l’Élysée ; mais surtout après le choix de l’Iran de soutenir la Russie en Ukraine et de ne pas renouer avec l’accord nucléaire.

La France a longtemps été un « petit Satan » pour le fondateur de la République islamique, l’ayatollah Khomeini ; le titre de « Grand Satan » étant bien sûr réservé aux États-Unis. Depuis, il y a eu des hauts et des bas dans la relation entre l’Iran et la France, mais nous sommes de nouveau entrés dans une ère de glaciation.

Hier, les autorités iraniennes ont accusé les services de renseignement français d’être derrière le mouvement de protestation né de la mort en détention de la jeune femme Mahsi Amani. Et la France compte le plus grand nombre de nationaux emprisonnés, sept Français dans les geôles de la République islamique : la plus ancienne est Fariba Adelkhah, anthropologue franco-iranienne détenue depuis 2019, et les plus récents ont été annoncés ce weekend, deux nouveaux détenus -otages devrait-on dire-, dont l’identité n’a pas été révélée.

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Il y a évidemment un contexte : vendredi dernier, Emmanuel Macron recevait à l’Élysée quatre femmes iraniennes -vous les avez entendues dans la matinale lundi- et exprimait haut et fort son soutien au soulèvement des jeunes femmes -et des hommes- d’Iran pour la liberté.

Quelles que soient les raisons pour lesquelles Emmanuel Macron a choisi de s’engager, ce geste fait de la France un bouc émissaire idéal, l’agent étranger, pour expliquer l’ampleur des manifestations, même si personne n’est dupe. Mais l’explication conjoncturelle ne suffit pas.

Le problème tient aussi à l’évolution des rapports entre l’Iran et le monde ces dernières années, et à la place que la France y occupe. En 2015, l’Iran signait avec les États-Unis, les Européens, la Russie et la Chine, l’accord nucléaire qui prévoyait la fin du programme militaire iranien, et la levée des sanctions.

Beaucoup prédisaient alors une ouverture de l’Iran, avec le retour des échanges, du tourisme, des investissements. La population était descendue dans la rue à Téhéran pour célébrer cet accord porteur d’espoir.

Donald Trump a déchiré cet accord, et cet espoir, en 2018. Les sanctions ont repris, le programme nucléaire iranien aussi. La France a vainement tenté de recoller les morceaux, souvenez-nous du G7 de Biarritz, en 2019, lorsqu’Emmanuel Macron avait tenté d’organiser une rencontre entre Trump et le ministre iranien des affaires étrangères de l’époque, le réformiste Javad Zarif.

Ça ne s’était pas fait, mais la France était alors perçue comme un pays amical, malgré des réserves.

Il y a une double évolution : l’élection d’un président conservateur, Ephraim Raïssi en Iran, et le rapprochement de Téhéran avec le camp des contestataires de l’ordre occidental. Aujourd’hui, l’Iran fournit des drones à la Russie et ne s’encombre plus de façade présentable.

Mais dans le même temps, le programme nucléaire s’est poursuivi et, selon les responsables français, le pays approche à grand pas du « seuil nucléaire », c’est-à-dire le moment où il sera en mesure de fabriquer sa bombe. Question de semaines ou de mois, dit-on à Paris.

L’Iran semble avoir fait le choix, jamais clairement exprimé autrement qu’en gagnant du temps, de foncer vers l’arme nucléaire plutôt que d’accepter de renouer avec Washington et les Occidentaux en redonnant vie à l’accord de 2015. L’exemple nord-coréen est là pour montrer qu’on n’attaque pas un pays disposant de l’arme nucléaire, c’est une assurance-vie.

Dans ce contexte, le pouvoir des mollahs réprime sans s’encombrer des protestations occidentales et des sanctions supplémentaires, il en a déjà tellement. Et dans ce contexte, il faut désigner un responsable : en ce moment, la France est le coupable idéal.