Missile balistique russe lors d’un défilé militaire sur la place rouge, à Moscou. ©AFP - Alexander NEMENOV / AFP
Missile balistique russe lors d’un défilé militaire sur la place rouge, à Moscou. ©AFP - Alexander NEMENOV / AFP
Missile balistique russe lors d’un défilé militaire sur la place rouge, à Moscou. ©AFP - Alexander NEMENOV / AFP
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Résumé

La menace nucléaire brandie par Vladimir Poutine dans son discours télévisé n’impressionne ni l’Ukraine, ni les dirigeants occidentaux, malgré son affirmation qu’il ne bluffe pas.

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Ce sont quasiment les derniers mots de Vladimir Poutine hier : « ce n’est pas du bluff »… Des mots d’autant plus dérangeants qu’il venait de brandir à nouveau la menace d’utiliser l’arme nucléaire contre les Occidentaux, accusés de vouloir la destruction de la Russie.

Depuis 24 heures, on s’interroge donc sur ce mot « bluff », qui a semble-t-il le même sens en russe et en français. Visiblement, tant le Président ukrainien Volodymyr Zelensky que les dirigeants occidentaux n’ont guère été impressionnés par la menace du Président russe. Cette nouvelle sortie cataclysmique n’a pas eu d’effet sur eux.

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En fait, le bluff fait partie de la dissuasion nucléaire depuis l’époque de la guerre froide entre les États-Unis et l’Union soviétique. Vous n’attaquez pas votre ennemi avec des armes nucléaires si vous pensez que celui-ci a aussi les moyens de vous détruire. Il y a forcément une part de bluff, car vous n’êtes certain de rien ; mais dans le doute, vous vous abstenez. Depuis plus de 60 ans, le monde vit sur cette ambiguïté qui a évité les escalades fatales.

Cette époque est-elle révolue ? C’est ce que voudrait nous faire croire Vladimir Poutine.

Il faut évidemment prendre Poutine au sérieux ; en février, les Européens et une bonne partie des Ukrainiens ne croyaient pas que la Russie attaquerait ; ils ont appris à ne pas sous-estimer la détermination du seul maître du Kremlin.

Pour autant, une analyse plus précise des propos de Poutine font nuancer sa menace. Il explique en effet que ce sont les Occidentaux qui menacent la Russie d’une attaque nucléaire, et que ceux-ci feraient bien de se rappeler que la Russie dispose elle-aussi de cette arme, et même plus avancée que la leur.

Or depuis l’invasion de l’Ukraine le 24 février, c’est la Russie, et elle seule, qui a brandi la menace du feu nucléaire, brisant ainsi un tabou. Le cas de figure évoqué dans le discours n’existe pas : il n’y a pas de scénario où les Occidentaux utiliseraient les premiers l’arme atomique contre la Russie. Cela réduit la portée de la menace d’hier qui est surtout l’aveu implicite de ses difficultés sur le terrain.

Alors, bluff ou pas bluff ? Je ne suis pas joueur de poker, mais je me demande si dire avec autant d’insistance qu’on ne bluffe pas n’est pas le signe que … c’est justement du bluff !

A moins que cette déclaration ne soit pas destinée aux dirigeants occidentaux, qui savent à quoi s’en tenir : aucun changement dans le dispositif nucléaire russe n’a été enregistré depuis février. Non, le message pourrait être destiné aux ultra-nationalistes russes qui, depuis les revers de leur armée, critiquent la « mollesse » de Poutine. C’est à eux qu’il dit qu’il ne bluffe pas pour calmer leurs ardeurs.

Autre cible, les opinions européennes sur lesquelles il compte pour freiner le soutien à l’Ukraine : susciter la peur de la guerre nucléaire en plus de la colère face aux factures d’énergie est, vu du Kremlin, un bon moyen d’inverser le rapport de force après l’hiver.

Poutine a dû consulter le Petit Robert : « bluff, attitude destinée à impressionner, intimider l’adversaire sans en avoir les moyens ». Une définition limpide.