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Résumé

Brittney Griner a été arrêtée à Moscou quelques jours avant l'invasion de l'Ukraine. Elle est devenue une monnaie d'échange et un outil de propagande pour Vladimir Poutine.

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Une basketteuse américaine a témoigné hier devant un tribunal de Moscou…

Cela fait près plus de 5 mois que Brittney Griner a été arrêtée à l’aéroport international de Moscou et accusée de possession de drogues. Elle comparaissait donc hier pour donner sa version des faits et demander à pouvoir parler à sa famille.

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Brittney Griner n’est pas n’importe quelle joueuse de basket : elle est deux fois championne olympique et 8 fois membres d’une des deux équipes All Star de la WNBA. C’est donc une des stars les plus titrées et célèbres du basket féminin.

Quant à ce qu’elle faisait à Moscou, c’est assez simple : à l’intersaison – c’est-à-dire en hiver – les meilleures basketteuses américaines ont pris l’habitude de jouer en Russie. Brittney Griner, par exemple, c’était pour l’équipe de Iekaterinbourg.

Hier, elle a donc plaidé coupable non pas d’avoir délibérément enfreint les lois russes, mais d’avoir transporté dans ses bagages des cartouches de vapoteuse au cannabis. Mais évidemment, là n’est pas l’essentiel.

En tout, les douaniers russes n’ont même pas retrouvé un gramme de cannabis – 0,7 exactement. Les accusations de possession de drogues sont donc ridicules. Ce qui est essentiel, dans cette affaire, c’est la date de son arrestation :

Le 17 février, c’est-à-dire une semaine à peine avant l’invasion de l’Ukraine par les troupes russes. Un peu comme si le Kremlin s'était donné une sorte de monnaie d’échange, quelque chose à négocier en somme.

Mme Griner n’est d’ailleurs seule a être retenue contre son gré en Russie. Il y a aussi Paul Whelan, un ancien « marine », accusé d’espionnage et condamné en 2020 à 16 ans de prison. Mais Brittney Griner est une otage de choix !

Célèbre, femme, noire et homosexuelle

Célèbre mais aussi homosexuelle et accusée dans une affaire de drogues. Elle sert malgré elle la démonstration poutinienne d’une supposée « décadence occidentale ». Le fait qu’elle soit une athlète de haut niveau n’arrange rien, au contraire :

Vladimir Poutine est un « homo sovieticus » pour qui le sport et les performances – y compris doppées – des athlètes russes sont avant tout une affaire politique. Or, depuis l’invasion de l’Ukraine, il n’a pas eu que de bonnes surprises.

De nombreux athlètes russes se sont exprimés contre la guerre. On se souvient du tennisman Andreï Roublev écrivant sur l’objectif d’une caméra « NO WAR PLEASE » au sortir d’un match qu’il avait remporté. Mais sa pire déception s’appelle Alex Ovechkin.

C'est l’athlète préféré du président russe dans un sport qu’il affectionne tout particulièrement : Vladimir Poutine adore chausser des patins et rejoindre des pros sur la glace dans des matchs de démonstration assez pitoyables.

Or Alex Ovchkin – qui joue aux Etats-Unis – faisait partie des fans assumés du président russe… jusqu’en mars, où interrogé par la télé américaine, il s’est distancié du Kremlin en parlant de « guerre » en Ukraine. Le mot tabou !

Donc, lorsque Vladimir Poutine retient en otage Brittney Griner, il ne fait pas que se donner un moyen d’échange médiatique, il instrumentalise son parcours et son aura dans une guerre idéologique qui mêle sport, mœurs et nationalisme.

Références