Les sauveteurs ont découvert un nouveau-né mort dans les décombres de la maternité de Vilnyansk, près de Zaporija, bombardée mardi 22 novembre 2022.
Les sauveteurs ont découvert un nouveau-né mort dans les décombres de la maternité de Vilnyansk, près de Zaporija, bombardée mardi 22 novembre 2022. ©AFP - Katerina Klochko / AFP
Les sauveteurs ont découvert un nouveau-né mort dans les décombres de la maternité de Vilnyansk, près de Zaporija, bombardée mardi 22 novembre 2022. ©AFP - Katerina Klochko / AFP
Les sauveteurs ont découvert un nouveau-né mort dans les décombres de la maternité de Vilnyansk, près de Zaporija, bombardée mardi 22 novembre 2022. ©AFP - Katerina Klochko / AFP
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Le Parlement européen a adopté par 494 voix pour, 58 contre et 44 abstentions une résolution qualifiant la Russie d’« État promoteur du terrorisme » ; les États sont plus réticents à s’engager sur cette voie car ils ne veulent pas se lier les mains.

Quatre-cent-quatre-vingt-quatorze voix pour, 58 contre, et 44 abstentions : c’est donc un vote sans appel du Parlement européen qui a qualifié hier la Russie d’« État promoteur du terrorisme » et d’« État qui utilise des moyens terroristes ».

Évidemment, ce ne sont pas les habitants de Kiev, qui ont reçu hier un déluge de missiles russes, les privant d’électricité et d’eau, ou ceux de Zaporija où un nouveau-né est mort dans la destruction d’une maternité, qui s’en offusqueront. Le Président ukrainien Volodymyr Zelensky s’est d’ailleurs réjoui de ce vote.

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La question n’est donc pas tant la réalité de ce que décrit cette résolution du Parlement européen, dans un contexte où chaque jour ajoute de nouveaux crimes de guerre à la liste déjà longue depuis neuf mois ; la question est plutôt celle de son utilité, et de ses conséquences ; elle est plus largement, celle de l’opportunité, voire de la nécessité, de négocier un jour la paix avec la Russie.

En politique étrangère, les résolutions du Parlement européen n’ont qu’un caractère de recommandation, elles ne s’imposent ni aux gouvernements nationaux, ni à la Commission européenne. Les pays membres de l’UE ne sont donc pas tenus de les suivre.

Jusqu’ici, seuls les parlements nationaux des trois États baltes, Estonie, Lituanie et Lettonie, ont voté des résolutions similaires. On sent bien une réticence chez plusieurs autres ; aux États-Unis également où Joe Biden se refuse à employer cette formule.

La raison de cette réticence n’est pas une volonté de minimiser l’ampleur des crimes commis par l’armée russe, mais de ne pas se lier les mains dans la recherche de solutions. Car avec un État « promoteur du terrorisme », on ne parle pas, on le combat. Or pour mettre fin à une guerre, il y a soit la victoire totale d’un camp sur l’autre, soit la négociation.

Ce qui est en jeu, c’est donc la question des négociations, du moment de ces négociations, et de leur objet. Aujourd’hui, il est clair qu’il n’y a pas d’espace pour négocier : les Ukrainiens ne sont pas prêts à s’arrêter après avoir subi tant de sacrifices ; quant à Poutine, comme nous le disait lundi la Présidente moldave Maia Sandu, il ne croit pas qu’il a perdu.

Mais la petite musique de la négociation n’a pas disparu : on l’a entendue la semaine dernière à Washington avec les déclarations du Général Mark Milley, le chef d’état-major américain, qui appelait les Ukrainiens à consolider leurs gains à la table de négociations.

Même en l’absence de perspective à court terme, se fermer la possibilité de parler à Poutine est exclu par Emmanuel Macron, par exemple, qui disait hier qu’il allait appeler le Président russe à propos de la centrale nucléaire de Zaporija. Emmanuel Macron pense toujours que ce dialogue, sans résultat jusqu’ici, reste nécessaire.

En qualifiant la Russie de « promoteur du terrorisme », le Parlement européen est dans son rôle quand il exprime un sentiment largement répandu dans les opinions européennes, révulsées par les images des actions russes. Pour autant, cette posture morale n’est pas facile à traduire en actes diplomatiques par les États.