A Tiraspol, la capitale de la région sécessionnistes pro-russe de Transnistrie, les symboles de l’ère soviétique sont légion. ©AFP - Sergei GAPON / AFP
A Tiraspol, la capitale de la région sécessionnistes pro-russe de Transnistrie, les symboles de l’ère soviétique sont légion. ©AFP - Sergei GAPON / AFP
A Tiraspol, la capitale de la région sécessionnistes pro-russe de Transnistrie, les symboles de l’ère soviétique sont légion. ©AFP - Sergei GAPON / AFP
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Résumé

Des explosions non revendiquées lundi et mardi en Transnistrie, la région sécessionniste de Moldavie, frontalière avec l’Ukraine, font craindre une extension du conflit dans le pays le plus fragile de la région.

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Lundi et mardi, des explosions ont secoué la Transnistrie, un territoire frontalier de l’Ukraine, juridiquement rattaché à la Moldavie, mais sécessionniste depuis trois décennies. Ces explosions, non revendiquées, et qui n’ont pas fait de victimes, sont le dernier signe d’une montée des tensions autour de la Moldavie, le pays le plus fragile de la région.

On est ici dans la complexité de l’enchevêtrement des peuples, et du chaos de la dissolution de l’Union soviétique. L’équilibre fragile sur lequel vivait ce pays au milieu de problèmes non réglés, est mis à mal par l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Il faut en rappeler l’histoire.

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Autrefois nommée Bessarabie, la Moldavie majoritairement roumanophone a été conquise par Staline en 1940, et incorporée de force au sein de l’URSS. Son accession à l’indépendance en 1991 a été agitée, puisque sa région russophone, la Transnistrie, a fait sécession après une guerre brève mais sanglante en 1992, faisant un millier de morts. Depuis, la République moldave autoproclamée de Transnistrie et ses 400 000 habitants, frontalière de l’Ukraine, et abritant un millier de soldats russes, constitue l’un des « conflits gelés » de la région.

Carte de la Moldavie avec les lieux des incidents des derniers jours, en Transnistrie.
Carte de la Moldavie avec les lieux des incidents des derniers jours, en Transnistrie.
© AFP - Sophie RAMIS, Kenan AUGEARD / AFP

L’inquiétude est montée d’un cran la semaine dernière, avec les déclarations d’un haut gradé russe pour qui la guerre en Ukraine visait à assurer la continuité territoriale, du Donbass jusqu’à la Transnistrie, et affirmant qu’il y avait des « faits d’oppression » des  russophones en Moldavie. L’ambassadeur russe en Moldavie a été convoqué pour protestation. 

Les explosions des deux derniers jours sont venues alimenter ces craintes. L’Ukraine a accusé la Russie de chercher un prétexte à l’extension du conflit ; la Russie blâme l’Ukraine ; et une partie de la population de Transnistrie s’est précipitée côté moldave, rejoignant quelque 100 000 réfugiés ukrainiens.

Tout cela se déroule dans un contexte géopolitique particulier. La Moldavie a élu en 2020 une Présidente pro-européenne, Maia Sandu, contre les partisans de Moscou. Depuis, elle a fait acte de candidature à l’UE, comme ses voisins Géorgie et Ukraine.

L’Union européenne peut-elle protéger la Moldavie ? Elle apporte déjà une aide conséquente à la Moldavie, pour garantir son approvisionnement énergétique, pour accueillir les réfugiés ukrainiens, et diplomatiquement. Mais ça sera insuffisant en cas d’extension du conflit. 

Les « 27 » réfléchissent à une solution intermédiaire qui éviterait de laisser attendre pendant des années ces candidats fragilisés d’Europe - Ukraine, Géorgie et Moldavie, mais aussi ceux des Balkans occidentaux (Serbie, Kosovo, Albanie, Monténégro, Bosnie-Herzégovine, Macédoine). Comment les arrimer à l’Europe sans pour autant les intégrer dans une Union qui ne pourrait plus fonctionner ?

L’Italien Enrico Letta a exhumé un vieux concept imaginé en son temps par François Mitterrand, au lendemain de la chute du mur : une confédération européenne réunissant l’UE et les pays de la périphérie. L’idée avait été enterrée à l’époque, au profit d’un élargissement rapide à l’Est. D’autres pistes de réflexion sont aussi à l’étude, une démarche vitale pour la stabilité du continent.

En attendant, la Moldavie évolue sur le fil du rasoir. La seule chose qui la rassure, c’est que l’armée russe a sans doute trop de mal dans sa guerre en Ukraine pour étendre le conflit à ses voisins. 

Références

L'équipe

Pierre Haski
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